Kosovo .
La troïka russo-américano-européenne n’a pas réussi à
trouver un compromis lors de la première navette
diplomatique
dans la province, chacun des protagonistes campant sur ses
positions.
Un compromis encore lointain
Soucieux de mettre fin à l’épineux dossier de l’indépendance
du Kosovo, trois médiateurs internationaux : russe, allemand
et américain, ont terminé, dimanche, sans progrès notable,
leur première navette diplomatique Belgrade-Pristina visant
à trouver un compromis sur le statut de cette province.
Déjà, les chances de succès de cette troïka étaient minces
car Serbes et Kosovars campent toujours sur des positions
diamétralement opposées. A Pristina comme à Belgrade,
l’Américain Frank Wisner, l’Allemand Wolfgang Ischinger, et
le Russe Alexandre Botsan-Khartchenko n’ont pu que constater
le fossé qui sépare les protagonistes du dossier en suspens
depuis le démantèlement de la Yougoslavie au début des
années 1990. Alors que les Kosovars veulent accéder dès
cette année à l’indépendance, la Serbie refuse de renoncer
au Kosovo même si elle en a perdu le contrôle à la fin du
conflit de 1998-1999 au profit de l’Onu. « A l’évidence, ce
n’est pas une mission très facile », a admis, dimanche, M.
Ischinger après les entretiens avec les dirigeants kosovars.
« Je n’ai pas d’illusion et je me rends compte de la
difficulté de cette mission », a renchéri M.
Botsan-Khartchenko.
A Belgrade, les dirigeants serbes ont affirmé, vendredi à la
troïka, qu’ils refusent toute forme d’indépendance du Kosovo
et insistent sur « la nécessité de respecter la souveraineté
et l’intégrité territoriale de la Serbie ». Peu disposé à
céder d’un iota sur la question de l’indépendance, le
premier ministre kosovar, Agim Ceku, a réaffirmé, samedi,
pour sa part, que son objectif était de parvenir à
l’indépendance dès cette année. « L’indépendance est une
question non négociable. Ce n’est pas une offre à discuter
». Contrairement à Belgrade, les Kosovars estiment que le
plan de M. Martti Ahtisaari, le médiateur de l’Onu, doit
être la base des prochaines discussions qui doivent durer
120 jours avant que la troïka ne rende un rapport final le
10 décembre prochain au secrétaire général des Nations-Unies,
Ban Ki-moon.
En effet, le dossier kosovar est revenu au Groupe de contact
(Etats-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Allemagne et
Italie) après le refus de Moscou, allié traditionnel de la
Serbie, de voter au Conseil de sécurité une résolution
favorable à une indépendance contrôlée, comme l’avait
préconisé M. Ahtisaari, après des négociations infructueuses
entre Belgrade et Pristina.
Face à cette impasse, le Groupe de contact a opté pour une
navette diplomatique entre Belgrade et Pristina, mais la
Serbie a demandé des négociations directes. Alors que
Washington et l’Union européenne souhaitent que les
nouvelles négociations ne dépassent pas les 120 jours,
Moscou et Belgrade estiment
qu’elles ne doivent pas être limitées dans le temps.
A la recherche d’un compromis introuvable, la troïka a
souligné, à l’issue de sa navette, que toutes les options
étaient envisageables même celles qui étaient exclues par le
Groupe de contact, telle l’éventualité d’un partage du
Kosovo entre Serbes et Kosovars, s’il était accepté par les
deux parties. Selon les analystes, la partition pourrait
être l’unique moyen de sortir de l’impasse sur le statut du
Kosovo. « Tout nouveau report des démarches visant à
déterminer le statut définitif du Kosovo aurait des
conséquences négatives sur la région. Le statu quo dans
cette province a toujours été une aubaine pour le crime
organisé et la mafia multi-ethnique », estiment la plupart
des experts, ajoutant qu’il s’agit d’une ultime chance au
dialogue avant que Washington et les pays de l’Union
européenne ne reconnaissent l’indépendance de la province
contre le gré de Moscou et de Belgrade.
Maha
Al-Chirbini