Chanson.
Romantisme sur fond pop, c’est ce que nous réserve le nouvel
album du chanteur à succès Hicham
Abbass, intitulé
Ya habibi
... taala
ganbi (mon amour ... approche). Un nouvel opus par
lequel il poursuit son parcours entre les différents styles
musicaux.
Coup de cœur de l’été
Deux
ans après la sortie de son dernier album Sebha
tehebbak (quitte-la, elle
t’aimera), salué pour la qualité de ses prestations,
Hicham
Abbass revient sur le devant de la scène avec un tout
nouvel album habilement composé dans une ligne très pop.
Ce qui fait la spécialité de ce chanteur, en fait, c’est son
sens de la digression, non détaché d’une certaine fidélité à
un cachet musical qui lui est propre. Dans cette optique,
les treize titres qui composent ce nouvel opus sont à la
fois tendres et violents, poétiques et triviaux, drôles et
détachés. Le tout servi par un mélange de chansons
réalistes, de rock et de pop, dans un joyeux brouhaha où
l’on passe allègrement d’une ambiance à une autre.
L’innovation du rythme est détectée dans quelques chansons.
Ainsi, le darabokka (le
tambour), instrument musical purement égyptien,
rehausse-t-il les sonorités surtout dans les chansons
Wala haga
(rien), Mafich
fayda fiya
(aucun espoir en moi) et Wakhed
ala khatrak
(t’es fâché). La guitare est bien sûr omniprésente comme
dans chaque album de Hicham
Abbass, dans les chansons
Eftakarteni ? (T’es-tu souvenu
de moi ?) et
Eftah albak (avoue-moi).
Cependant, cette combinaison bien dosée de styles et d’airs
différents ne peut escamoter certains ratés. On peut sentir
le rythme redondant dans deux ou trois chansons de l’album.
Mais les auditeurs ne manquent pas de retrouver l’une des
principales qualités du chanteur : la passion, surtout dans
les chansons romantiques au rythme doux,
Mafich
fayda feya et
Massadaetech
gheyabek (je n’ai pas pu croire
en ton absence).
Par ailleurs, le timbre de voix si particulier au chanteur
est parfaitement mis en valeur par des mélodies toujours
plus travaillées : avec le concours du violon
Eftakarteni,
Taala ganbi
(approche de moi), du saxophone et de la trompette (Massadaetech
gheyabek) et avec des
percussions bien accentuées dans Chouf (regarde),
Sebtak (je t’ai quitté) et
Men
al-leiladi (dès aujourd’hui).
D’une certaine manière, le sentimental des paroles s’exprime
d’une manière insolite par l’âpreté de la musique.
Pour réussir son pari, il a eu recours, pour la majorité des
arrangements musicaux, au talentueux Khaled
Ezz, ce qui lui a donné beaucoup
de punch. Une seule chanson, Aywa
ana aref (oui, je sais) est
arrangée musicalement par Tareq
Madkour qui a contribué au
succès de plusieurs anciens albums de
Hicham. Deux autres chansons,
Taala ganbi (approche de
moi) et Sebtak (je t’ai quitté),
sont signées par le jeune Ali Fathallah,
nouvelle découverte du chanteur. Mais le morceau qui marque
véritablement l’évolution musicale de
Hicham Abbass dans cet
album est sans doute Ya
habibi, où la voix féminine et
éminente de la chanteuse turque Safya
vient donner une certaine teinte exotique aux chansons de
l’album.
Quelques mesures de rap insérées sans grand succès dans la
chanson, et la frivolité de ses paroles hors contexte
constituent son point faible.
Autre coup de cœur de cet album, Eftah
albak (avoue-moi), dont le
tambour, le luth et le rythme plus ou moins nubien
rappellent certains titres d’Ahmad
Mounib. Pour l’écriture des textes,
Hicham
Abbass a fait appel à des plumes amies très bien
aiguisées, dont celles du jeune parolier
Ayman
Bahgat Qamar, d’Amir
Teama et de Aziz
Al-Chaféï. Comme le laisse
présager le titre, l’émotion domine. L’amour y est décliné
sous toutes les coutures. Des déclarations (Taala
ganbi) et (Men
al-leiladi), aux regrets (Wakhed
ala khatrak)
et aux doutes (Sebtak) et les
histoires impossibles (Mafich
fayda feya)
sont évoqués avec sensibilité.
Toutefois, malgré ses compositions élégantes et ses chansons
plus ou moins bien travaillées, ce nouvel opus de
Hicham
Abbass s’essouffle quelque peu dans ses ventes, eu
égard aux fluctuations incessantes de la carte du marché des
albums en Egypte, qui regorge de nouveautés en été. Cela
n’ôte pas à l’album de Abbass
son charme évident.
Yasser
Moheb