Al-Ahram Hebdo,Arts | Le non-dit capturé
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 Semaine du 15 au 21 août 2007, numéro 675

 

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Arts

Photographie. Pour la deuxième année consécutive, le Centre des Images Contemporaines (CIC) expose à Saqiet Abdel-Moneim Al-Sawi des photos journalistiques primées au concours de World Press Photo (WPPh). Elles méritent le détour.

Le non-dit capturé

Un cadavre, des champs de fleurs blanches, des ruines, une artiste qui se maquille, une femme qui crie ... des scènes si diverses émergent dans une série d’instantanés en couleur ou en noir et blanc. Ce sont des impressions, et des émotions captées au vif par l’objectif des appareils photos d’une soixantaine de journalistes-photographes de vingt-trois nationalités, à savoir l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, le Danemark, la France, l’Allemagne, la Hongrie, Israël, l’Italie, le Japon, le Mexique, les Pays-Bas, le Nigeria, la Norvège, la Palestine, la République populaire de Chine, l’Afrique du Sud, l’Espagne, la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Sélectionnées au crible, parmi 78 000 photos proposées par 4 000 photographes, par un jury international composé par l’organisation de WPPh de 13 membres de photographes appartenant à des agences de presse prestigieuses telles que Reuters, AFP, The New York Times, les photos primées portent sur 10 catégories, dont, entre autres, les photos d’actualité contemporaine, le sport, l’art, les nouvelles, le portrait, la nature, etc. Ces catégories couvrent ainsi les événements de l’année. « Les journalistes-photographes sont des témoins de l’état du monde. Leur présence est importante non seulement pour couvrir les événements, mais aussi pour nous transmettre des incidents qui n’ont pas été soulignés dans la presse », explique Evelien Kunst, directrice du projet de WPPh.

Créé en 1955 aux Pays-Bas, le WPPh est une fondation indépendante à but non lucratif qui encourage et soutient les journalistes-photographes dans le monde entier, de par sa vocation de tribune libre de l’échange des informations. Ainsi, chaque année, les œuvres primées sont-elles exposées dans plus de 40 pays et 90 villes. A présent, cette exposition fait escale au Caire grâce au concours du CIC qui est conçu comme premier endroit indépendant en Egypte s’évertuant à promouvoir l’art visuel contemporain, à produire un langage visuel local et à dynamiser ce genre d’art, qui se trouve en léthargie en Egypte. L’objectif fut atteint par cette exposition où les œuvres trahissent une préoccupation explicite de la part de photographes pour un langage très fin via les cadres, les contrastes chromatiques et le rapport entre le vide et la masse.

La photo de l’Américain Spencer Platt, de Getty Images, titulaire du prix de World Press Photo of the Year 2006 , en est un exemple. Prise le 15 août 2006, au lendemain du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, cette photo représente un groupe de jeunes Libanais conduisant leur voiture dans l’une des régions du sud de Beyrouth, dévastée par les bombes israéliennes. « Ces Libanais brisent l’image stéréotype des victimes. Ils ont l’allure normale de jeunes qui peuvent être visibles à Broadway ou à Paris. D’ailleurs, je me suis posé la question : Comment l’un de ces jeunes a pu garder la blancheur de son T-shirt au milieu de ces ruines ? », souligne Platt dans son interview sur le site de WPPh.

En outre, le président du jury, Michele McNally, décrit cette photo ainsi : « C’est une image que vous ne pouvez pas cesser de regarder, elle a la complexité et la contradiction du réel, au milieu du chaos ».

Quant à la photo « La Chute » du Français Denis Darzacq, de l’Agence Vu, titulaire du premier prix pour la catégorie Art & Entertainment, elle met en scène les corps en apesanteur de danseurs de hip-hop. Entre ciel et terre, La Chute nous initie à réfléchir sur l’énergie innée du corps humain, et du rapport entre sa masse et le vide qui l’entoure. « Juste après la crise des banlieues de 2005, entre pesanteur et gravité, j’ai réalisé des photographies en suspension dans une architecture générique et populaire. J’aime qu’à l’ère du Photosphop, la photographie puisse surprendre encore et témoigner d’instants ayant réellement existé, sans trucages, ni manipulation », a expliqué Darzacq pour Photoworks.

Toutefois, parmi les 200 photos exposées à Saqiet Al-Sawi, la présence arabe fait défaut, sauf à travers les incidents enregistrés au Liban ou en Iraq. Un fait, qui en soi, déborde de connotations. « Cette exposition du WPPh n’est pas un simple étalage de talents virtuoses, c’est plutôt une déclaration d’une position contre la censure et pour la liberté de la presse, d’où le soutien de notre gouvernement », affirme l’ambassadeur des Pays-Bas.

Lamiaa Al-Sadaty

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