Photographie.
Pour la deuxième année consécutive, le Centre des Images
Contemporaines (CIC) expose à Saqiet Abdel-Moneim Al-Sawi
des photos journalistiques primées au concours de World
Press Photo (WPPh). Elles méritent le détour.
Le non-dit capturé
Un
cadavre, des champs de fleurs blanches, des ruines, une
artiste qui se maquille, une femme qui crie ... des scènes
si diverses émergent dans une série d’instantanés en couleur
ou en noir et blanc. Ce sont des impressions, et des
émotions captées au vif par l’objectif des appareils photos
d’une soixantaine de journalistes-photographes de
vingt-trois nationalités, à savoir l’Argentine, l’Australie,
le Brésil, le Canada, le Danemark, la France, l’Allemagne,
la Hongrie, Israël, l’Italie, le Japon, le Mexique, les
Pays-Bas, le Nigeria, la Norvège, la Palestine, la
République populaire de Chine, l’Afrique du Sud, l’Espagne,
la Suède, la Suisse, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.
Sélectionnées au crible, parmi 78 000 photos proposées par 4
000 photographes, par un jury international composé par
l’organisation de WPPh de 13 membres de photographes
appartenant à des agences de presse prestigieuses telles que
Reuters, AFP, The New York Times, les photos primées portent
sur 10 catégories, dont, entre autres, les photos
d’actualité contemporaine, le sport, l’art, les nouvelles,
le portrait, la nature, etc. Ces catégories couvrent ainsi
les événements de l’année. « Les journalistes-photographes
sont des témoins de l’état du monde. Leur présence est
importante non seulement pour couvrir les événements, mais
aussi pour nous transmettre des incidents qui n’ont pas été
soulignés dans la presse », explique Evelien Kunst,
directrice du projet de WPPh.
Créé en 1955 aux Pays-Bas, le WPPh est une fondation
indépendante à but non lucratif qui encourage et soutient
les journalistes-photographes dans le monde entier, de par
sa vocation de tribune libre de l’échange des informations.
Ainsi, chaque année, les œuvres primées sont-elles exposées
dans plus de 40 pays et 90 villes. A présent, cette
exposition fait escale au Caire grâce au concours du CIC qui
est conçu comme premier endroit indépendant en Egypte
s’évertuant à promouvoir l’art visuel contemporain, à
produire un langage visuel local et à dynamiser ce genre
d’art, qui se trouve en léthargie en Egypte. L’objectif fut
atteint par cette exposition où les œuvres trahissent une
préoccupation explicite de la part de photographes pour un
langage très fin via les cadres, les contrastes chromatiques
et le rapport entre le vide et la masse.
La
photo de l’Américain Spencer Platt, de Getty Images,
titulaire du prix de World Press Photo of the Year 2006 , en
est un exemple. Prise le 15 août 2006, au lendemain du
cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, cette photo
représente un groupe de jeunes Libanais conduisant leur
voiture dans l’une des régions du sud de Beyrouth, dévastée
par les bombes israéliennes. « Ces Libanais brisent l’image
stéréotype des victimes. Ils ont l’allure normale de jeunes
qui peuvent être visibles à Broadway ou à Paris. D’ailleurs,
je me suis posé la question : Comment l’un de ces jeunes a
pu garder la blancheur de son T-shirt au milieu de ces
ruines ? », souligne Platt dans son interview sur le site de
WPPh.
En outre, le président du jury, Michele McNally, décrit
cette photo ainsi : « C’est une image que vous ne pouvez pas
cesser de regarder, elle a la complexité et la contradiction
du réel, au milieu du chaos ».
Quant à la photo « La Chute » du Français Denis Darzacq, de
l’Agence Vu, titulaire du premier prix pour la catégorie Art
& Entertainment, elle met en scène les corps en apesanteur
de danseurs de hip-hop. Entre ciel et terre, La Chute nous
initie à réfléchir sur l’énergie innée du corps humain, et
du rapport entre sa masse et le vide qui l’entoure. « Juste
après la crise des banlieues de 2005, entre pesanteur et
gravité, j’ai réalisé des photographies en suspension dans
une architecture générique et populaire. J’aime qu’à l’ère
du Photosphop, la photographie puisse surprendre encore et
témoigner d’instants ayant réellement existé, sans trucages,
ni manipulation », a expliqué Darzacq pour Photoworks.
Toutefois, parmi les 200 photos exposées à Saqiet Al-Sawi,
la présence arabe fait défaut, sauf à travers les incidents
enregistrés au Liban ou en Iraq. Un fait, qui en soi,
déborde de connotations. « Cette exposition du WPPh n’est
pas un simple étalage de talents virtuoses, c’est plutôt une
déclaration d’une position contre la censure et pour la
liberté de la presse, d’où le soutien de notre gouvernement
», affirme l’ambassadeur des Pays-Bas.
Lamiaa Al-Sadaty