Cinéma.
La 60e édition du Festival du film de Locarno, qui s’est
déroulée du 1er au 11 août, a réservé une ouverture
particulière sur les expressions et sensibilités artistiques
arabes.
Les Arabes aux premières loges
Chaque
édition du Festival de Locarno était un effort d’accompagner
les cinémas du Sud ou ceux non favorisés par l’histoire pour
les propulser sur la scène internationale et leur assurer
des adhésions du public. Dans cette optique, une section au
nom de Open Doors a été créée
cette année pour soutenir la production cinématographique
des pays en voie de développement, notamment ceux du Proche
et du Moyen-Orient ainsi que du Maghreb. Des œuvres
originales, représentatives des cuvées contemporaines de
cette portion du monde ont eu droit à des projections
spéciales. Dès lors, le public du Tessin s’est rincé l’œil
avec la vision d’œuvres d’Egypte : Ard
al-khof (terre de la peur) de
Daoud
Abdel-Sayed, Sahar
al-layali (nuits blanches) de
Hani Khalifa et Shorts (courts)
de Nadine Khan, Lama hekiet
Mariam (quand Mariam a raconté) d’Assad
Fouladkar, A
Perfect Day
(journée idéale) de Joanna
Hadjithomas et Khalil
Joreige,
Yaoumiyat Beirut
(chroniques de Beyrouth) de May
Al-Masri et Maarek
hob (batailles d’amour) de
Danielle Arbid, ont offert aussi
un panoramique exaltant des productions levantines. L’Iraq
avec Underexposure
(surexposition) de Oday
Rasheed, la Syrie avec
Taht
al-saqf (sous le toit) de Nidal
Al-Dibs, et la Palestine avec
Ertijal (improvisation) de
Raed Ardoni
ont été également de ce parti exhaustif.
Par ailleurs, la section Open Doors
a accueilli 120 projets de coproductions, dont elle a retenu
13. Parmi ceux-ci, 4 dont un de Daoud
Abdel-Sayed et un autre de
Nadine Khan ont été accrédités d’un soutien. Quatre
libanais, 2 syriens et 1 palestinien ont eu de même l’aval
de la section.
Une autre section Les Films des jurys a intégré parmi ses
membres la réalisatrice palestinienne
Alia
Arsoughly, auteure de
Baad
al-samaa al-akhira
(au-delà du dernier ciel). De même Raja
Amari, la réalisatrice tunisienne, a fait partie du
jury de la section La Première œuvre. L’Iraqien
Intishal
Al-Timimi, directeur artistique du Festival du cinéma
arabe de Rotterdam, fut aussi membre du jury
Neptac (réseau pour la promotion
du cinéma asiatique). L’ensemble a assuré une présence arabe
dynamique et vitalisante au
festival.
Parmi les films intéressants qui ont été plébiscités du
public, Mots après la guerre du Tunisien
Anouar
Brahem, qui s’est penché sur le vécu improbable et
secoué du Liban, au lendemain de la guerre civile. « J’ai vu
ce pays renaître de ses cendres et se reconstruire, pour
essuyer un nouveau revers avec les attaques israéliennes de
l’été 2006 dans l’indifférence générale, a-t-il confié. Je
me suis donc mobilisé pour mieux comprendre la situation
bouleversante ». D’autre part, dans la section Ici et
ailleurs — visions du Moyen-Orient, la cinéaste Nadia
Kamel a retenu l’attention avec
son film Salata
baladi, où elle pose avec
légèreté des questions sur l’identité culturelle métissée en
sondant l’univers singulier de sa mère.
En marge de cet intérêt particulier pour le cinéma arabe, la
section Signore i
Signori a offert une vision
kaléidoscopique des œuvres italiennes qui ont catapulté
leurs stars au sommet de la renommée mondiale, telles Anna
Magnani dans Bellissima de
Luchico Visconti, Gina
Lollobrigida dans Fantasia de Luigi Comencini, entre autres.
Pendant la durée du festival, la Piazza Grande, la plus
grande salle de cinéma en plein air avec écran géant, a
permis à une grande assistance de savourer des moments
mémorables de découverte et d’appréciation d’œuvres de
cinéastes d’horizons différents, mais de sensibilités et de
préoccupations qui se rapprochent dans un souci de servir
l’humain et le beau.
Fawzi
Soliman