Al-Ahram Hebdo, Arts | Le droit à la chronique historique
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 Semaine du 15 au 21 août 2007, numéro 675

 

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Arts

Cinéma. Sorti cette semaine en France, Cartouches gauloises, de Mehdi Charef, relance le débat sur la colonisation française du Maghreb.

Le droit à la chronique historique

Quelques mois après sa projection controversée au Festival de Cannes, le dernier long métrage du Français d’origine algérienne Mehdi Charef suscite des avis partagés au lendemain de sa sortie dans les salles françaises.

Après Au Pays des Juliets et Le Thé au Harem d’Archimède, Charef continue de décanter sa passion pour son Algérie natale. Avec son dernier opus, Cartouches gauloises, il installe son objectif dans l’enfance.

L’histoire du film se déroule en 1962, pendant le dernier printemps de la guerre d’Algérie, à l’heure où sonne l’indépendance. De prime abord, le titre, qui cingle comme une rafale de balles ôtant la vie des Algériens, pris sous le feu et la folie meurtrière des soldats français d’Algérie, ne laisse pas indifférent.

Autour de Ali, protagoniste du film et vendeur de journaux de 11 ans, dont le père a rejoint la résistance clandestine, son meilleur ami Nico, dont le monde vacille. L’un est arabe, l’autre pied-noir, tout les oppose donc dans ce monde colonial clivé. Au moment où Les Français réintègrent leur pays, les attentats se multiplient. Nico doit partir et tout s’effondre autour d’eux, mais rien ne pourra cependant leur voler leur enfance.

A travers une vision d’enfant, le cinéaste nous prend la main et tente de montrer ce qu’il a lui-même vécu et ce qui relève parfois de l’indicible. Comme un conteur, Ali déambule dans la ville, faisant sa besogne et vivant ce qui sera écrit le lendemain dans le journal qu’il distribue. Le jeune acteur nous révèle sous le sourire un monde qui s’ébroue de souffrances et de plaies béantes d’un peuple qui se faisait exécuter à chaque coin de rue. Mais également sa joie de vivre et son courage.

Pleine de charme, cette œuvre autobiographique nous plonge dans les souvenirs d’un cinéaste qui aborde des thèmes difficiles avec la plus grande délicatesse. « Dans le film, je présente d’autres aventures qui me permettent peut-être de ne pas trop remuer certains coins sombres de ma mémoire et de ne pas toucher aux cicatrices de mon enfance », a-t-il souligné, après la projection du film à Cannes. Et d’expliquer : « Quand on est enfant, on voit des larmes. On voit les gens qui pleurent, mais on ne sait pas pourquoi ils pleurent. Après on se pose la question, on veut savoir pourquoi cet enfant pleure et on apprend petit à petit qu’il s’est sauvé, que sa famille a fui et qu’il a failli mourir. Des détails apparaissent sur les vies de tous, Français et Algériens ».

Ces détails forment donc une mosaïque, un patchwork de souvenirs un peu décousu dont le fil serait cette déchirure que Mehdi Charef met en scène pour conjurer ses vieux démons. Né en Algérie et arrivé en France à l’âge de dix ans, Mehdi Charef travaille à l’usine avant de devenir écrivain puis réalisateur. Sur les conseils de Costa-Gavras, il adapte à l’écran son roman, Le Thé au Harem d’Archimède, qui remporte un César et le Prix Jean Vigo. Mais le voilà avec Cartouches gauloises, de retour sur les lieux de l’enfance et de la mémoire de la guerre d’Algérie chargée de traumatismes.

 

Douceur et dureté

La mise en scène transcrit à la fois la douceur et la dureté d’un quotidien improbable. Toutefois, le lyrisme est de mise, notamment dans les séquences se déroulant dans la cabine de projection ou sous le pont où se retrouve le groupe d’amis. Charef met un point d’honneur à brosser le portrait d’une Algérie à l’équilibre branlant mais pleine d’espoir. Seul le dernier plan du film, où Ali courant vers le lointain, crie « Papa ! Papa ! », permet de prononcer le vœu le plus cher des Algériens d’indépendance, de liberté, et ouvre l’espace filmique dans lequel le spectateur ému adopte l’élan émancipé de l’enfant. Cependant, produit avec le soutien du ministère de la Culture algérien, le film, dont la visée était de confronter les différentes facettes de l’Histoire, n’a pas fait l’unanimité à Alger. Chez Charef, on ne peut s’empêcher de relever une ambivalence sentimentale et idéologique.

D’un côté, il compte les morts dans les rangs algériens et relève l’arrogance des colons se vautrant dans une vie d’aisance. D’un autre côté, il pose un regard critique sur la conduite de certains de ses compatriotes, qui ont rasé les têtes de femmes collaboratrices au moment de la libération.

S’il fait la part belle à la cause algérienne, Charef ne cache pas une compassion pour les Français qui ont dû fuir un territoire qu’ils occupaient, certes, mais où il vivaient également. Il les voit non comme de simples coloniaux, mais de véritables enfants du pays. A titre d’exemple, un chef de gare qui, muté à Sarcelles, est persuadé de ne jamais y voir un Arabe ou un juif, ainsi que Rachel, la voisine juive qui préfère rester dans un pays qui est aussi le sien. Une galerie de personnages étonnants et qui sonnent vrais afin de témoigner d’une histoire tumultueuse et conflictuelle qui lie l’Algérie à la France. Cartouches gauloises trouve sa noblesse dans ce pas franchi vers la nouvelle rédaction d’une page de l’Histoire que le cinéma français a bien souvent arrachée.

Yasser Moheb

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