Guerre ou paix ?
Wahid
Abdel-Méguid
De grandes manœuvres militaires israéliennes ont eu lieu au
Golan et des sources syriennes officielles ont prévu une
guerre, déclenchée par Israël, cet été. Bien que Tel-Aviv
ait déclaré que ses manœuvres étaient défensives. De leur
côté, des sources israéliennes expriment leur inquiétude sur
des mouvements militaires effectués entre Damas et
Qunaîtra et craignent une
surprise syrienne.
Tout ceci a eu lieu en quelques jours alors que certains
observateurs parlent d’indices concernant de nouveaux
horizons pour la reprise des négociations suspendues depuis
plus de 8 ans entre les deux pays. D’autres indices négatifs
sont aussi clairs, éloignant la possibilité d’un retour à la
table des négociations. Car alors qu’on entend parler de
messages politiques échangés entre le premier ministre
israélien et le président syrien par l’intermédiaire de
tierces parties à propos des conditions de la reprise des
négociations, il existe aussi des messages médiatiques
échangés entre des responsables des 2 pays, selon lesquels
les préparatifs de guerre seraient en cours.
Or, la réalité prouve que tout mouvement sur la voie de la
paix actuellement est pratiquement impossible, étant donné
que les 2 parties ne sont pas prêtes à assumer le prix de
cette paix, en particulier Israël.
Chez les 2 parties, les objectifs sont différents. Le
président Bachar
Al-Assad veut avant tout prouver
qu’il est impossible d’isoler la Syrie. Et le premier
ministre israélien veut renforcer sa position à l’intérieur
du pays après que la guerre contre le Liban en 2006 lui a
fait perdre toute popularité. Olmert
espère que la table de négociations sera un moyen
d’influencer les relations
irano-syriennes, puisque Téhéran n’apprécie pas
l’idée de la reprise des négociations entre Damas et
Tel-Aviv.
Les 2 parties ne s’entendent pas non plus en ce qui concerne
la façon de négocier. Alors qu’Olmert
désire effectuer des négociations en face-à-face entre les
délégations des 2 pays, au vu et au su du monde entier, le
président syrien préfère des négociations indirectes à
travers un intermédiaire
américain. C’est-à-dire qu’il vise à négocier avec
Washington et non avec Tel-Aviv, parce qu’il est
parfaitement conscient des répercussions néfastes que
peuvent causer ces négociations sur les relations avec les
Iraniens.
Il ne faut pas aussi oublier que toute action sérieuse
envers la paix est interdite pour la Syrie et Israël, même
s’ils le désirent. L’Administration américaine actuelle
donne la priorité à l’isolement de la Syrie au niveau
régional. Washington insiste à réaliser cet objectif, bien
qu’aucun succès n’ait encore été réalisé sur la voie de
cette politique basée sur l’idée que l’isolement de la Syrie
affaiblit l’Iran.
C’est l’ex-président français Jacques Chirac qui avait
convaincu l’Administration américaine du fait que faire
sortir la Syrie du Liban peut constituer la clé de
l’encerclement de « la coalition
radicaliste » guidée par l’Iran dans la région.
Il est connu que le président américain avait pris sa
décision dans cette direction après son retour de Normandie
en juin 2004 où il avait rencontré Chirac à l’occasion de la
commémoration du débarquement des troupes des Alliés au
cours de la seconde guerre mondiale.
Ceci explique l’énigme selon laquelle la Syrie insistait à
ce que le président libanais Emile
Lahoud continue à occuper son poste, bien que cela
soit interdit par la Constitution. Ceci avait alors causé
une tension importante bien que de nombreuses personnalités
libanaises soient alliées à la Syrie et lui soient aussi
fidèles que Lahoud. Et Damas en
avait effectivement choisi une, qui est Soliman
Ferenjia, le leader de ce qu’on
appelle le courant Al-Marada qui
représente l’un des petits groupes maronites politiques.
Or, la hausse des pressions américano-françaises sur la
Syrie a rendu les choses plus confuses pour cette dernière.
Et avec l’absence d’institutions capables de gérer de telles
crises et alors que ce sont les appareils de sécurité qui
ont l’hégémonie sur la décision syrienne concernant le
Liban, il était facile de commettre des erreurs. Damas s’est
alors trompée dans l’estimation de la situation. Et ceux qui
détiennent la prise de décision ont estimé que la situation
nécessitait la présence d’un président libanais de grande
expérience. C’est de là qu’est venue la décision de
prolonger le mandat du président Lahoud
au lieu de soutenir Ferenjia.
Les événements se sont alors succédé jusqu’à l’assassinat de
Rafiq Al-Hariri en février 2005
et depuis, la crise s’est de plus en plus accentuée.
La situation en Syrie a alors créé un différend avec Israël
qui craignait de voir s’affaiblir le régime syrien à cause
des pressions sur Damas. Là, Tel-Aviv avait prévu 2
scénarios : un régime islamiste qui constituerait un danger
pour Israël, ou un chaos total aux frontières israéliennes,
comme celui qui règne actuellement en Iraq. C’est pourquoi
Israël tentait de convaincre Washington d’alléger les
pressions sur la Syrie, alors qu’Olmert
tentait de revenir à la table de négociations.
Or, tout a basculé après les événements de Gaza en juin
dernier. Selon l’Administration américaine, la Syrie n’est
pas loin de tout ceci. C’est alors qu’après le sommet entre
Bush et Olmert le 19 juin
dernier, Olmert a très bien
compris que la voie vers la Syrie était bloquée, sauf dans
le cas d’une escalade militaire, si les conditions
l’obligent.
Dans tous les cas, la probabilité de la guerre reste plus
proche que celle de la paix qui semble aujourd’hui plus que
jamais éloignée, depuis la Conférence de Madrid en
1991 .