Al-Ahram Hebdo, Livres | Parures de chez nous
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 Semaine du 1er au 7 août 2007, numéro 673

 

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Patrimoine. La designer et joaillière Azza Fahmi se présente en auteure et ethnographe dans un livre-catalogue, faisant l’inventaire des styles de bijoux égyptiens.

Parures de chez nous

Peut-on tracer une carte de l’Egypte avec les bijoux comme point d’ancrage ? L’aventure semble être tentante, et la bijoutière-joaillière Azza Fahmi s’est avérée fin prête. Son livre impressionnant, aussi bien par ses images que par sa riche documentation, met en avant l’histoire des bijoux égyptiens, notamment vers la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième. Cela dit long sur la vie des habitants peuplant le nord et le sud du pays, leurs us et coutumes s’y reflétant machinalement.

Il est très difficile de différencier le style chaabi (ou populaire des villes) du style paysan, du point de vue formes et designs. Les bijoux du désert sont souvent plus simples, car l’on accorde le plus grand intérêt aux broderies des voiles. Les Siwis portent des bagues à tous les doigts sauf à l’index. Et les Nubiens sont très influencés par les cultures chrétienne et byzantine. C’est en sillonnant le pays que Azza Fahmi a acquis ses informations sur le champ, comme elle a appris son métier sur le tas avec, entre autres, les maîtres orfèvres du quartier de Khan Al-Khalili. D’abord, l’auteure commence par raconter sa passion pour la joaillerie grâce à la découverte d’un bouquin de Klement Benda sur les bijoux traditionnels du Moyen Age, en 1969, au Salon international du livre. Diplômée des beaux-arts en 1965, elle s’ennuyait au ministère de l’Information où elle passait son temps à réaliser des couvertures pour les publications politiques ! Ce sont ses visites aux ateliers du Khan qui pimenteraient sa vie, lui donnant la chance aujourd’hui de tenir des propos historiques sur l’hiérarchie au sein de la corporation des bijoutiers.

Titre de maître

Ayant fréquenté ces ouvriers de près, elle précise qu’à partir de l’époque ottomane, l’apprenti de 8 à 10 ans était entièrement pris en charge par un patron pendant sept ans environ jusqu’à atteindre le rang de arrif (connaisseur). Ensuite, il lui fallait cinq autres années pour devenir un ouvrier-junior. Surveillé directement par le chef-orfèvre pendant deux ans supplémentaires, il finissait par acquérir le titre de maître, à son tour. « Il était promu lors d’une cérémonie spéciale, appelée la cérémonie de la ceinture. Car il recevait une ceinture, lui provenant de son patron, pour témoigner que désormais il connaissait les secrets du métier », souligne Fahmi, qui ne manque pas de mentionner la petite histoire de chacun des maîtres-orfèvres qu’elle a croisés ou dont elle a entendu parler. Hagg Mekkawi son initiateur et maître du domloj (bracelet de poignet), Hagg Awad Gasser le spécialiste des bijoux nubiens à Abdine, Gab Gab le créateur de toutes les pièces authentiques de Siwa, mort en 1968 … Autant de connaisseurs qui semblent venir d’un autre monde dont elle détient les secrets, bien qu’elle ait parachevé ses études en Angleterre et s’en est éloignée pendant un bout de temps. « J’ai découvert que toutes ces pièces bédouines, paysannes ou nubiennes qui me fascinaient étaient confectionnées au Caire, à Alexandrie ou dans d’autres grandes villes », dit-elle. La centralisation marque la fabrication des bijoux aussi bien que le champ politique !

Selon les chiffres du Conseil mondial de l’or, datant de l’an 2001, l’Egypte consomme annuellement 120 tonnes d’or pur de 24 carats, dont 70 % servent à produire des bijoux pour les classes paysanne et populaire. Celles-ci ont toujours considéré l’or comme un bon moyen d’épargne, contre les revers de fortune. Pour sauver la face, les femmes échangent gourmettes et bracelets en or contre d’autres en toc, couverts d’une fine couche dorée, « dahab qichra ». Al-Gamal et Al-Samaka en étaient les principales maisons productrices, fondées par des juifs vers 1912. « Elles avaient plus de 16 branches en Egypte et ont été vendues en 1957 lorsque les propriétaires juifs sont partis. Vers 1989, la compagnie a réémergé sous le seul nom d’Al-Gamal et s’est convertie grosso modo aux bijoux en or, tentant quand même de conserver son image de marque », ajoute l’auteure dont le travail de designer l’a plongée dans l’ethnographie. Elle n’est pas restée enfermée dans sa classe, mais a connu des Bajas qui se proclament de la lignée des pharaons et des Rachaydas qui disent être les descendants du calife Abasside Haroun Al-Rachid ! (tribus de la frontière égypto-soudanaise). Sa collection de bijoux anciens compte des pièces auxquelles l’on attribue des pouvoirs guérisseurs, des pendentifs portant la caricature du roi Farouq (dernier roi d’Egypte) ou des bracelets vendus en Basse-Egypte sous le nom du khédive Abbass Kamel !.

Dalia Chams

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Enchanted Jewelry of Egypt

(bijoux enchantés d’Egypte),

par Azza Fahmi,

AUC Press,  2006.

 




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