Protection de l’environnement.
D’une année à l’autre, la situation se détériore et la loi
chargée d’y veiller est pointée du doigt, malgré les
réformes de 2005 pour en accroître la sévérité. Un de ses
instigateurs, Mohamad Abdel-Aziz
Al-Guindi, actuel président de l’Association des amis
de l’environnement à Alexandrie, s’exprime sur le
sujet.
« Une application plus ferme de la loi est plus qu’urgente »
Al-Ahram
Hebdo : La loi sur l’environnement numéro 4 de l’année 1994,
dont vous êtes l’un des parrains, est considérée comme trop
faible car incapable de régler les problèmes. Qu’en
dites-vous ?
Le conseiller Mohamad Abdel-Aziz Al-Guindi : Je dirais que
cette loi, comme toutes les autres en Egypte, connaît des
difficultés d’application en raison de la corruption
omniprésente. Nombreux sont ceux cherchant à profiter des
points faibles des lois et s’en mettre plein les poches,
surtout quand il s’agit d’activités industrielles. Par
exemple, la loi sur l’environnement exige des industries
installées sur un site de ne pas affecter l’environnement et
de respecter les normes légales en ce qui concerne les
déchets. De plus, la loi exige de chaque industrie qu’elle
fasse une étude sur l’impact environnemental de son activité
afin de s’assurer que l’environnement ne sera pas affecté
négativement. Par ailleurs, toutes les industries sont
actuellement obligées de tenir un registre environnemental
concernant les déchets, les émanations, l’énergie, les
ressources, donc tout ce qui a rapport avec l’environnement.
—
Ces exigences sont appliquées aux nouvelles industries.
Mais le vrai problème réside dans les vieilles industries
dont la technologie est très ancienne et par conséquent très
polluante ...
— Dans ce cas, le législateur a donné aux anciennes
industries un délai de 6 ans, atteint en 2000, pour se
conformer aux normes édictées par la loi. Mais seul un quart
de ces industries s’est conformé à la loi. Et
malheureusement, le législateur a oublié de fixer une
sanction pour les industries qui refusent de se conformer
aux normes de la loi. A vrai dire, cette question des
industries est difficile et est prise dans un cercle vicieux
car les propriétaires des industries, que ce soit le
gouvernement ou le secteur privé, essayent d’exercer une
pression en utilisant le facteur social. Ils ne cessent de
répéter qu’une fois l’industrie fermée à cause de la
pollution qui en résulte, des dizaines, voire des centaines
d’ouvriers perdront leur unique gagne-pain. Un argument qui
touche le législateur. Il ne veut pas cesser la pollution
sur les cadavres des ouvriers.
— Mais la loi sur l’environnement en question est aussi
estimée incomplète car elle ne couvre pas tous les sujets.
Que répondez-vous à cela ?
— C’est faux. Toutes les sortes de pollution ont été
mentionnées dans la loi 4 sur l’environnement. Par exemple,
le débarras non conforme à la loi de déchets dangereux est
considéré comme un crime. La peine varie de 5 à 15 ans de
prison. Et ainsi de suite. La loi peut être meilleure mais
le problème, je le répète, réside dans la manière dont la
loi est appliquée.
— La loi sur l’environnement a fait l’objet de réformes
en 2005. Pourquoi ?
— Dans les réformes de 2005, nous avons voulu être plus
sévères avec les normes de la pollution. Nous avons ajouté
la notion de masse de polluants à côté de la concentration
de polluants. En effet, la quantité du polluant, son volume,
compte dans l’évaluation de la pollution existante.
C’est-à-dire qu’on ne parle plus de nombre d’établissements
industriels dans une région, mais de la charge de la
pollution dans la région même si la région concernée ne
compte qu’une seule industrie. Les réformes de 2005 ont donc
été des réformes plutôt techniques.
— La loi a aussi été réformée très récemment. Quelle est
la teneur de ces réformes ?
— Les nouvelles réformes ont été approuvées par le Conseil
des ministres et elles sont en train d’être revues par le
Conseil d’Etat. Dans ces réformes, nous avons présenté des
sanctions sur les industries qui n’ont pas présenté l’étude
d’évaluation de l’impact environnemental. Nous avons
également voulu être encore plus sévères avec les normes des
polluants. De même en ce qui concerne les industries : nous
nous sommes concentrés sur l’environnement de travail et les
espaces verts. D’un autre côté, nous avons intégré pour la
première fois la question du Nil qui dispose déjà d’une loi
numéro 48 de l’année 1982. Nous avons essayé, de plus,
d’être plus spécifiques en ce qui concerne le rôle de chaque
organisme chargé de la défense des côtes. Les réformes
couvrent, en fait, de nombreux sujets et le but est de
parvenir à une meilleure version de la loi.
— En ce qui concerne l’exécution de la loi, pourquoi
est-elle si peu sévère ?
— En général, l’exécution de la loi relève de la
responsabilité du ministère de l’Intérieur. Nous avons, en
vain, demandé à avoir une police spécialisée pour les crimes
environnementaux. Ce n’est qu’en 2001 que le terme
environnement a été ajouté au nom de la police des surfaces
hydrauliques qui est devenue la police de l’environnement et
des ressources hydrauliques. En 2005, elle est devenue la
police de l’environnement et des surfaces. Mais cette
police, à mon avis, est inefficace car ce n’est pas le nom
qui compte, mais le principe. Les agents de cette police
doivent comprendre la nature des crimes environnementaux,
ils doivent suivre des formations pour appliquer la loi 4
sur l’environnement comme il se doit.
— Enfin, comment considérez-vous, à titre personnel, la
situation de la pollution en Egypte, surtout dans votre
gouvernorat, Alexandrie ?
— Les conditions environnementales sont très détériorées, et
le peuple ne restera pas les bras croisés pour toujours. La
soif, le danger et la privatisation des ressources
naturelles peuvent conduire à une révolution. Nous avons vu
ce que le manque d’eau a provoqué dans certains gouvernorats
ces dernières semaines. La pollution s’aggrave de jour en
jour et la population paye lourdement de sa santé. Par
exemple, à Alexandrie, le golfe d’Abouqir a perdu toute sa
valeur à cause de la pollution qui y est déversée par
l’usine Racta pour le papier. De même, la compagnie Misr
pour les produits chimiques déversait du mercure dans le
golfe d’Al-Max, ce qui a provoqué de nombreux cancers chez
ceux qui se nourrissent principalement de poisson. Il y a
aussi le lac Mariout qui reçoit toutes sortes de pollutions
alors qu’il contient 40 % de la richesse piscicole du
gouvernorat. Bref, le volume de la destruction
environnementale est vraiment inquiétant. Le législateur
veut surmonter les points faibles de la loi mais son
application plus ferme est plus qu’urgente.
Propos recueillis par Dalia Abdel-Salam