Banques.
Philippe Joannier,
directeur régional de la BNP Paribas, souligne qu’il reste
encore beaucoup à faire pour que les établissements
nationaux puissent concurrencer l’international.
« Le marché égyptien est encore sous-bancarisé »
Al-Ahram
Hebdo : Comment évaluez-vous la performance de l’économie
égyptienne actuellement ?
Philippe Joannier : Evidemment, il existe beaucoup
d’indicateurs positifs, puisque le taux de croissance du PIB
a dépassé les 6 %, marquant début 2007 presque 7 %. De plus,
les revenus provenant du tourisme et du Canal de Suez ont
marqué un grand essor. L’Egypte a aussi été la première
cible du continent africain en ce qui concerne les
investissements étrangers directs. Mais il y a deux points
négatifs, à savoir l’augmentation du taux de l’inflation et
la détérioration du niveau de vie des citoyens.
— Le fait que l’inflation soit plus élevée que les taux
d’intérêt bancaires a-t-il affecté les dépôts ?
— Non. La hausse du taux d’inflation n’a pas affecté les
dépôts bancaires. Il y a assez de liquidités qui cherchent à
être investies dans les banques égyptiennes. Mais
l’inflation ainsi que d’autres facteurs mènent à
l’incapacité des clients à rembourser leurs dettes aux
banques. Ce qui cause une surchauffe de l’ensemble de
l’économie.
— La tendance de la Banque Centrale Egyptienne (BCE) à
diminuer le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires
influencera-t-elle le volume de ces dépôts ?
— Le taux d’intérêt n’a pas beaucoup baissé. Depuis six
mois, il ne connaît que des changements minimes ne dépassant
pas en leur totalité 1 %. La majorité des clients cherche à
investir sans risque, et donc n’investira qu’à travers les
dépôts bancaires. Le choix d’investir en Bourse égyptienne
nécessite toute une série d’infrastructures et de mesures
gouvernementales empêchant la volatilité de la Bourse. Ce
qui explique que seulement 10 % de l’épargne ou du
portefeuille d’un investisseur soit investi à travers la
Bourse ou dans l’investissement immobilier.
— Comment considérez-vous alors le boom du secteur
immobilier ? D’après vous, s’agit-il d’un essor réel ou
n’est-il que temporaire ?
— Le boom de l’immobilier lié à l’augmentation des prix des
terrains et des cours des actions d’immobiliers est
artificiel. Nous conseillons à nos clients de ne pas
dépasser les 20 % de leur épargne en investissement
immobilier. Il suffit de faire un tour autour du Caire pour
voir les immeubles vides, partiellement construits ou
terminés. L’accession à la propriété demeure très faible sur
le marché égyptien. Raison pour laquelle le gouvernement
s’est donné comme mission de développer le marché du crédit
d’immobilier qui est très faible et activer les lois et les
procédures concernant l’hypothèque.
— Ces mesures sont-elles suffisantes ?
— Non, il faut qu’il y ait une certaine fluidité sur le
marché, c’est-à-dire une certaine sécurité dans l’évaluation
des appartements. Même si la BNP Paribas participe avec six
autres banques égyptiennes au financement des crédits
hypothécaires, il est encore trop tôt pour créer une société
dépendante de notre banque dans ce domaine.
— Le marché égyptien a attiré plusieurs banques
étrangères. Comment évaluez-vous l’expérience ?
— L’Egypte représente pour les nouvelles banques le plus
grand marché de la région en matière de nombre d’habitants.
Le marché national est encore sous-bancarisé. C’est-à-dire
qu’il souffre d’un manque d’agences. En France, il existe 2
000 agences bancaires. Ici, pour un pays de 75 millions
d’habitants, le nombre d’agences de la plus grande banque, à
savoir la Commercial International Bank (CIB), ne dépasse
pas les 150. Cela ne convient pas à cette énorme population.
Donc, la concurrence est ouverte aux banques privées sur un
marché encore vierge et à fort développement. Et cela ne va
se traduire que par la mise à disposition d’un plus grand
nombre de produits bancaires plus sophistiqués et par
l’amélioration de la qualité de services. Malgré les
réformes entreprises et la simplification du paysage
bancaire qui mènent à une restructuration des banques
publiques, il y a encore un long chemin à parcourir lors des
dix prochaines années. Et bien sûr pour concurrencer sur le
marché international, il faut tout d’abord concurrencer sur
le marché local.
— La BNP Paribas a-t-elle augmenté le nombre des agences
en Egypte ?
— Début 2006, nous avions 10 agences et vers la fin de 2007,
nous en aurons environ 50, dans de nombreuses villes comme
Mansoura, Hurghada, Charm Al-Cheikh, Port-Saïd, Suez,
Louqsor et Alexandrie. Il y aura très prochainement un
nouveau plan pour s’implanter dans six autres gouvernorats.
Nous tentons, dans quatre ou cinq ans, d’atteindre 150
agences à peu près. L’administration de la BNP a préféré
étendre l’activité à travers l’ouverture de nouvelles
agences qu’à travers l’achat ou l’acquisition d’une autre
banque comme celle d’Alexandrie qui nous attirait. Mais nous
n’étions pas prêts à payer autant que San Paolo pour cette
transaction.
— Malgré les liquidités disponibles auprès des banques,
l’accès aux crédits bancaires reste très difficile en Egypte
...
— Les banques n’accordent des crédits que pour des
entreprises crédibles et compétentes. Les grandes
entreprises ont déjà de bonnes réputations. Ce qui
représente une garantie pour la banque. C’est le cas de la
BNP Parisbas où une grande partie du portefeuille est
orientée vers les crédits accordés aux entreprises
égyptiennes géantes ou multinationales. Mais, pour les
petites et moyennes entreprises, les banques n’ont pas les
moyens de s’informer sur les sociétés et doivent faire des
études de faisabilité du projet avant d’accorder des
crédits. Donc, il faut que chaque banque puisse couvrir
géographiquement presque tous les gouvernorats pour avoir
accès aux sociétés dans ces régions. Et puis, les PME ne
possèdent toujours pas de bilans contrôlés par des auditeurs
externes ...
— Les activités de la BNP Paribas diffèrent-elles d’un
pays à l’autre dans la région ?
— Certainement. L’activité de la banque diffère d’un pays à
un autre selon la structure de l’économie et le besoin des
clients. La BNP Paribas en Egypte est une banque commerciale
concentrée notamment sur le financement des entreprises ou
des individus. Mais dans les pays du Golfe, nous opérons
comme une banque d’investissement.
Propos recueillis par Dahlia Réda