Al-Ahram Hebdo, Economie | Philippe Joannier, « Le marché égyptien est encore sous-bancarisé »
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 1er au 7 août 2007, numéro 673

 

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Economie

Banques. Philippe Joannier, directeur régional de la BNP Paribas, souligne qu’il reste encore beaucoup à faire pour que les établissements nationaux puissent concurrencer l’international.

« Le marché égyptien est encore sous-bancarisé »

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous la performance de l’économie égyptienne actuellement ?

Philippe Joannier : Evidemment, il existe beaucoup d’indicateurs positifs, puisque le taux de croissance du PIB a dépassé les 6 %, marquant début 2007 presque 7 %. De plus, les revenus provenant du tourisme et du Canal de Suez ont marqué un grand essor. L’Egypte a aussi été la première cible du continent africain en ce qui concerne les investissements étrangers directs. Mais il y a deux points négatifs, à savoir l’augmentation du taux de l’inflation et la détérioration du niveau de vie des citoyens.

Le fait que l’inflation soit plus élevée que les taux d’intérêt bancaires a-t-il affecté les dépôts ?

— Non. La hausse du taux d’inflation n’a pas affecté les dépôts bancaires. Il y a assez de liquidités qui cherchent à être investies dans les banques égyptiennes. Mais l’inflation ainsi que d’autres facteurs mènent à l’incapacité des clients à rembourser leurs dettes aux banques. Ce qui cause une surchauffe de l’ensemble de l’économie.

La tendance de la Banque Centrale Egyptienne (BCE) à diminuer le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires influencera-t-elle le volume de ces dépôts ?

— Le taux d’intérêt n’a pas beaucoup baissé. Depuis six mois, il ne connaît que des changements minimes ne dépassant pas en leur totalité 1 %. La majorité des clients cherche à investir sans risque, et donc n’investira qu’à travers les dépôts bancaires. Le choix d’investir en Bourse égyptienne nécessite toute une série d’infrastructures et de mesures gouvernementales empêchant la volatilité de la Bourse. Ce qui explique que seulement 10 % de l’épargne ou du portefeuille d’un investisseur soit investi à travers la Bourse ou dans l’investissement immobilier.

Comment considérez-vous alors le boom du secteur immobilier ? D’après vous, s’agit-il d’un essor réel ou n’est-il que temporaire ?

— Le boom de l’immobilier lié à l’augmentation des prix des terrains et des cours des actions d’immobiliers est artificiel. Nous conseillons à nos clients de ne pas dépasser les 20 % de leur épargne en investissement immobilier. Il suffit de faire un tour autour du Caire pour voir les immeubles vides, partiellement construits ou terminés. L’accession à la propriété demeure très faible sur le marché égyptien. Raison pour laquelle le gouvernement s’est donné comme mission de développer le marché du crédit d’immobilier qui est très faible et activer les lois et les procédures concernant l’hypothèque.

Ces mesures sont-elles suffisantes ?

— Non, il faut qu’il y ait une certaine fluidité sur le marché, c’est-à-dire une certaine sécurité dans l’évaluation des appartements. Même si la BNP Paribas participe avec six autres banques égyptiennes au financement des crédits hypothécaires, il est encore trop tôt pour créer une société dépendante de notre banque dans ce domaine.

Le marché égyptien a attiré plusieurs banques étrangères. Comment évaluez-vous l’expérience ?

— L’Egypte représente pour les nouvelles banques le plus grand marché de la région en matière de nombre d’habitants. Le marché national est encore sous-bancarisé. C’est-à-dire qu’il souffre d’un manque d’agences. En France, il existe 2 000 agences bancaires. Ici, pour un pays de 75 millions d’habitants, le nombre d’agences de la plus grande banque, à savoir la Commercial International Bank (CIB), ne dépasse pas les 150. Cela ne convient pas à cette énorme population. Donc, la concurrence est ouverte aux banques privées sur un marché encore vierge et à fort développement. Et cela ne va se traduire que par la mise à disposition d’un plus grand nombre de produits bancaires plus sophistiqués et par l’amélioration de la qualité de services. Malgré les réformes entreprises et la simplification du paysage bancaire qui mènent à une restructuration des banques publiques, il y a encore un long chemin à parcourir lors des dix prochaines années. Et bien sûr pour concurrencer sur le marché international, il faut tout d’abord concurrencer sur le marché local.

La BNP Paribas a-t-elle augmenté le nombre des agences en Egypte ?

— Début 2006, nous avions 10 agences et vers la fin de 2007, nous en aurons environ 50, dans de nombreuses villes comme Mansoura, Hurghada, Charm Al-Cheikh, Port-Saïd, Suez, Louqsor et Alexandrie. Il y aura très prochainement un nouveau plan pour s’implanter dans six autres gouvernorats. Nous tentons, dans quatre ou cinq ans, d’atteindre 150 agences à peu près. L’administration de la BNP a préféré étendre l’activité à travers l’ouverture de nouvelles agences qu’à travers l’achat ou l’acquisition d’une autre banque comme celle d’Alexandrie qui nous attirait. Mais nous n’étions pas prêts à payer autant que San Paolo pour cette transaction.

Malgré les liquidités disponibles auprès des banques, l’accès aux crédits bancaires reste très difficile en Egypte ...

— Les banques n’accordent des crédits que pour des entreprises crédibles et compétentes. Les grandes entreprises ont déjà de bonnes réputations. Ce qui représente une garantie pour la banque. C’est le cas de la BNP Parisbas où une grande partie du portefeuille est orientée vers les crédits accordés aux entreprises égyptiennes géantes ou multinationales. Mais, pour les petites et moyennes entreprises, les banques n’ont pas les moyens de s’informer sur les sociétés et doivent faire des études de faisabilité du projet avant d’accorder des crédits. Donc, il faut que chaque banque puisse couvrir géographiquement presque tous les gouvernorats pour avoir accès aux sociétés dans ces régions. Et puis, les PME ne possèdent toujours pas de bilans contrôlés par des auditeurs externes ...

Les activités de la BNP Paribas diffèrent-elles d’un pays à l’autre dans la région ?

— Certainement. L’activité de la banque diffère d’un pays à un autre selon la structure de l’économie et le besoin des clients. La BNP Paribas en Egypte est une banque commerciale concentrée notamment sur le financement des entreprises ou des individus. Mais dans les pays du Golfe, nous opérons comme une banque d’investissement.

Propos recueillis par Dahlia Réda

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