Al-Ahram Hebdo, Voyages | La saga de l’hôtel Cecil d’Alexandrie 
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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Voyages

Hôtellerie.  Un palace magnifique de la cité méditerranéenne vient d’être récupéré par l’Etat après un bref retour à ses propriétaires originaux.  

La saga de l’hôtel Cecil d’Alexandrie  

Il aura fallu exactement un demi-siècle pour que la famille canado-britannique Metzger récupère ses droits sur le « Cecil », le palace emblématique de l’Alexandrie cosmopolite. « J’ai encore du mal à y croire, après tant d’années d’espoirs déçus », affirme Patricia Metzger, belle-fille d’Albert Metzger, propriétaire canadien du « Cecil », expulsé d’Egypte début 1957 « avec deux valises ». Au terme d’une négociation-marathon, un accord est enfin intervenu entre l’Etat égyptien et les héritiers de ce palace qui compta Winston Churchill, l’écrivain Lawrence Durrell ou le gangster Al Capone parmi ses hôtes. Patricia et son fils John, tous deux habitant en Tanzanie, ont d’une main récupéré l’hôtel et de l’autre l’ont revendu le week-end passé pour une somme non précisée à la holding d’Etat pour le tourisme, Hotac. « Une page est tournée, terriblement émouvante : la justice l’a finalement emporté mais cela a duré une éternité », commente Patricia, qui avait célébré en 1956, un an avant son exil forcé, ses fiançailles dans les salons du palace. Face à la Méditerranée, l’hôtel quatre étoiles de 86 chambres, géré depuis plus de 20 ans par le groupe français Accor, avait été saisi au début de l’ère nassérienne. Albert, originaire d’une famille juive d’Alsace-Lorraine et converti au protestantisme, avait eu une semaine pour quitter l’hôtel fondé par son père en 1929. Toutes ses tentatives pour regagner l’Egypte, où il était né, furent vaines. Des dizaines de milliers de « cosmopolites » qui façonnèrent, comme lui, l’âme d’Alexandrie furent ainsi jetés dehors, en tant qu’étrangers ou juifs. Albert partit refaire sa vie en Tanzanie, achetant à Dar es-Salaam un hôtel célèbre, le « New Africa », lui aussi nationalisé à l’indépendance de ce pays d’Afrique de l’Est en 1964. « Mon grand-père était un véritable aventurier, un homme d’une grande force, il encaissa ce nouveau coup avant de s’éteindre en 1971 », dit John Metzger, 40 ans, Canadien de nationalité, Tanzanien de cœur. Entamées après la mort d’Albert, les procédures engagées par Patricia, citoyenne britannique, et ses deux enfants, tournèrent vite au cauchemar. En 1996, quand ils eurent gain de cause, les jugements ne furent pas exécutés, le gouvernement s’y opposant par crainte du précédent, arguant que 4,5 millions de USD avaient été dépensés pour faire du « Cecil » un hôtel de luxe. Une source proche du dossier a précisé que la négociation, menée par des autorités égyptiennes traînant les pieds, portait sur un prix de cession d’environ 10 millions de USD, somme souhaitée par les Metzger, minoré du prix prétendu des travaux de rénovation. La superbe façade de style mauresque, conçue par l’architecte italien Louria, n’a pas subi de modifications. Mais le hall, son patio et ses salons ont plus que pâti des aménagements entrepris par l’Etat. Inutile de chercher le miroir où apparut Justine, l’héroïne du Quatuor d’Alexandrie, le chef-d’œuvre de Lawrence Durrell, où le « Cecil » fut justement décrit comme le lieu de tous les rendez-vous, intimes et mondains. C’est là que s’établit le général britannique Montgomery, vainqueur des troupes allemandes et italiennes, lors de la bataille-clef d’Al-Alamein, en 1942. « Nous étions effrayés, le général Rommel n’était qu’à 110 km, et tous les soirs, je me rendais au bar du Cecil en quête de nouvelles », se souvient Max Salama, 92 ans, le président de la minuscule communauté juive d’Alexandrie. Pour la première fois, Patricia et John sont venus le week-end dernier dormir au Cecil et récupérer quelques effets personnels d’Alfred : une montre, des bottes et des volumes reliés de cuir de l’Encyclopaedia Britannica.

Alain Navarro(AFP)

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