Patrimoine.
La cité troglodyte de Petra en Jordanie a été choisie parmi
les sept nouvelles Merveilles du monde le 7 juillet, à
Lisbonne. Un important site du Proche-Orient a été ainsi mis
en valeur.
La capitale des Nabatéens à l’honneur
notre envoyée spéciale —
Mystérieuse
cité cachée dans les montagnes, Petra (Jordanie) fut
redécouverte par l’explorateur suisse Burckhard en 1812.
Cette légendaire capitale des Nabatéens, appelée la ville
rose, est un trésor magnifique gardé dans un écrin rocheux.
Personne ne sait expliquer la fascination de ceux qui la
découvrent. Située en bordure du désert d’Arabie, Petra a
été la capitale éclatante de l’Empire nabatéen du roi Aretas
IV (9 av.
J.-C. à
40 apr. J.-C.).
Maîtres en matière d’énergie hydraulique, les Nabatéens ont
doté leur ville de grandioses tunnels et de réservoirs de
distribution. Un théâtre, calqué sur des modèles
gréco-romains, pouvait accueillir jusqu’à 4 000 personnes.
Aujourd’hui, la tombe-palais de Petra, avec la façade de
temple hellénistique de 42 m de haut sur le monastère d’Al-Deir,
est un exemple impressionnant de la culture du Moyen-Orient.
Les Nabatéens, peuple nomade qui faisait le commerce des
épices, se fixèrent dans ce lieu parce qu’il était situé au
carrefour des routes caravanières, et y restèrent parce que
l’eau y était abondante, et la cité bien protégée par des
montagnes infranchissables. Encore aujourd’hui, pour
atteindre Petra, les visiteurs entrent par un étroit et long
défilé rocheux, le Siq, qu’ils doivent parcourir à pied, à
cheval ou en calèche attelée. Une fois installés, les
Nabatéens firent de Petra leur capitale, ils y bâtirent une
nécropole de plus de 800 tombeaux dont on peut admirer les
façades sculptées dans la roche. Ce site archéologique
exceptionnel est certainement un des plus beaux du
Moyen-Orient. Leur royaume fut florissant du Ier siècle av.
J.-C. jusqu’au Ier siècle apr. J.-C. La suite de l’histoire
de Petra est faite d’occupations (romaine, byzantine), de
tremblements de terre, qui firent que la cité, n’étant plus
aussi sûre qu’autrefois, ne fut plus qu’une escale pour les
nomades. Les Nabatéens ont fini alors par se sédentariser,
autour de 300 avant notre ère, dans ce lieu de gisements
cuprifères et où l’eau était abondante en raison des fortes
pluies de l’hiver et d’une source qui alimentait une rivière
(wadi) qui passait au milieu du site. Mais Petra, c’est
aussi le lieu où Moïse, frappant sur un rocher, fit jaillir
l’eau pour son peuple sur la route vers la terre promise et
où Abraham faillit sacrifier son fils Isaac pour Dieu.
Un accès difficile
Aujourd’hui, l’endroit n’est accessible que par un étroit
sentier montagneux par le nord-ouest ou à l’est par un
canyon d’environ 1,5 kilomètre de long et jusqu’à 200 mètres
de profondeur, le Siq, l’accès principal, qui, à l’endroit
le plus étroit, ne mesure seulement que deux mètres de
large. Le chemin du Siq (ancien lit du Wadi Moussa) est long
et mal aisé, son pavage ayant disparu au fil du temps. C’est
l’entrée principale de la ville antique. Le marcheur se sent
écrasé par le canyon étroit (3 à 11 mètres de large),
profondément encastré entre les hauts murs rocheux, parfois
éclairés par une percée du soleil qui leur donne des
couleurs sublimes. On peut y voir au passage, un système
sophistiqué de canalisations creusées dans la paroi, pour
recueillir les eaux de ruissellement et les diriger vers des
citernes, ainsi qu’un groupe de pierres, les djinns (qui
abritaient les esprits gardiens de la cité), puis la tombe
des Obélisques avec 4 obélisques sculptées dans la roche
pour honorer 4 divinités. Au bout de cette marche de 1,2 km,
c’est la récompense. A la fin de ce Siq, le visiteur se
trouve soudainement devant un immense bâtiment, dont la
façade monumentale est directement taillée dans la roche de
couleur rose. Le spectacle merveilleux devant compenser
toute fatigue faite du voyage. Dans une fente noire,
apparaît le Khazneh, encore appelé le Trésor, tout rose dans
la lumière. Ses lignes élégantes en font une des sculptures
les plus belles du site. Le meilleur moment pour avoir une
belle lumière se situe aux alentours de 10 heures. « Nous
sommes venus ici 3 fois à différents moments de la journée.
A chaque fois, le Khazneh apparut d’une couleur différente,
c’est merveilleux », confie, avec émotion, un couple
français. L’intérieur n’est pas exceptionnel, il se compose
d’une grande salle dépouillée et de trois autres petites
pièces. « Un trésor était caché dans l’urne ornant le sommet
de la tombe. On peut d’ailleurs apercevoir les impacts des
balles tirées par les bédouins qui voulaient décrocher le
trésor », dit Mohamad, le guide accompagnant le groupe
touristique. Une fois entré dans le cirque, on peut
commencer par monter au « haut lieu des sacrifices », au
sommet de l’Atouf Ridge d’où l’on jouit d’un panorama
superbe. La place n’est pas très grande. L’autel, où le
prêtre tranchait la gorge des sacrifices, a la dimension
d’un autel d’église. Tout autour, a été creusée une petite
cour ornée de bancs. On pourra ensuite, en redescendant vers
la ville basse, admirer tour à tour, la fontaine du lion, le
temple du jardin, la tombe du soldat romain, la tombe
renaissance, la tombe du fronton brisé, toutes sculptées
dans la roche colorée, et dont les dimensions s’apparentent
plus à celles de temples, qu’à celles de simples tombes.
Sur les traces des gladiateurs
Une des choses les plus intéressantes à Petra est le théâtre
construit par les Nabatéens au Ier siècle dans une carrière
de grès rose. Il a été agrandi par les Romains au siècle
suivant, pour pouvoir contenir jusqu’à 8 000 personnes. On
pouvait y assister à des combats de gladiateurs et de
fauves, ou encore à une pantomime avec chants et danses. La
rue en colonnade n’est plus qu’une bande recouverte de blocs
calcaires. En la parcourant, on peut admirer les vestiges du
Nymphée (fontaine publique), de la tour byzantine, du palais
royal, et du temple des lions ailés, avant d’atteindre les
ruines de la Porte du Temenos, où elle s’achève. On y verra
aussi le seul édifice subsistant qui ne soit pas sculpté
dans la roche, le temple du Qasr Al-Bint. A l’est de la
ville, sont situées les fameuses tombes royales, sculptées
dans la paroi de la montagne et qu’on appelle le mur des
rois.
Le monastère d’Al-Deir, c’est le monument le mieux conservé
de Petra après le Khazneh. Il ne s’agit pas de la tombe
royale de Rabbel II, comme on l’a longtemps cru, mais d’un
temple datant du IIe siècle apr. J.-C. Il constitue le plus
grand monument de Petra : 47 m de large, 45 m de haut, dont
8 pour l’urne, au sommet. L’entrée elle-même est colossale :
le seuil de la porte est aussi haut qu’un homme. On y accède
par un escalier de 800 marches taillées à même la roche :
une longue ascension très pittoresque, au cours de laquelle
il ne faut pas manquer de se retourner à diverses reprises
pour jouir de la vue sur le cirque de Petra ! Au cours de la
montée, on peut faire une pause près du triclinium des lions
(tombe aux lions) qui doit son nom aux deux lions qui
montent la garde de chaque côté de la porte d’accès, mais
qui hélas, sont assez abîmés. Quand on arrive en haut, assez
éprouvé il faut l’avouer, on est récompensé non seulement
par l’apparition du Deir au bout du chemin, mais aussi par
le panorama à couper le souffle sur le Wadi Araba. Une vaste
esplanade montre qu’il s’agissait d’un lieu de culte et de
pèlerinage important. La façade reprend l’architecture du
Khazneh, mais les poutres centrales arrondies apportent
quelque chose d’insolite à ce monument superbe. Une grande
salle unique est éclairée par la lumière de la porte, et on
peut y voir une petite niche qui abritait la statue de la
divinité à laquelle était dédié cet édifice. « On ne pouvait
jamais voir tout ce qui se trouve à Petra dans une seule
journée, nous avons besoin de passer plusieurs jours. En
fait, nous ne pouvons nous satisfaire de ce spectacle
merveilleux », confie le couple français.
Doaa
Badr