Al-Ahram Hebdo, Voyages | La capitale des Nabatéens à l’honneur
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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Voyages

Patrimoine. La cité troglodyte de Petra en Jordanie a été choisie parmi les sept nouvelles Merveilles du monde le 7 juillet, à Lisbonne. Un important site du Proche-Orient a été ainsi mis en valeur.  

La capitale des Nabatéens à l’honneur 

notre envoyée spéciale — 

Mystérieuse cité cachée dans les montagnes, Petra (Jordanie) fut redécouverte par l’explorateur suisse Burckhard en 1812. Cette légendaire capitale des Nabatéens, appelée la ville rose, est un trésor magnifique gardé dans un écrin rocheux. Personne ne sait expliquer la fascination de ceux qui la découvrent. Située en bordure du désert d’Arabie, Petra a été la capitale éclatante de l’Empire nabatéen du roi Aretas IV (9 av. J.-C. à 40 apr. J.-C.). Maîtres en matière d’énergie hydraulique, les Nabatéens ont doté leur ville de grandioses tunnels et de réservoirs de distribution. Un théâtre, calqué sur des modèles gréco-romains, pouvait accueillir jusqu’à 4 000 personnes. Aujourd’hui, la tombe-palais de Petra, avec la façade de temple hellénistique de 42 m de haut sur le monastère d’Al-Deir, est un exemple impressionnant de la culture du Moyen-Orient. Les Nabatéens, peuple nomade qui faisait le commerce des épices, se fixèrent dans ce lieu parce qu’il était situé au carrefour des routes caravanières, et y restèrent parce que l’eau y était abondante, et la cité bien protégée par des montagnes infranchissables. Encore aujourd’hui, pour atteindre Petra, les visiteurs entrent par un étroit et long défilé rocheux, le Siq, qu’ils doivent parcourir à pied, à cheval ou en calèche attelée. Une fois installés, les Nabatéens firent de Petra leur capitale, ils y bâtirent une nécropole de plus de 800 tombeaux dont on peut admirer les façades sculptées dans la roche. Ce site archéologique exceptionnel est certainement un des plus beaux du Moyen-Orient. Leur royaume fut florissant du Ier siècle av. J.-C. jusqu’au Ier siècle apr. J.-C. La suite de l’histoire de Petra est faite d’occupations (romaine, byzantine), de tremblements de terre, qui firent que la cité, n’étant plus aussi sûre qu’autrefois, ne fut plus qu’une escale pour les nomades. Les Nabatéens ont fini alors par se sédentariser, autour de 300 avant notre ère, dans ce lieu de gisements cuprifères et où l’eau était abondante en raison des fortes pluies de l’hiver et d’une source qui alimentait une rivière (wadi) qui passait au milieu du site. Mais Petra, c’est aussi le lieu où Moïse, frappant sur un rocher, fit jaillir l’eau pour son peuple sur la route vers la terre promise et où Abraham faillit sacrifier son fils Isaac pour Dieu. 

Un accès difficile

Aujourd’hui, l’endroit n’est accessible que par un étroit sentier montagneux par le nord-ouest ou à l’est par un canyon d’environ 1,5 kilomètre de long et jusqu’à 200 mètres de profondeur, le Siq, l’accès principal, qui, à l’endroit le plus étroit, ne mesure seulement que deux mètres de large. Le chemin du Siq (ancien lit du Wadi Moussa) est long et mal aisé, son pavage ayant disparu au fil du temps. C’est l’entrée principale de la ville antique. Le marcheur se sent écrasé par le canyon étroit (3 à 11 mètres de large), profondément encastré entre les hauts murs rocheux, parfois éclairés par une percée du soleil qui leur donne des couleurs sublimes. On peut y voir au passage, un système sophistiqué de canalisations creusées dans la paroi, pour recueillir les eaux de ruissellement et les diriger vers des citernes, ainsi qu’un groupe de pierres, les djinns (qui abritaient les esprits gardiens de la cité), puis la tombe des Obélisques avec 4 obélisques sculptées dans la roche pour honorer 4 divinités. Au bout de cette marche de 1,2 km, c’est la récompense. A la fin de ce Siq, le visiteur se trouve soudainement devant un immense bâtiment, dont la façade monumentale est directement taillée dans la roche de couleur rose. Le spectacle merveilleux devant compenser toute fatigue faite du voyage. Dans une fente noire, apparaît le Khazneh, encore appelé le Trésor, tout rose dans la lumière. Ses lignes élégantes en font une des sculptures les plus belles du site. Le meilleur moment pour avoir une belle lumière se situe aux alentours de 10 heures. « Nous sommes venus ici 3 fois à différents moments de la journée. A chaque fois, le Khazneh apparut d’une couleur différente, c’est merveilleux », confie, avec émotion, un couple français. L’intérieur n’est pas exceptionnel, il se compose d’une grande salle dépouillée et de trois autres petites pièces. « Un trésor était caché dans l’urne ornant le sommet de la tombe. On peut d’ailleurs apercevoir les impacts des balles tirées par les bédouins qui voulaient décrocher le trésor », dit Mohamad, le guide accompagnant le groupe touristique. Une fois entré dans le cirque, on peut commencer par monter au « haut lieu des sacrifices », au sommet de l’Atouf Ridge d’où l’on jouit d’un panorama superbe. La place n’est pas très grande. L’autel, où le prêtre tranchait la gorge des sacrifices, a la dimension d’un autel d’église. Tout autour, a été creusée une petite cour ornée de bancs. On pourra ensuite, en redescendant vers la ville basse, admirer tour à tour, la fontaine du lion, le temple du jardin, la tombe du soldat romain, la tombe renaissance, la tombe du fronton brisé, toutes sculptées dans la roche colorée, et dont les dimensions s’apparentent plus à celles de temples, qu’à celles de simples tombes.  

Sur les traces des gladiateurs

Une des choses les plus intéressantes à Petra est le théâtre construit par les Nabatéens au Ier siècle dans une carrière de grès rose. Il a été agrandi par les Romains au siècle suivant, pour pouvoir contenir jusqu’à 8 000 personnes. On pouvait y assister à des combats de gladiateurs et de fauves, ou encore à une pantomime avec chants et danses. La rue en colonnade n’est plus qu’une bande recouverte de blocs calcaires. En la parcourant, on peut admirer les vestiges du Nymphée (fontaine publique), de la tour byzantine, du palais royal, et du temple des lions ailés, avant d’atteindre les ruines de la Porte du Temenos, où elle s’achève. On y verra aussi le seul édifice subsistant qui ne soit pas sculpté dans la roche, le temple du Qasr Al-Bint. A l’est de la ville, sont situées les fameuses tombes royales, sculptées dans la paroi de la montagne et qu’on appelle le mur des rois.

Le monastère d’Al-Deir, c’est le monument le mieux conservé de Petra après le Khazneh. Il ne s’agit pas de la tombe royale de Rabbel II, comme on l’a longtemps cru, mais d’un temple datant du IIe siècle apr. J.-C. Il constitue le plus grand monument de Petra : 47 m de large, 45 m de haut, dont 8 pour l’urne, au sommet. L’entrée elle-même est colossale : le seuil de la porte est aussi haut qu’un homme. On y accède par un escalier de 800 marches taillées à même la roche : une longue ascension très pittoresque, au cours de laquelle il ne faut pas manquer de se retourner à diverses reprises pour jouir de la vue sur le cirque de Petra ! Au cours de la montée, on peut faire une pause près du triclinium des lions (tombe aux lions) qui doit son nom aux deux lions qui montent la garde de chaque côté de la porte d’accès, mais qui hélas, sont assez abîmés. Quand on arrive en haut, assez éprouvé il faut l’avouer, on est récompensé non seulement par l’apparition du Deir au bout du chemin, mais aussi par le panorama à couper le souffle sur le Wadi Araba. Une vaste esplanade montre qu’il s’agissait d’un lieu de culte et de pèlerinage important. La façade reprend l’architecture du Khazneh, mais les poutres centrales arrondies apportent quelque chose d’insolite à ce monument superbe. Une grande salle unique est éclairée par la lumière de la porte, et on peut y voir une petite niche qui abritait la statue de la divinité à laquelle était dédié cet édifice. « On ne pouvait jamais voir tout ce qui se trouve à Petra dans une seule journée, nous avons besoin de passer plusieurs jours. En fait, nous ne pouvons nous satisfaire de ce spectacle merveilleux », confie le couple français.

Doaa Badr

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