Al-Ahram Hebdo, Visages | Abdel-Halim Qandil, Nasser comme utopie
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Visages

A 50 ans passés, Abdel-Halim Qandil, figure phare de Kéfaya, reste un Nassérien dans l’âme. Et a lancé un appel à rester chez soi le 23 Juillet pour protester contre la remise en question des acquis de 1952. 

Nasser comme utopie 

Il n’a pas l’allure d’un tribun, plutôt celle d’un fonctionnaire morose et pince-sans-rire, tellement figé dans son sens du devoir, qu’il a fini par perdre tout humour. Son devoir à lui, c’est d’empêcher l’enterrement des acquis de Nasser, « leader arabe de la République », et de mettre un terme à la « mainmise de la famille Moubarak » — père et fils — sur la vie politique du pays. Dans cette quête, il est méticuleux, systématique, cherche des preuves, construit des argumentations. Semaine après semaine, il expose dans ses articles les mêmes idées. Sans jamais se laisser démonter. Même après s’être fait molester par les gros bras du régime.

C’est sans doute tout cela, et peut-être d’autres choses encore, qui ont fait de Abdel-Halim Qandil un orateur singulier parmi les dirigeants nassériens. Lui n’est pas un dompteur de foules, ni un séducteur. Plutôt que de perdre son temps pour amadouer, louvoyer, il préfère aller droit au but, compter sur l’intelligence de son auditoire et livrer cartes sur table, des faits, des chiffres, des idées. Qu’il sait articuler, lustrer. Est-ce que c’est parce qu’il est un peu poète qu’il a le verbe aisé ? Les mots qu’il faut là où il faut, les formulations adéquates, les transitions élégantes ? Peut-être, mais lui en tous les cas est bien décidé à ne pas se déclarer comme tel, ni à se laisser aller à ses penchants. « J’ai écrit un recueil, mais je compte bien ne jamais le publier », confie-t-il. Ce qui est sûr, c’est que ça ne cadrerait pas tout à fait avec son image de dirigeant nassérien, qu’il assume complètement — même s’il avoue ne jamais s’être imaginé qu’il en arriverait là un jour.

Dans sa famille, c’est à la médecine qu’on se destinait plutôt. Ses six frères et sœurs se répartissent entre ceux qui sont médecins et « ceux qui ne le sont pas ». L’une de ses sœurs est directrice du département de pathologie à l’hôpital de Mansoura. Pour le père, paysan simple qui a lutté toute sa vie pour assurer à ses enfants une éducation décente, c’était presque une question d’honneur. ça aurait été impensable, sacrilège presque, de ne pas faire médecine.

Qandil ne discute donc pas le vœu de ses parents, entre à l’université où il réussit brillamment, reste sage, ne s’occupe pas de politique. Même en 1977. Il avoue ne pas avoir participé aux journées de janvier. De l’intifada du pain, il n’a donc pas grand-chose à raconter. Si ce n’est une histoire qui circulait à l’université, celle de ce jeune étudiant qui avait tenu tête à Sadate, pendant une rencontre suivant les émeutes de 1977, et s’était revendiqué nassérien : Hamdine Sabbahi. Sadate aurait alors demandé : « Qu’est-ce que ça veut dire, nassérien ? ». Quelques années plus tard, pendant sa dernière année à la faculté, Qandil rejoint Nadi al-fikr al-nasseri (le club de la pensée nassérienne), dans lequel Hamdine est déjà actif. Entre le populaire dirigeant du mouvement étudiant qui se fait élire et réélire à la tête de l’Union des étudiants, et l’étudiant sage, qui se rêve poète et participe aux concours culturels et littéraires, entre le dirigeant de masse et le dirigeant de l’ombre, c’est le temps des premières rencontres. Hamdine adore les bains de foule, les manifs, les ovations ; Qandil préfère sans doute se retrouver devant sa feuille vide, un stylo à la main. Immédiatement chaleureux, Hamdine cherche à séduire son interlocuteur, ses auditeurs. Qandil est moins emporté, plus réservé, plus carré. Pourtant, ils ont eu un parcours assez proche, ces Nassériens de la révolte, fondateurs de Haraket Al-Karama (le mouvement de la dignité), la scission du Parti nassérien « père ». Tous deux fils de la campagne, ils appartiennent à la même génération, au même courant politique. Militent ensemble dans les organisations nassériennes radicales formées dans l’opposition à Sadate. Ils se retrouvent ainsi dans Taliat al-tanzim al-nasseri (l’avant-garde de l’organisation nassérienne), organisation clandestine qui vaut à Qandil sa première arrestation en 1980. Puis, jusqu’en 1993, dans Wihdet al-talia al-nasseriya « watan » (unité de l’avant-garde nassérienne), dont ils sont, ensemble, le tandem dirigeant. Hamdine numéro un, Qandil derrière. « Hamdine était plus connu, à cause de son rôle dans le mouvement étudiant ». Pour expliquer comment lui est devenu nassérien, Qandil raconte une anecdote vécue pendant une année de travail dans un dispensaire rural, dans le Delta, près de Bilqas, à la frontière des provinces de Daqahliya et Kafr Al-Cheikh. « Les paysans vivaient sans eau, ni électricité. Ils devaient aller chercher de l’eau potable très loin. Ils ne lisaient pas les journaux. Un jour, dans une maison très pauvre, j’ai vu une photo de Nasser accrochée au mur, une photo déchirée d’un journal. Alors qu’ils n’avaient pas vraiment profité des mesures de Nasser. Je me suis rendu compte que Nasser est une utopie. Pour les pauvres en général son image véhicule l’idée de l’égalité, la possibilité d’accéder à l’enseignement ».

Cette année de travail, une année d’internat à l’hôpital universitaire d’Al-Sahel à Choubra, où il découvre les signes précoces des tensions confessionnelles entre médecins chrétiens et musulmans, ne l’a cependant toujours pas convaincu de faire carrière dans la médecine. La mort du père, en 1981, le « libère » alors de cet engagement implicite, et lui permet, quelques années plus tard, de prendre sa « première décision libre » en 1984 : il opte pour le journalisme. C’était peut-être un compromis entre son son premier rêve, celui de devenir savant : « Pour moi, l’écriture était une activité parasitaire. Je rêvais de devenir Einstein » et son second rêve, celui de devenir poète.

Après avoir travaillé comme correspondant pour le journal Al-Khalidj, il collabore à une revue mensuelle, Al-Mawqif Al-Arabi. Il y est responsable d’un dossier, consacré à un thème différent tous les mois. Quand la revue est fermée par le gouvernement pour publication d’informations dénonçant la politique pro-israélienne du pouvoir saoudien, Abdel-Halim Qandil se retrouve, assez vite, sans boulot. Il écrit alors sa colonne, Hawamich, dans Misr Al-Fatah, journal dirigé par Moustapha Bakri (avec qui, confie-t-il, il ne s’est jamais vraiment senti à l’aise), avant de travailler à SAED, Markaz al-ialam al-badil (le centre des médias alternatifs), « le lieu où ont été formés tous les journalistes proches des cercles nassériens ».

En 1993, il participe à la constitution du Parti nassérien « public », et aussi, bien sûr, à la constitution du nouveau journal, Al-Arabi, où il sera d’abord responsable de la rubrique « Opinion », puis du desk, avant de devenir son rédacteur en chef. Sa plume, impitoyable, a alors déjà son public. C’est dans les pages d’Al-Arabi qu’il lance sa campagne contre « la famille régnante ». Le 18 juin 2000, il écrit un article intitulé « Je m’oppose », dans lequel il signifie son opposition totale au passage de pouvoir à Bachar Al-Assad en Syrie, non sans avoir au préalable, en bon Nassérien, réitéré son « respect à la mémoire du président Hafez Al-Assad, mort sans avoir signé d’accord avec Israël, ni serré la main de ses dirigeants ». Il s’insurge contre les « escrocs des crédits et les escrocs des partis », réitère son opposition aux fondements de la politique sadatienne (Sadate, ce traître, 14 janvier 2001), dit son admiration pour Hassan Nasrallah. Quand il s’agit d’écrire franchement ce qu’il pense de telle ou telle personnalité parmi les hommes importants du régime ou les journalistes de la presse officielle, il ne mâche pas ses mots, dénonce l’hypocrisie ambiante, la duplicité mielleuse des uns, l’arrogance imbécile des autres. Ses articles vont crescendo et accompagnent la naissance de Kéfaya, « le mouvement égyptien pour le changement ». Mais ses papiers ne sont pas lus seulement par le public de plus en plus large d’Al-Arabi, mais aussi, de l’autre côté de la barrière, par les hommes du pouvoir — qui commencent à trouver que le ton monte trop fort.

Le 2 novembre 2004, alors qu’il rentre chez lui juste avant l’aube, Abdel-Halim Qandil est passé à tabac par des hommes en civil qui lui intiment « d’arrêter de parler des grands » et l’abandonnent, dépouillé de tous ses vêtements sur l’autoroute près du Caire. Cette date sera comme une deuxième naissance pour Qandil. « Je ne m’imaginais pas que ça allait déclencher ce flot ininterrompu d’appels de solidarité et d’articles de sympathie », raconte-t-il dans l’introduction de « Contre le président » (Merit, 2005), compilation de ses articles publiés dans Al-Arabi (de mai 2000 à juillet 2005). Il se retrouve sollicité sur toutes les chaînes satellites, dans tous les meetings de protestation, dans toutes les manifestations. Il ne change cependant rien de ses habitudes, ne perd pas sa simplicité. « En tant que rédacteur en chef, il a toujours été cordial avec nous, raconte Hicham Fouad, journaliste à Al-Arabi. Mais sans vraiment nous intégrer dans la prise de décision ».

Si quelques-uns se sont précipités pour annoncer la mort de Kéfaya, Qandil explique que ceux-là n’ont rien compris à la nature même du mouvement. « Aucun observateur aujourd’hui ne peut ignorer l’esprit de Kéfaya. Des centaines d’intellectuels qui avaient peur de parler ont dit non à Moubarak. Sans Kéfaya, il n’y aurait pas eu de mouvements des juges — c’est Mahmoud Mekki qui l’a dit. Kéfaya a donné un exemple à la société, a cassé la barrière de la peur. C’est ce qui a poussé des couches entières, comme les grévistes ouvriers ces derniers mois, à réclamer leurs droits. Même les enseignants d’Al-Azhar, qui n’ont peut-être pas protesté depuis l’époque d’Ahmad Orabi, se sont mis en grève et ont obligé le gouvernement à reculer ! ». Pour lui, Kéfaya est une « initiative » plutôt qu’une « organisation » aux frontières et aux prérogatives bien délimitées. « Les gens ont tort de penser que Kéfaya va faire le changement pour le peuple égyptien. Kéfaya est comme un doigt, qui pointe certaines vérités, qui dit que seul un mouvement de rue, des grèves et rassemblement pacifique pourront imposer la liberté ». Kéfaya, donc, n’est pas mort. N’attend qu’une occasion pour reprendre le pavé de plus belle. A repris l’appel du parti Al-Karama, et du journal du même nom, dont Qandil est directeur de la rédaction, à rester chez soi le 23 juillet prochain. Car, argumente-t-il, comment fêter cet événement avec un gouvernement qui piétine ses acquis tous les jours ?.

Dina Heshmat

Retour au sommaire

Jalons

 1956 : Naissance à Daqahliya.

1980 : Diplômé de la faculté de médecine.

2000 : Rédacteur en chef de l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi.

2005 : Ded al-raïs (contre le président, Merit, 2005).

2005 : Participe à la fondation du journal Al-Karama.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.