Al-Ahram Hebdo, Opinion | Le statut de la femme dans la société progressive
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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Opinion
 

Le statut de la femme dans la société progressive

Tarek Heggy
Ecrivain et chef de la Direction d’une corporation
multinationale

 

Bien que mes œuvres aient traité une variété de sujets pendant trois décennies, un seul thème relie mes ouvrages : « le progrès ». Le statut de la femme et le contexte culturel dans lequel la société la perçoit et traite avec elle sont des éléments révélateurs du progrès. En effet, ces éléments sont peut-être parmi les plus précis pour évaluer le progrès d’une société ou son retard. A ma conviction profonde que la femme est (au moins) égale à l’homme à tous les points de vue s’ajoute ma certitude que le danger le plus grave d’une mentalité « macho » qui déprécie la femme provient de cette mentalité elle-même. En d’autres termes, une société qui n’égalise pas totalement l’homme et la femme est non seulement une société rétrograde, arriérée en culture et en sciences contemporaines, injuste — donc en violation des droits humains de base, ce qui mérite plus que la condamnation — mais c’est aussi une société où, à cause de cette mentalité « macho », il est impossible (je réitère : impossible) de surmonter les obstacles au progrès. Je n’ai aucun doute que le machisme est la récolte d’une semence de manque de confiance en soi. Etonnement, les générations qui vécurent leur jeunesse dans les années 1950 et 1960 comme moi-même sont plus évoluées sur ce point que les générations ultérieures. Ce phénomène pourrait être dû à plusieurs facteurs, dont la diffusion d’une interprétation réactionnaire de plusieurs disciplines religieuses, ainsi que l’ouverture de la femme sur le monde de l’enseignement et du travail, facteur qui démontra que la supériorité de l’intelligence et des capacités de l’homme n’est qu’un mythe.

L’observation rigoureuse de l’attitude des femmes et des hommes que j’ai côtoyés au travail pendant de longues années me confirma une relation indirectement proportionnelle entre le manque de confiance en soi chez l’homme et son acceptation que la femme lui est égale dans tous les domaines, et lui est même supérieure dans certains. D’autre part, ce n’est pas dans le texte que se trouve la morale, mais dans l’esprit qui interprète ce texte. Ainsi, la vraie source que certains considèrent faussement comme un appui religieux à la supériorité de l’homme est en effet une source d’histoire humaine générale, à une époque dépourvue de civilisation et d’humanité, et particulièrement d’histoire bédouine/tribale. Tout cela n’a rien à voir avec la religion. Il n’en est de plus grande preuve que nul des Phallocrates ne s’intéresse à exposer les spécificités de la première vie conjugale du prophète de l’islam qui, en plus d’être un modèle d’égalité humaine totale des deux parties, fut aussi un modèle de plusieurs autres aspects que l’extrémiste, par sa nature, refuse de concevoir, tels que l’épouse ayant le droit de divorcer et l’époux ne prenant pas de seconde femme. Récemment et pour la première fois en Egypte, une femme fut nommée juge à la Cour constitutionnelle suprême ; ceci représente un grand pas vers la civilisation moderne, qui cependant doit être complété. Toutefois, cet acte, louable bien que tardif, ne devrait pas nous aveugler : ce n’est qu’une entaille dans l’armure d’une culture fortement patriarcale. La nomination de femmes à tous les échelons des postes juridiques est le seul moyen garantissant la fin de cet affront aux normes de la civilisation contemporaine ; dans lequel cas, au bout de vingt ans, on aurait un système judiciaire formé de 50 % de femmes. Cette situation normale devrait régner dans tous les domaines, car une société qui limite les postes importants aux hommes est une société qui réduit ses capacités intellectuelles et productives à la moitié. Il ne faudrait donc pas s’étonner si cette société ne progresse pas ; comment un estropié d’une jambe peut-il courir ?

Les organisations établies pour promouvoir le statut de la femme doivent ajouter à leurs efforts perpétuels et continus une stratégie complète pour exterminer la culture phallocrate rétrograde de notre société, tant dans la famille que dans les écoles, les institutions religieuses, la culture et les médias. Elles doivent mener une campagne dénonçant la conviction de l’homme de sa supériorité. L’être libre aime à traiter avec un être libre, et vice-versa.

Toute société percevant la femme d’un œil non civilisé s’ingénie à trouver des sources et des références pour soutenir sa perception rétrograde ; cette perception n’est pourtant ni religieuse ni légale, elle n’est que purement culturelle. Ceci signifie que lorsque l’environnement éducatif/culturel d’une société s’élève au niveau de la civilisation contemporaine, la façon de percevoir la femme s’élève également, au-delà de la question rétrograde par sa nature : la femme est-elle égale à l’homme ? Peu d’exemples suffisent, par leur implication claire, à prouver que cette question est culturelle dans son fond, sa matière et son apparence : bien qu’un texte coranique stipule qu’un homme ne devrait pas garder son épouse juste pour lui causer du tort si celle-ci ne désire plus le mariage (Ne les retenez pas par force pour exercer quelque injustice envers elles {La Génisse, 231}), notre système légal a longtemps permis le « beit al-taa » (demeure de l’obéissance), mesure qui permet à l’homme de garder sa femme sous sa tutelle rien que par défi (lui causant ainsi des torts matériels et moraux). Cette situation flagrante reflète une culture d’un grand recul, qui s’oppose à plusieurs autres références auxquelles une mentalité plus évoluée aurait eu recours. Malgré cela, quelques années plus tard, l’Etat promulgua la loi du « kholea » donnant à la femme un droit que nul juste ne pourrait contester.

Je partage le sentiment du poète français Louis Aragon qui dit un jour que cinquante mille ans d’excuses auprès des femmes pour ce que les hommes leur ont fait subir ne suffisent pas. J’y ajoute même que je ne trouve rien de pire dans les registres de l’humanité que la guerre, et tous ces hommes qui croient en leur supériorité innée à la femme, attitude déshonorante à toute l’humanité. Comme je l’ai mentionné dans des dizaines d’articles, il est impossible de réaliser le progrès dans une société qui n’égalise pas la femme à l’homme ; la mentalité qui ne peut assimiler ceci peut encore moins assimiler les requis du progrès.

Il est vrai que la loi du « kholea » en Egypte fut un grand pas vers la civilisation ; cependant, notre appréciation et notre reconnaissance de ce pas n’empêchent point la nécessité de réclamer des garanties légales et constitutionnelles rendant impossible aux prêcheurs obscurantistes et réactionnaires de révoquer cette loi. Plus que cela, il faudrait aussi inclure une clause dans tous les contrats de mariage, permettant à la femme d’obtenir le divorce pour tout tort (matériel ou moral) envers elle. Je demande la propagation d’une culture qui permettrait d’adopter une formule de contrat de mariage ressemblant à celui que le prophète entreprit avec sa première femme Khadija bint Khoweilad, qui stipulait qu’elle pouvait mettre fin au mariage à son gré, et qu’il ne prendrait pas de seconde épouse.

Enfin, l’absence d’objectivité sur cette question est « absolue » ; nous faisons face à un recul uni au primitivisme, teinté de tribalisme et recouvert d’une couche d’isolation culturelle de toute source de créativité humaine universelle  pour compléter la tragédie, un personnage à la défense de son être (qui n’est que faible à un point impressionnant).

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