Privés d’eau
Salama A. Salama
Les
Egyptiens se sont soudainement réveillés sur une vérité
effrayante qui s’ajoute à la série de leurs crises et
problèmes quotidiens. Il se peut qu’ils se trouvent privés
d’eau dans un avenir proche, que ce soit d’eau potable ou
d’eau d’irrigation. Le gouverneur de Kafr Al-Cheikh a été
surpris de découvrir que certaines régions sont restées
privées d’eau pendant plusieurs mois. Il a même cru qu’il
s’agissait d’un complot pour se débarrasser de lui.
La pénurie d’eau dans la région arabe est un problème de
longue date. Les experts écologiques en ont longuement parlé
et certains pays arabes ont réussi à le surmonter grâce au
dessalement de l’eau de mer. La majorité des villages
touristiques de la mer Rouge, auxquels ne parvient pas l’eau
du Nil, ont aussi eu recours à ce procédé.
Que le
flux de l’eau du Nil ne vous trompe pas. Il est insuffisant
en l’absence d’une infrastructure entretenue de manière
périodique pour lever le niveau de l’eau dans les canaux
d’irrigation ou dans les stations de purification de l’eau
potable. Il semble que les nombreux projets édifiés à cet
effet n’ont pu affronter la croissance démographique
galopante ou bien ils souffrent d’usure et d’érosion. Par
conséquent, de nombreuses régions du Caire, de Maadi à
Madinet Nasr, ainsi que certaines régions du Nouveau-Caire
souffrent de coupures permanentes d’eau, surtout que
l’expansion des nouvelles zones au compte des nouvelles
classes sociales est venue aux dépens des autres zones.
L’Egypte
souffre d’un véritable chaos dans la distribution de l’eau.
En effet,
nous découvrons une prodigalité dans l’installation des
terrains de golf dans les nouvelles villes. L’eau est
distribuée selon le principe excès par ci et parcimonie par
là afin de garantir aux habitants des villas et des zones
résidentielles une fluidité permanente de l’eau.
Par
contre, dans les pays civilisés qui souffrent de pénurie
d’eau, celle-ci est distribuée à tous les quartiers selon un
calendrier déterminé de sorte que tous les habitants
assument une partie de la souffrance.
Les
experts et chercheurs ont prédit que les prochaines guerres
au Moyen-Orient et en Afrique se déclencheront autour des
ressources et des quotas d’eau. Nous savons que les
véritables motifs des agressions israéliennes contre les
régions de la Cisjordanie, de la Jordanie de l’Est et du
Golan remontent à la volonté de dominer et de monopoliser
les sources d’eau.
Les
savants ont découvert les dernières années que le phénomène
de l’effet de serre entraîne la sécheresse, la
désertification ainsi que le déclenchement des incendies de
forêts. Les pays européens ont alors pris des mesures
urgentes pour faire face à la pénurie d’eau. Un intérêt
croissant est alors accordé à l’orientation des citoyens
vers la rationalisation de l’emploi de l’eau et vers
l’emmagasinage des eaux de pluie dans les régions rurales.
Par
contre, dans les pays arabes, il n’existe aucun système ni
programme de sensibilisation pour inciter les gens à
rationaliser l’utilisation de l’eau. Ils se contentent
d’organiser des conférences, dont le dernier en date est la
réunion des conservateurs du Conseil arabe de l’eau, qui se
sont réunis pour élaborer une stratégie de sécurité
aquatique et de rationalisation de l’utilisation.
Ce
problème persistera longtemps et il en découlera
certainement des actes de violence car la soif est encore
plus difficile que la faim.