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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Opinion
 

Une imprimerie à grande valeur historique

Mohamed Salmawy

Un de nos monuments importants qui remontent à très loin n’est autre que l’Imprimerie Amiriya (officielle) de Boulaq, qui traverse une période critique. Apparemment, des desseins sont fomentés pour la liquider physiquement, pour bénéficier des terrains sur lesquels elle est installée et dont le coût s’élève à dix fois plus que celui du temps où elle a été érigée, à l’époque de Mohamad Ali.

Le prix s’est élevé de manière drastique ces dernières années, depuis que les aspects de la région qui l’entoure se sont modifiés, surtout sur la corniche du Nil, avec l’établissement de la tour Cairo Plaza, ainsi que celles du World Trade Center, Arcadia Mall, etc. Ainsi, notre gouvernement qui a fait renaître de ses cendres le glorieux projet de la Bibliotheca Alexandrina, avec les sommes considérables allouées à ce projet par de multiples institutions gouvernementales, voudrait-il se débarrasser de cette institution de valeur historique ? Est-il donc raisonnable que notre gouvernement, qui prend soin de ressusciter nos monuments antiques tombés dans l’oubli, d’entériner un projet effectivement en vigueur ?

Il y a quelques années, j’ai abordé le sujet de l’imprimerie avec l’un des responsables et je fus surpris par sa réplique faisant peu de cas de l’imprimerie qui, selon lui, est désuète si on la compare aux technologies de pointe dans ce domaine. Je lui ai alors rétorqué avec insistance que la valeur de cette imprimerie provient de son statut de monument historique. J’avais rajouté d’ailleurs, que le progrès d’une nation se mesure en fonction de la sauvegarde de son patrimoine. Le responsable en question confirma alors qu’il ne s’agissait ni des Pyramides ni du Sphinx.

En effet, cette imprimerie devrait fêter un siècle et demi d’existence. Au lieu de célébrer l’occasion, je vois que les tentatives de dénigrement se multiplient après l’avoir mise à la retraite en 1973.

L’imprimerie Al-Amiriya Misr Al-Mahroussa faisait partie des projets précurseurs établis par Mohamad Ali pour établir la nouvelle renaissance intellectuelle, culturelle, scientifique, ainsi que l’essor de la traduction en Egypte. Mohamad Ali s’était rendu compte du rôle vital joué par les imprimeries durant l’expédition française en Egypte (l’imprimerie orientale à Alexandrie, celle de l’armée française, et enfin celle d’Ezbekiya ou l’imprimerie Al-Ahliya) dans l’impression des tracts et des ordres militaires, ainsi que de certains journaux politiques et littéraires. Mohamad Ali avait donc envoyé Nicolas Al-Massabki, d’origine syrienne, en Italie pour apprendre l’art de l’imprimerie afin de préparer l’établissement de la première imprimerie en Egypte.

Les travaux de construction de l’imprimerie avaient commencé en 1821. Un dictionnaire égypto-italien a été sa première publication. Elle a joué un rôle primordial dans l’épanouissement de la culture égyptienne et pour sa diffusion à l’intérieur de ces frontières. Par la suite, elle a transcendé les frontières locales et a rayonné sur les pays avoisinants. Elle a imprimé les ouvrages de référence de l’histoire de l’Egypte qui ont été endommagés, ainsi que les œuvres maîtresses de notre patrimoine comme les Mille et une nuits ou Kalila et Demna. Le premier objectif de l’établissement de l’imprimerie Al-Amiriya n’était pas celui d’imprimer les ouvrages du patrimoine, ou de diffuser la conscience culturelle et civilisationnelle, mais d’assumer son rôle dans le soutien de l’armée égyptienne pour assurer la facilité et rapidité dans la transmission des ordres et des règlements administratifs et militaires. Mohamad Ali pacha voulait que l’imprimerie Al-Amiriya accomplisse un autre rôle non moins important, celui de transmettre avec rapidité les règlements et les lois propres à l’administration égyptienne. Il désirait également organiser les règlements internes du personnel pour faciliter leurs missions militaires et ce afin d’assurer le lien entre les commandants de l’armée et l’administration qui gouverne.

Mohamad Ali n’était pas convaincu de la nécessité d’avoir recours uniquement à l’alphabet arabe. Il s’est intéressé également à apprendre de la civilisation occidentale en transmettant tous ses apports. Il portait également un grand intérêt à la traduction qui devrait aller en parallèle aux travaux de l’imprimerie, afin de tirer le maximum de profit des différents héritages culturels.

En décidant de monter les machines de l’imprimerie, Mohamad Ali avait donné ses ordres de consacrer de hautes rémunérations à tous ceux qui participeraient à son installation.

L’imprimerie de Boulaq avait poursuivi son rôle avec grandeur depuis sa création en 1821 et quotidiennement, elle imprimait des ordres et des communiqués royaux, des livres et des traductions de manière continue. Ses machines ont continué à fonctionner sans arrêt. Les couloirs de ses petits ateliers n’ont pas cessé de confectionner les reliures des ouvrages par les mains de gens modestes qui ont enregistré le patrimoine de la civilisation d’une nation reconnue à ce jour par les autres nations. A l’ombre de cet effort persistant et de ce dur labeur, le khédive Ismaïl pacha a fait don de l’imprimerie à Abdel-Rahmane bey Rouchdi en 1826. Mais les héritiers de ce dernier l’ont vendue et elle redevint à nouveau une propriété du khédive Ismaïl pacha, avant de redevenir de nouveau une propriété de l’Etat en 1880.

Les imprimeries Al-Amiriya ont continué à travailler sans interruption jusqu’en 1965. A cette date, cette grande imprimerie a été affiliée au ministère de l’Industrie. Le président Gamal Abdel-Nasser avait établi un organisme auquel il a donné le nom de l’organisme général des imprimeries Al-Amiriya. Ces imprimeries ont poursuivi la publication de la revue Al-Waqaië Al-Masriya depuis 1828 en langue arabe et turque. En 1958, elle se transforma et eut pour titre Le Journal officiel et Al-Waqaië devint un supplément rattaché à cette nouvelle publication.

Par la suite, les couloirs de l’imprimerie se sont emplis de papiers et de livres et ses murs ont vieilli. Il devint alors indispensable de construire un nouveau bâtiment à Imbaba sur une superficie de 35 mille mètres carrés. Il a été équipé de technologie de pointe de l’époque et a été inauguré en 1973.

Cependant, le rôle des deux imprimeries était complémentaire, même si le rôle de la première avait commencé à se rétrécir petit à petit, alors que parallèlement celle d’Imbaba à gagner en efficacité. Parmi ses publications, il y avait ceux de la présidence, ceux du conseil des ministres, des ministères et de l’appareil administratif de l’Etat. Tout le bagage du ministère de l’Education, depuis les livres scolaires, les cahiers, sans oublier les brochures publicitaires de l’Assemblée du peuple et du conseil Consultatif, ainsi qu’un nombre de livres universitaires.

L’imprimerie d’Imbaba a commencé à acquérir un rôle nouveau à côté de sa vocation essentielle. Ce rôle est d’ordre éducatif et institutionnel adopté par l’imprimerie de Boulaq Misr Al-Mahroussa depuis plus d’un siècle. Elle a commencé à initier les jeunes diplômés des écoles artistiques et professionnelles aux arts de l’imprimerie sous la supervision des ministères de la Main-d’œuvre et de l’Education.

Plus le rôle de l’imprimerie d’Imbaba gagnait en ampleur, plus celui de Boulaq Misr Al-Mahroussa se rétrécissait, pour se transformer en un refuge pour les rats et les insectes. Ses murs et ses départements ont été divisés entre les différents organismes et administrations. On ne retrouve aujourd’hui que les vestiges des anciennes machines désuètes. Les jours se sont écoulés et le patrimoine de l’imprimerie de Boulaq reste toujours dans les mémoires collectives. Surtout ses empreintes qui ont été apposées par d’éminents savants tels que Réfaa Al-Tahtawi, Mohamad Abdou et d’autres. Ce qui reste de ce patrimoine, ce sont certaines machines rongées par la rouille et certains ouvrages très anciens qui ont été rassemblés. Chaque lettre et chaque publication continuent à nous raconter une histoire glorieuse et à ancrer un itinéraire grandiose dans les registres des imprimeries Al-Amiriya à Boulaq. Même si, aujourd’hui, ce qui en reste n’est qu’un fantôme situé sur la corniche du Nil.

J’appelle l’artiste Farouk Hosni à transformer cette imprimerie historique en un musée pour l’imprimerie égyptienne. D’autant plus qu’elle représente et relate les péripéties politiques, sociales et culturelles d’un siècle et demi.

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