Iraq.
Bien qu’un rapport d’étape ait dressé au mieux un tableau
mitigé de la situation, George Bush refuse toujours
d’évoquer un retrait des effectifs déployés dans ce pays.
Bush fait cavalier seul
La situation sécuritaire ne connaît aucune amélioration, les
Républicains sont de plus en plus impatients et les
pressions s’accentuent de la part des Démocrates sur le
président américain pour obtenir un retrait des troupes. Et
pourtant, celui-ci fait la sourde oreille et parfois même
inverse les faits. Si le rapport d’étape publié par la
Maison Blanche —avant le rapport définitif attendu
mi-septembre — a jugé « insatisfaisants » les progrès en
Iraq, pour près de la moitié des objectifs assignés à Bagdad
par le Congrès, M. Bush a voulu y voir une preuve de la
validité de sa stratégie. « Ce rapport montre que les
circonstances peuvent changer, que des progrès peuvent être
faits et que la bataille en Iraq peut être gagnée », a-t-il
dit samedi. George W. Bush a cité la province d’Anbar,
où la situation sécuritaire s’est selon lui « améliorée »
depuis que des tribus locales ont rejoint les forces de la
coalition pour combattre Al-Qaëda.
Il a affirmé que les forces américaines tentaient de «
reproduire » ce schéma dans d’autres zones, en particulier à
Bagdad.
Pourtant, le document relève notamment que le gouvernement
iraqien a échoué à préparer ses forces pour les opérations
de sécurité dans ce pays ravagé par les violences. Ce
document a observé aussi que le Parlement iraqien n’a pas
réussi à adopter une loi décisive sur l’industrie pétrolière
du pays qui pourrait atténuer les hostilités entre les
chiites et la minorité sunnite du pays. Il est aussi
critique à l’égard du gouvernement
Maliki, qui n’a pas réussi, selon lui, à obtenir une
loi facilitant l’accès à des postes publics aux anciens
membres du parti Baas de Saddam
Hussein. Ces aspects sont considérés par Washington comme
des points essentiels pour la réconciliation nationale en
Iraq, plus de quatre ans après l’invasion américaine, en
mars 2003.
Si le président Bush est tenace dans la défense de sa
stratégie en Iraq, le premier ministre iraqien,
Nouri
Al-Maliki, ne l’est pas moins. Pour ce dernier, le
rapport d’étape de la Maison Blanche n’est « pas tout à fait
juste », laissant entendre que le document n’avait peut-être
pas pris en compte « tous les problèmes avec précision ».
Al-Maliki a estimé samedi que le
rapport d’étape américain sur l’Iraq était « positif » mais
pas tout à fait juste, soulignant que les forces iraqiennes
étaient prêtes à prendre le contrôle des opérations de
sécurité dans le pays. « Cependant, les forces de sécurité
ont besoin de davantage d’équipements et de formation »,
a-t-il dit, soulignant qu’elles avaient gagné en confiance
en exerçant un rôle plus important dans la gestion des
opérations.
Mais, ni les propos de Bush ni ceux d’Al-Maliki
sont à même de convaincre l’opinion publique. Analystes et
politologues sont bien conscients que la situation est
dramatique et incontrôlable par les Iraqiens aussi bien que
par leurs alliés américains. « Les armées fuient les régions
où les soldats américains sont déployés pour d’autres que
les forces d’occupation n’arrivent pas à atteindre. Preuve
de l’inefficacité de leurs opérations. Bien plus, les
conflits interethniques font ravage et augurent une guerre
civile et la chute du gouvernement d’Al-Maliki
», souligne-t-on.
La grogne gagne les Etats-Unis
Ce constat n’est pas seulement l’avis des observateurs, mais
aussi des Républicains eux-mêmes. Deux influents sénateurs
républicains ont déposé, vendredi, un projet de loi exigeant
que le président présente à la
mi-octobre un plan prévoyant à partir de fin 2007 un retrait
des soldats américains d’Iraq. Selon le texte mis au point
par Richard Lugar et John
Warner, le président devrait
présenter au Congrès un nouveau plan une fois connue
l’évaluation définitive de la situation sur le terrain que
le commandant des forces américaines en Iraq, le général
David Petraeus, doit présenter
le 15 septembre.
L’initiative des deux sénateurs républicains révèle que les
Républicains sont de plus en plus convaincus que l’Iraq est
devenu une cause perdue et que d’ici septembre et la
publication du rapport définitif, la marge de manœuvre du
président risque d’être sérieusement réduite. Les
Républicains craignent ne pas pouvoir récolter des voix lors
des prochaines élections présidentielles et législatives.
Ils ont donc opté pour critiquer la politique de Bush et
demander le retrait progressif des troupes américaines pour
ne pas perdre leur légitimité.
Les Américains ont perdu plus de 3 600 hommes, des dizaines
de milliers d’Iraqiens sont morts, et les sondages montrent
que la guerre devient de plus en plus impopulaire aux
Etats-Unis : plus des deux tiers (68 %) des Américains
désapprouvent la stratégie de George W. Bush, selon un
sondage publié par le magazine Newsweek. Côté démocrate, les
critiques fusent également de toutes parts, sans pourtant
présenter une solution. Le problème, c’est que « beaucoup
d’élus démocrates sont peu enclins à prendre la question
iraqienne à bras-le-corps ou à prôner une alternative claire
à la politique du président (...) pour ne pas avoir à
assumer la responsabilité de ce qui pourrait mal tourner »,
note Jon
Alterman, spécialiste du Proche-Orient et membre du
groupe de réflexion CSIS, établi à Washington. « Ils disent
que le président nous a mis dedans et qu’il peut nous en
sortir. Ce que je trouve étonnant aujourd’hui, c’est qu’au
sein de l’opposition, on ne voit pas d’alternative claire »,
conclut-il .
Rania
Adel