Liban.
La réunion interlibanaise de Celle Saint-Cloud, près de
Paris, a simplement permis de renouer le dialogue interrompu
entre les protagonistes de la crise libanaise. Le plus dur
reste à faire pour sortir le pays de la paralysie
politique.
Timide pas vers une reprise du dialogue
Neuf
mois après le déclenchement de la crise interlibanaise, rien
n’augure encore une solution prochaine à même de mettre fin
au blocage politique au pays du Cèdre. Après les multiples
médiations de la Ligue arabe et les va-et-vient de son
secrétaire général, Amr Moussa, c’était cette semaine au
tour de la France de tenter une intervention pour
réconcilier les différentes parties libanaises. C’est donc
le ministre français des Affaires étrangères, Bernard
Kouchner, qui a pris l’initiative de réunir les
protagonistes libanais, samedi et dimanche derniers, près de
Paris. Une table ronde qui a permis simplement de briser la
glace en renouant le dialogue entre la majorité et
l’opposition libanaise, rompu depuis la démission, en
novembre 2006, des six ministres représentant l’opposition.
La réunion, à laquelle ont assisté une trentaine de délégués
représentant 14 formations politiques pro-gouvernementales
ou d’opposition, n’a donc pas donné grand-chose. Pas de
communiqué final ni de résultats concrets à cette réunion
dite informelle. « Il y a eu des avancées importantes dans
le dialogue entre les représentants des communautés
libanaises », a simplement dit le ministre français des
Affaires étrangères, qualifiant la rencontre d’« utile ». «
Ce dialogue se poursuit entre les Libanais sur le territoire
libanais (...). Je crois qu’ils ont brisé la glace. Je crois
qu’ils étaient très heureux de se parler », a ajouté le
ministre. Toujours selon M. Kouchner, les 14 formations
présentes à ces entretiens ont « réaffirmé leur attachement
au plein respect des fondements de l’Etat libanais, à la
souveraineté, à l’indépendance » et ont aussi exprimé « le
rejet de toute tutelle extérieure ». Les délégués présents à
Celle Saint-Cloud (ouest de Paris) se sont aussi déclarés
favorables à l’élaboration « d’un code d’honneur dans
l’utilisation des médias » et ont rejeté « la violence comme
moyen politique ».
Paris soutient Siniora
Si ces déclarations ne signifient pas grand-chose au bout du
compte, Paris, qui a toujours eu un intérêt particulier
envers Beyrouth, compte poursuivre ses efforts. M. Kouchner,
qui a déclaré après la réunion qu’elle avait permis «
d’amorcer un dialogue » entre les différentes parties, a
également annoncé qu’il se rendrait à Beyrouth le 28 juillet
pour en constater les progrès. Avant lui, c’est l’émissaire
français Jean-Claude Cousseran qui se rendrait à nouveau à
Beyrouth ce mercredi. Et pendant que les protagonistes
libanais étaient réunis en France, le ministre français de
la Défense, Hervé Morin, était lui au Liban pour réaffirmer
le soutien de la France au « gouvernement légitime » du
premier ministre libanais, Fouad Siniora. Un soutien que M.
Morin a qualifié de « sans faille, absolu, pour le combat
qu’il (M. Siniora) mène en faveur des institutions légitimes
du Liban ». « J’ai rappelé la position de la France, qui
souhaite à la fois l’unité et la souveraineté du Liban », a
déclaré à la presse Hervé Morin après ses rencontres avec
les responsables libanais.
Or, le soutien français n’est sans doute pas suffisant pour
sortir de l’impasse. Dans un climat alourdi par les
attentats et les combats avec des combattants islamistes
soupçonnés d’être proches d’Al-Qaëda dans le camp de Nahr
Al-Bared, cette crise politique menace de s’aggraver à
l’approche de l’élection présidentielle prévue à partir du
25 septembre.
Sur le terrain, en effet, la situation est loin d’être
calme. Lundi, une explosion a légèrement endommagé un
véhicule de la Force Intérimaire des Nations-Unies au Liban
(Finul) dans la localité de Qasmiyé, dans le sud du Liban.
Alors que dans le nord, les combats ont doublé d’intensité
en début de semaine à Nahr Al-Bared, où l’armée libanaise a
annoncé dimanche avoir pris des « positions stratégiques ».
Depuis jeudi dernier, l’armée a lancé la phase finale de la
bataille contre le groupe islamiste sunnite, qui se dit
proche par l’idéologie d’Al-Qaëda et s’était infiltré en
2006 dans cet immense camp de réfugiés proche de la
frontière syrienne.
Cette tension, à laquelle s’ajoutent les nombreux attentats
visant des personnalités politiques, ne fait que compliquer
la crise politique, qui a, pour toile de fond, le rôle de la
Syrie voisine et qui ne peut être réglée sans un compromis
avec Damas .
Abir
Taleb