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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Sociologie . Loin des booms médiatiques qui entourent le phénomène des enfants de la rue, le livre de Kamal Fahmi présente un travail de terrain réussi, fruit d’une collaboration entre les travailleurs de rue et les enfants, les véritables protagonistes.

Témoins de la rue

« Parfois, je sens que personne n’a besoin de moi dans ce monde, et que les gens comme moi doivent mourir, parce que les autres nous font toujours sentir que nous sommes des chiens, et non pas des êtres humains », témoigne une fille de 11 ans qui appartient à la catégorie appelée les enfants de la rue. C’est ainsi que le sociologue Kamal Fahmi donne la parole aux enfants dans son livre Beyond the Victim. The Politics and Ethics of Empowering Cairo’s Street Children. Au-delà de la vision préconçue portée à l’égard de ces enfants, cernée entre victimes et déviants, le livre réussit à définir leur situation par leurs propres termes.

Il s’agit du résultat de huit ans de travail de terrain (1993-2001) sur les enfants de la rue du Caire, mené et narré par Kamal Fahmi, professeur de sociologie à l’Université américaine du Caire et à l’Université McGill, au Canada.

Il nous invite dans ce livre à suivre l’histoire de la participation à la recherche (sur) et (avec) les enfants cairotes à travers un travail de terrain, suivant une stratégie peu commune en Egypte. Laquelle ? Le jumelage de deux vecteurs, le PAR (Participatory Action Research) et le travail de rue, formant le cadre du plan d’action. Cela dit, les travailleurs de rue et les enfants de rue travaillent coude à coude.

Comment ? C’est ce que nous raconte le sociologue, chef du projet. Dans un contexte particulièrement critique du travail de la rue, il relate les difficultés entravant ces programmes en Egypte qui « demeurent aussi marginalisés que les enfants de la rue avec qui ils opèrent » p. 64.

« La première tâche du travailleur de rue consiste à développer une stratégie d’infiltration sociale dans les milieux de vie des jeunes visés ... ce qui nécessite une tactique et un talent considérables ... savoir comment observer et écouter … croire dans les capacités de ces jeunes … ils ne doivent pas situer ces jeunes dans le rôle de victime … ils doivent aider les jeunes groupes à réclamer leurs droits » p. 65. Donc, un travail d’ethnographie, si l’on veut le définir. On peut ainsi imaginer la difficulté d’appliquer ce genre de travail avec des enfants de la rue cairotes.

« En Egypte, les enfants de la rue sont considérés par la société comme des immoraux et des organisateurs de sérieuses violations sociales » p. 88, remarque-t-il au début du projet, en 1993.

Si l’Unicef les classe comme des enfants en danger, le contexte égyptien, lui, les estimait donc comme des enfants source de danger. Cette image ne s’est réhabilitée qu’en 1998, depuis que ce phénomène a figuré sur l’agenda du Conseil national de la maternité et de l’enfance, comme le problème social le plus pressant.

Les témoignages relatés dans cette recherche reflètent les circonstances qui tourmentent leur quotidien. Faim, maladies, manque d’affection, drogue, harassements policiers, abus sexuels. Des termes qui ont un dénominateur commun : la pauvreté.

Le rôle des enfants collecteurs d’informations progresse durant les 8 ans, suivant un indice ascendant. Devenant confiants en eux-mêmes, ces enfants qui ont commencé par collecter les informations pour les travailleurs de rue ont fini par participer eux-mêmes à interpréter ces informations et examiner leur situation, sur les deux plans individuel et collectif. L’ouverture du centre d’accueil avec ses activités d’éducation non formelle, non en tant que substitut au travail de rue, mais un lieu « servant de point de référence pour une mobilisation concrète de la communauté » p. 130, devient à ce stade une stratégie complémentaire avec le PAR.

Ce dernier a-t-il porté ses fruits ? Sans doute. La preuve la plus tangible ? Ces enfants, en coopération avec les travailleurs de rue égyptiens, n’ont pas attendu la décision de la cour qui trancherait la dispute entre le ministère des Affaires sociales et l’Association égyptienne pour le soutien des enfants de la rue, fermée par force en 2001, et qui sponsorisait le programme PAR, mais ont déployé tous leurs efforts pour former une nouvelle ONG, officiellement annoncée en 2003.

Pour clore le livre, le Dr Kamal Fahmi capte les profils de quelques-uns de ces enfants, à l’aide de leurs photos, leurs témoignages ou leurs dessins, pour illustrer la diversité des trajectoires qui les ont conduits à la rue ainsi que celle des circonstances de vie dans la rue. « De ces jeunes, j’ai appris une grande leçon à propos de moi-même et à propos des réalités sociales qui les encouragent à continuer à lutter pour survivre dans des conditions que la plupart d’entre nous auraient trouvées, pour le moins qu’on puisse dire, insupportables », témoigne l’auteur, à son tour, après avoir entendu pendant 8 ans les témoignages de ces enfants.

Privés de leurs droits les plus élémentaires, ils sont accordés dans ce livre le droit, si ce n’est que pour quelques minutes, de s’exprimer, de s’extérioriser, dans un espace sûr qu’ils ne trouveraient peut-être pas dans leur réalité.

Dira Maurice

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