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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Autobiographie. Malgré ses errances entre socialiste, laïc et traditionaliste, Galal Amin résiste à toute labellisation. Visite de son récit de vie Qu’est-ce que la vie m’a appris ?

Vivre pour raconter

Qu’est-ce qui incite le penseur et économiste Galal Amin, auteur d’une trentaine d’œuvres de poids dont le fameux Qu’est-il arrivé aux Egyptiens, à écrire son autobiographie ?

Il ne sait lui-même pas trop, sauf qu’il est habité par ce projet depuis plus de 20 ans, lorsqu’il a commencé à rédiger des bribes de sa vie en accumulant d’une manière décousue les événements qu’il a jugés significatifs, ou des personnalités qu’il a trouvées marquantes. Il se compare lui-même, dans l’introduction de son autobiographie, à un sculpteur qui ressent une joie incomparable dès qu’il tombe sur une pièce de pierre qui l’inspire et lui dicte l’œuvre conçue. Il se voit dans la peau de ce sculpteur qui se met à éliminer certaines couches pour ne garder que ce qui mérite d’exister. « La vie de chacun de nous est pareille à cette pièce de pierre, dans ce sens. L’autobiographe n’a pas besoin de chercher des motifs d’écriture, c’est qu’une jolie sculpture gît dans la vie de tout un chacun et il n’a qu’à la dévoiler. (…) il a dans son parcours ce qui mérite d’être raconté ». C’est justement l’idée de léguer aux autres son expérience et son récit de vie qui semble être le moteur de cette écriture. Elle reflète la personnalité de ce professeur dévoué qui veut laisser un témoignage aux jeunes générations d’une période qui s’étend depuis 1935 — avant même sa naissance, le 23 janvier — et jusqu’aujourd’hui.

Tel un chercheur appliqué qui se replie dans son laboratoire, s’exposant et exposant ses résultats pour le seul bien de la science, le penseur et économiste n’épargne pas les nombreux détails de sa vie familiale aux côtés de son père, le penseur islamique Ahmad Amin, auteur de la trilogie sur L’Islam, « une personnalité spéciale » selon Amin, de sa mère, bonne et brave mère « personnalité ordinaire », ou de ses sept frères et sœurs qui se sont partagés d’une manière hétéroclite entre le modèle sérieux, intellect, moraliste du père et celui plaisant, pragmatique, matérialiste, malicieux de la mère. C’est ainsi qu’il ouvre courageusement le journal trouvé récemment de son père écrit en 1917, et s’explique ouvertement : « Je vais transmettre ici au lecteur la majorité de ce qu’il a écrit sur sa relation avec ma mère, ce qui jette la lumière non seulement sur la personnalité de chacun d’eux, mais aussi sur certains aspects courants dans la vie d’une famille égyptienne » de la classe moyenne, notamment.

Or, à sa famille et à ses années d’adolescence, il consacre 6 chapitres parmi les 19 qui forment son récit de vie. Ce qui prouve une fois de plus son attachement au social, aux prémices de la genèse de l’individu. Car il ne s’agit pas de l’écriture d’un récit de vie rétrospectif sur l’histoire de sa personnalité, mais d’une autobiographie de sens opposé où l’on s’arrête sur les différentes stations qui l’ont formé, et l’ont aidé à avoir ses opinions sur : la vie et les études à l’étranger (de 1958 à 1964 pour réaliser ses thèses de magistère et de doctorat), l’enseignement à l’Université de Aïn-Chams et l’Université américaine du Caire, la Révolution de 1952, l’expérience du travail dans les pays du pétrodollar, les débats et convictions idéologiques. Armé d’une position idéaliste dans la vie, voire moraliste, ce septuagénaire n’épargne pas son esprit critique, il passe en revue ses divagations idéologiques d’un clan à l’autre, sans jamais s’enfoncer dans l’acte politique, du Baas auquel il a adhéré à sa première jeunesse, vers le marxisme qui lui importait dans sa logique et sa conception de l’Histoire, vers la logique positive qui consacre la science au détriment de la métaphysique, et enfin vers une position révisionniste de la notion du progrès, un penchant pour la métaphysique. Où le développement est basé sur « l’indépendance culturelle qui n’est pas moins importante que l’indépendance économique ».

Cette attitude ne nous laisse pas étonnés lorsqu’il revisite les personnalités qui l’ont marqué tant sur le plan de la formation de son intellect, que sur le plan de ses goûts et convictions. Il passe au crible des figures éminentes qui l’ont accompagné pendant ses années d’enseignement à l’Université de Aïn-Chams telles que Helmi Mourad et Ismaïl Ghanem. Quant à Réfaat Al-Mahgoub, professeur de droit et ancien président de l’Assemblée du peuple, Amin ne se prive pas de lancer ses flèches contre lui en tant que personnalité arriviste qu’il importe d’exposer au grand jour.

Epousant cette même évaluation idéaliste et affective, il consacre un long chapitre sur son rapport avec la Révolution de 1952 qui a vacillé violemment entre l’attachement, l’espoir et la haine. Ayant un penchant naturel pour les idées du socialisme, il a donc salué la révolution, partagé le rêve d’une union arabe, a loué la nationalisation du Canal de Suez en 1956 et les décrets de nationalisation en 1961. Les véritables frustrations remontent à partir de 1963, lorsque Nasser a attaqué le chef du parti Baas, Michel Aflaq, puis avec les mesures sécuritaires et la politique oppressive qui dominait. Et ce n’est que plus tard, en goûtant le règne de Sadate, ses concessions à Israël et aux Etats-Unis, que Galal Amin réhabilite l’image et les acquis de l’époque nassérienne. Quant aux coûts de son idéalisme, ils seront payés certes par les partisans de Nasser qui ne vont pas supporter de qualifier l’époque nassérienne d’américaine, à l’instar de l’époque sadatienne ou actuelle. Car l’une des fiertés de cette époque est d’avoir un jour dit non aux Etats-Unis .

Dina Kabil

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Maza allamatni al-hayat ? (qu’est-ce que la vie m’a appris ?), éd. Al-Chourouq, Le Caire 2007.

 




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