Privatisation.
Les banques publiques Ahli et
Misr peinent à conserver leur place sur le marché égyptien
face à la rude et nouvelle concurrence, imposée depuis peu
par l’arrivée d’établissements étrangers.
Bataille pour la survie
«
Il m’a fallu 4 jours successifs pour retirer de l’argent à
la banque Misr. A chaque fois j’ai dû attendre 4 heures,
dans l’espoir que le système informatique serait réparé »,
se plaint Nadia Sami, fonctionnaire, qui pense sérieusement
à déposer ses petites économies dans l’une des nouvelles
banques étrangères. La banque Misr, jusqu’à l’heure numéro
deux en Egypte, peine en fait à concurrencer avec ces
nouveaux établissements ces dernières années.
Les banques étrangères détiennent actuellement 30 % de
l’activité bancaire en Egypte, contre seulement 20 % il y a
3 ans. « Cette part pourrait atteindre les 35 % en cas de
vente de la Banque du Caire qui détient 6 % du marché
bancaire », estime Mohamad Ezzeddine,
directeur du département de crédit auprès de la banque NSGB.
Cette tendance est en fait soutenue par le plan de
modernisation du secteur bancaire adopté par la Banque
Centrale d’Egypte en 2004. Ce plan, inspiré de la Banque
mondiale, vise la réduction du nombre des banques publiques
en faveur des privées. Mais il ne fait pas l’unanimité. «
Cette situation menace l’existence des banques publiques.
Car les nouveaux acteurs étrangers offrent de nouveaux
services diversifiés », rétorque Mohamad
Noureddine, ex-directeur du
département des recherches auprès d’Arab
Bank.
La concurrence privée-publique
est allée même jusqu’au « vol » des cadres des banques
publiques. « Les banques étrangères les séduisent par leurs
hauts salaires. Ce phénomène va certainement porter atteinte
aux banques publiques. Avec une mauvaise performance, il
serait ainsi plus convainquant dans l’avenir de les vendre
», avertit Mohamad Noureddine.
Il existe aussi deux autres obstacles entravant
l’amélioration de la performance des banques publiques. A
savoir, un énorme sureffectif et le manque de formation du
personnel. Mohamad Barakat,
président de la banque Misr, avoue qu’il a dû ouvrir la
porte aux retraites anticipées. « 2 000 des 5 000 employés
ont quitté la banque le mois dernier », explique-t-il, lors
d’un entretien télévisé. Concernant le manque de formation,
Sahar
Al-Sallab, vice-présidente de la Commercial
International Bank (CIB), estime
: « Pour réussir à concurrencer, les deux banques publiques
devraient allouer une somme annuelle à la formation de leurs
employés ». Elle donne l’exemple de la CIB, qui a dépensé
plus de 200 millions de L.E. l’année dernière en stages de
formation de ses employés. Opinion partagée par Mohamad
Noureddine, affirmant que « le
gouvernement devrait injecter des sommes suffisantes pour la
modernisation technique et administrative des banques
publiques ».
Dans l’autre camp, Ahmad Qoura,
ex-président de la banque Al-Watani
Al-Masri, se montre plus
confiant quant à la performance des banques publiques. « Le
secteur bancaire était ouvert aux étrangers depuis une
trentaine d’années, sans menacer l’existence des banques
publiques ». Selon lui, les banques
Ahli et Misr sont les plus
anciennes en Egypte. Elles possèdent un réseau
incomparable de filiales dans le pays, avec 401 filiales
pour la banque Ahli et 318
pour la banque Misr. Ainsi, les
deux banques possèdent-elles ensemble une part importante du
marché, soit 41 %. La Banque Nationale (Ahli),
à elle seule, détient le quart du marché.
La banque Misr se prépare déjà depuis deux ans à améliorer
sa performance. Elle a ainsi opté pour une augmentation de
son capital à travers un crédit conjoint de la Banque
mondiale et la Banque de développement africain. Mohamad
Kafafi, directeur exécutif de la
banque, reconnaît l’ampleur du défi, mais semble tout de
même confiant, assurant lors d’un entretien à l’agence
Reuters que ces deux dernières années, malgré une légère
baisse de sa part de marché, l’activité de la banque
augmente, tout comme le nombre de ses clients.
Dahlia Réda
et Gilane Magdi