Privatisation .
Annoncée soudainement, la mise en vente très prochaine de
la Banque du Caire a créé la surprise et déchaîné les
critiques dans un marché qui séduit les étrangers.
Une corde très sensible est touchée
«
Pourquoi décider de vendre 8 mois seulement après la vente
de la Banque d’Alexandrie ? ». La question est sur toutes
les lèvres. Car le gouvernement a étonné le milieu des
affaires la semaine dernière en annonçant la cession de 80 %
du capital de la Banque du Caire, quatrième banque
égyptienne. Les 15 % des actions restantes seront échangées
en Bourse et les 5 % autres vendues aux employés. Et le
gouvernement semble très pressé puisque, a-t-il dit, la
vente aura lieu au maximum dans un an. « A la fin de cette
semaine, nous allons choisir l’organisme qui sera chargé de
la vente, parmi 42 institutions égyptiennes et
internationales », annonce Mohamad Kafafi, vice-président de
la banque Misr, détentrice de 100 % du capital de la Banque
du Caire.
Il s’agit là d’un changement soudain dans le plan de réforme
bancaire annoncé il y a trois ans par le gouverneur de la
Banque Centrale d’Egypte (BCE). Cette dernière avait
précédemment décidé que la Banque du Caire soit entièrement
acquise par la banque Misr (numéro deux du marché), afin de
pouvoir mener à bien une restructuration financière et
technique (voir chronologique).
L’annonce de la mise en vente a déclenché une forte
polémique. Beaucoup ont manifesté leur inquiétude de voir
des étrangers, qui occupent déjà 29 % du marché bancaire
égyptien, s’accaparer d’une plus grande part encore. Le
mouvement « Non à la vente de l’Egypte » a même appelé les
dépositaires de la Banque du Caire à retirer leurs fonds en
signe de protestation générale. De son côté, le quotidien
officiel Al-Akhbar s’est emparé de la question dans une
enquête, se demandant où le gouvernement s’arrêtera. Mohamad
Noureddine, ex-directeur du département des recherches
auprès de la Banque arabe, estime quant à lui que le
gouvernement se plie aux recommandations de la Banque
mondiale qui a conseillé de ramener le nombre des banques
publiques de quatre à deux. « Cette décision est purement
économique et ne prend pas en compte l’intérêt politique. Le
nouvel acheteur s’emparera de 6 % du marché. Cela pourrait
élever la part des étrangers à plus du tiers du marché »,
affirme Noureddine. Celui-ci préférerait que la Banque du
Caire soit vendue à des banques égyptiennes privées. Il les
appelle ainsi à participer à l’enchère. « La Banque du Caire
est une chance pour les banques égyptiennes surtout que ses
mauvaises créances ont été transmises à la banque Misr »,
dit-il.
Alternatives avancées
Mais le gouverneur de la BCE ne se montre pas préoccupé de
l’augmentation de la part de marché des étrangers. «
L’important est d’avoir une banque centrale compétente pour
limiter les manipulations du marché, ainsi que d’avoir deux
banques publiques fortes pour concurrencer les étrangers »,
a estimé Farouq Al-Oqda, lors d’une conférence de presse,
sans trop convaincre son audience. En fait, beaucoup
d’experts bancaires craignent que les deux banques publiques
restantes ne soient pas épargnées par la vente dans quelques
années.
Autre argument avancé par Al-Oqda : l’impossibilité de
financer les coûts de l’acquisition de la Banque du Caire
par la banque Misr. « Ces coûts s’élèvent à 20 milliards de
L.E. Ni la banque Misr, ni le budget de l’Etat ne peut
l’assumer ». C’est pourquoi la BCE a fini par annoncer la
vente de la Banque du Caire.
Même si plusieurs autres alternatives ont été avancées.
Sahar Al-Sallab, vice-présidente de la Commercial
International Bank (CIB), interrogée par l’Hebdo, estime
qu’un autre scénario aurait pu être envisageable : « L’idée
de privatiser l’administration pouvait être une solution
pour sortir de la crise », dit-elle. Opinion partagée par
Ahmad Qoura, ex-PDG de la banque Al-Watani Al-Masri, qui
explique que de nombreuses banques saoudiennes souffraient
il y a quatre ans d’un problème de créances douteuses, ainsi
que d’une faible performance. « Ce qui a mené le
gouvernement saoudien, qui refuse de vendre ses banques, à
privatiser uniquement la gestion en chargeant des cadres
bancaires étrangers de restructurer la banque pour la rendre
plus performante », expose-t-il. « On aurait aussi pu vendre
une autre tranche de l’unique opérateur de téléphonie fixe,
Telecom Egypt pour sauver la Banque du Caire », a fait
remarquer Labiba Chahine, journaliste, lors d’une question
adressée à Al-Oqda et qui n’a suscité aucune réponse de sa
part. Il y avait également la possibilité de sacrifier trois
milliards de dollars des réserves internationales en
devises, qui ont atteint dernièrement un record de 27
milliards de dollars, avant de céder cet établissement,
voire monument, bancaire national .
Dahlia Réda et Gilane Magdi