Al-Ahram Hebdo, Egypte | Crise au sommet
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Egypte

Eau Potable . La succession de manifestations et sit-in en raison des pénuries dans plusieurs gouvernorats a conduit ce problème à être débattu de manière mouvementée à l’Assemblée du peuple.  

Crise au sommet 

Tout au long de ces dernières semaines, manifestations et sit-in se sont multipliés dans plusieurs villes et villages d’Egypte. Il ne s’agit ni de revendications salariales ni de protestation contre le régime. Les citoyens manifestent pour avoir de l’eau. Fin juin, les habitants de Borg Al-Borollos, dans le Delta, ont organisé une manifestation sur l’autoroute entre Baltim et Al-Borollos qu’ils ont bloquée pendant 10 heures. Puis le 9 juillet, ce fut au tour des villageois de Bechbich à Al-Mahalla Al-Kobra, toujours dans le Delta, de manifester pour exprimer leur ras-le-bol. La grogne a gagné également le gouvernorat de Daqahliya où les habitants de localités, comme Ossim et Al-Manzala, menacent de manifester si les responsables ne se décident pas à faire quelque chose pour stopper les pénuries d’eau qui touchent même des villes très fréquentées par les touristes comme Louqsor. Enfin, certains quartiers du Caire, comme Al-Chourouq, Madinet Nasr, et de Guiza, quelques endroits d’Héliopolis et de Maadi sont également privés d’eau potable pendant une bonne partie de la journée. Et les rues d’Al-Haram et Fayçal n’ont pas été épargnées. « Depuis un mois, l’eau est devenue très rare, ces 10 derniers jours, on n’en a qu’une demi-heure par jour. Je suis donc obligé de m’absenter de mon travail pendant cette demi-heure », se plaint Rihab, l’une des habitantes de Zahraa Madinet Nasr. La pénurie est telle que certains restaurants et commerces ont dû fermer momentanément leurs portes.

Ce n’est pas la première fois que des pénuries d’eau surviennent. Cependant, elles n’avaient jamais atteint une telle ampleur. Si dans les gouvernorats, le mauvais état des infrastructures semble être la cause du problème, au Caire en revanche, on s’interroge sur l’origine de cette « véritable sécheresse ». Réponse du ministre de l’Habitat et des Infrastructures, Ahmad Al-Maghrabi : « Il s’agit d’un problème temporaire lié aux travaux entrepris actuellement pour rénover le réseau de distribution de l’eau ». Et d’ajouter : « Nous n’avons pas fini les travaux de rénovation des réseaux de distribution de l’eau. J’ai d’ailleurs annoncé lors d’un discours à l’Assemblée du peuple que 17 milliards de L.E. sur 5 ans vont être consacrées à l’amélioration des services de distribution de l’eau. Ce plan a commencé cette année et s’achèvera en 2011 ». Al-Maghrabi promet que la crise de cette année sera « la dernière de ce genre en Egypte ».

 

A  boulets rouges

Vérité ou simple promesse pour apaiser la population ? Le problème, en discussion au Parlement, soulève la polémique parmi les députés qui mettent en cause l’Organisme de distribution de l’eau. Lors d’une réunion de la commission de l’habitat à l’Assemblée du peuple consacrée à ce problème, plusieurs députés tant de l’opposition que du PND ont tiré à boulets rouges sur le gouvernement. Malgré l’absence du ministre et des gouverneurs concernés, la séance a été mouvementée : « les responsables restent dans leurs bureaux de luxes climatisés, à des kilomètres des problèmes du pauvre citoyen. La négligence et les mensonges des responsables sont les causes de cette crise », dénonce Mohamad Hassan Al-Qassass, député du PND. L’Organisme national de l’eau est sous le feu des critiques. « La corruption qui règne à l’Organisme de distribution de l’eau est un scandale. La crise actuelle est liée à la mauvaise gestion et aux malversations des dirigeants de cette organisation. Je compte d’ailleurs déposer une plainte devant le procureur général », s’est indigné pour sa part le député Yéhia Al-Qattane.

Au cours des récentes années, la consommation d’eau a connu une hausse significative en raison notamment du développement des villes nouvelles construites à la périphérie du Caire. Or, les infrastructures ne permettent pas de faire face aux besoins en eau. Ces quartiers huppés où l’on a créé des terrains de golf, des parcs et des piscines drainent des quantités importantes d’eau. C’est en tout cas ce qu’affirment certains spécialistes soulignant que les villes nouvelles constituent au moins une partie du problème. Mais ce n’est pas la seule explication. Dans certains quartiers du Caire comme à Madinet Nasr, le réseau d’eau potable, conçu pour répondre à une certaine demande, est incapable de répondre aux besoins des habitants. Raison : les immeubles qui devaient faire au maximum 5 étages en font illégalement 15 et 20. Résultat : la demande dépasse largement l’offre. Le ministre Al-Maghrabi a affirmé que le plan de son ministère prévoit la rénovation de toutes les stations d’eau du Caire, ce qui devrait faire passer la production d’eau à 2,5 millions de mètres cubes par jour. Une nouvelle station d’une capacité de 2 millions de mètres cubes sera construite pour permettre de répondre aux besoins de 8 millions de personnes et doit couvrir la croissance des villes nouvelles. Or, la réalisation de ce plan ambitieux nécessite des années et il est donc probable que le problème du manque d’eau ne sera pas résolu de sitôt.

Quelle est donc la solution ? Le directeur de l’Organisme de l’eau refuse de s’expliquer se contentant d’affirmer à la télévision que le problème est « temporaire ». Pour d’autres, une meilleure gestion de l’eau permettrait au moins d’atténuer le problème. Environ un tiers de l’eau produite en Egypte est gaspillée selon un rapport de l’Organisme de l’eau potable, qui signale que sa mauvaise gestion engendre un gaspillage de 6 mètres cubes chaque mois par ménage, soit le double de la moyenne mondiale .

Sabah Sabet

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