Eau Potable .
La succession de manifestations et sit-in en raison des
pénuries dans plusieurs gouvernorats a conduit ce problème à
être débattu de manière mouvementée à l’Assemblée du peuple.
Crise au sommet
Tout
au long de ces dernières semaines, manifestations et sit-in
se sont multipliés dans plusieurs villes et villages d’Egypte.
Il ne s’agit ni de revendications salariales ni de
protestation contre le régime. Les citoyens manifestent pour
avoir de l’eau. Fin juin, les habitants de Borg Al-Borollos,
dans le Delta, ont organisé une manifestation sur
l’autoroute entre Baltim et Al-Borollos qu’ils ont bloquée
pendant 10 heures. Puis le 9 juillet, ce fut au tour des
villageois de Bechbich à Al-Mahalla Al-Kobra, toujours dans
le Delta, de manifester pour exprimer leur ras-le-bol. La
grogne a gagné également le gouvernorat de Daqahliya où les
habitants de localités, comme Ossim et Al-Manzala, menacent
de manifester si les responsables ne se décident pas à faire
quelque chose pour stopper les pénuries d’eau qui touchent
même des villes très fréquentées par les touristes comme
Louqsor. Enfin, certains quartiers du Caire, comme
Al-Chourouq, Madinet Nasr, et de Guiza, quelques endroits
d’Héliopolis et de Maadi sont également privés d’eau potable
pendant une bonne partie de la journée. Et les rues d’Al-Haram
et Fayçal n’ont pas été épargnées. « Depuis un mois, l’eau
est devenue très rare, ces 10 derniers jours, on n’en a
qu’une demi-heure par jour. Je suis donc obligé de
m’absenter de mon travail pendant cette demi-heure », se
plaint Rihab, l’une des habitantes de Zahraa Madinet Nasr.
La pénurie est telle que certains restaurants et commerces
ont dû fermer momentanément leurs portes.
Ce n’est pas la première fois que des pénuries d’eau
surviennent. Cependant, elles n’avaient jamais atteint une
telle ampleur. Si dans les gouvernorats, le mauvais état des
infrastructures semble être la cause du problème, au Caire
en revanche, on s’interroge sur l’origine de cette «
véritable sécheresse ». Réponse du ministre de l’Habitat et
des Infrastructures, Ahmad Al-Maghrabi : « Il s’agit d’un
problème temporaire lié aux travaux entrepris actuellement
pour rénover le réseau de distribution de l’eau ». Et
d’ajouter : « Nous n’avons pas fini les travaux de
rénovation des réseaux de distribution de l’eau. J’ai
d’ailleurs annoncé lors d’un discours à l’Assemblée du
peuple que 17 milliards de L.E. sur 5 ans vont être
consacrées à l’amélioration des services de distribution de
l’eau. Ce plan a commencé cette année et s’achèvera en 2011
». Al-Maghrabi promet que la crise de cette année sera « la
dernière de ce genre en Egypte ».
A boulets rouges
Vérité ou simple promesse pour apaiser la population ? Le
problème, en discussion au Parlement, soulève la polémique
parmi les députés qui mettent en cause l’Organisme de
distribution de l’eau. Lors d’une réunion de la commission
de l’habitat à l’Assemblée du peuple consacrée à ce
problème, plusieurs députés tant de l’opposition que du PND
ont tiré à boulets rouges sur le gouvernement. Malgré
l’absence du ministre et des gouverneurs concernés, la
séance a été mouvementée : « les responsables restent dans
leurs bureaux de luxes climatisés, à des kilomètres des
problèmes du pauvre citoyen. La négligence et les mensonges
des responsables sont les causes de cette crise », dénonce
Mohamad Hassan Al-Qassass, député du PND. L’Organisme
national de l’eau est sous le feu des critiques. « La
corruption qui règne à l’Organisme de distribution de l’eau
est un scandale. La crise actuelle est liée à la mauvaise
gestion et aux malversations des dirigeants de cette
organisation. Je compte d’ailleurs déposer une plainte
devant le procureur général », s’est indigné pour sa part le
député Yéhia Al-Qattane.
Au cours des récentes années, la consommation d’eau a connu
une hausse significative en raison notamment du
développement des villes nouvelles construites à la
périphérie du Caire. Or, les infrastructures ne permettent
pas de faire face aux besoins en eau. Ces quartiers huppés
où l’on a créé des terrains de golf, des parcs et des
piscines drainent des quantités importantes d’eau. C’est en
tout cas ce qu’affirment certains spécialistes soulignant
que les villes nouvelles constituent au moins une partie du
problème. Mais ce n’est pas la seule explication. Dans
certains quartiers du Caire comme à Madinet Nasr, le réseau
d’eau potable, conçu pour répondre à une certaine demande,
est incapable de répondre aux besoins des habitants. Raison
: les immeubles qui devaient faire au maximum 5 étages en
font illégalement 15 et 20. Résultat : la demande dépasse
largement l’offre. Le ministre Al-Maghrabi a affirmé que le
plan de son ministère prévoit la rénovation de toutes les
stations d’eau du Caire, ce qui devrait faire passer la
production d’eau à 2,5 millions de mètres cubes par jour.
Une nouvelle station d’une capacité de 2 millions de mètres
cubes sera construite pour permettre de répondre aux besoins
de 8 millions de personnes et doit couvrir la croissance des
villes nouvelles. Or, la réalisation de ce plan ambitieux
nécessite des années et il est donc probable que le problème
du manque d’eau ne sera pas résolu de sitôt.
Quelle est donc la solution ? Le directeur de l’Organisme de
l’eau refuse de s’expliquer se contentant d’affirmer à la
télévision que le problème est « temporaire ». Pour
d’autres, une meilleure gestion de l’eau permettrait au
moins d’atténuer le problème. Environ un tiers de l’eau
produite en Egypte est gaspillée selon un rapport de
l’Organisme de l’eau potable, qui signale que sa mauvaise
gestion engendre un gaspillage de 6 mètres cubes chaque mois
par ménage, soit le double de la moyenne mondiale .
Sabah
Sabet