Religion .
Un document signé par le pape Benoît
XVI affirmant que l’Eglise catholique est « la seule
représentante du christ dans le monde » suscite des
réactions controversées dans les milieux chrétiens en Egypte.
Le Vatican, d’une crise à l’autre
A peine la polémique provoquée par le discours du pape
Benoît XVI sur l’islam et le prophète Mohamad apaisée que le
chef du Vatican vient de provoquer un autre « brouhaha »
dans les milieux chrétiens cette fois-ci. Un document de
congrégation pour la doctrine de la foi chrétienne émis par
l’Eglise catholique affirme que celle-ci est « l’unique
véritable église du Christ » et que « les Eglises orientales
qui ne reconnaissent pas le pape comme successeur de Pierre
(l’apôtre qui a répandu la foi chrétienne en Occident)
souffrent d’une déficience ». Le document estime que les
communautés protestantes qui développent une autre
conception de l’eucharistie et du sacerdoce ne peuvent être
appelées « Eglises ». La publication de ce document a
soulevé des réactions controversées en Egypte tant dans les
milieux orthodoxes que protestants. L’Eglise copte orthodoxe
a été la première à monter au créneau critiquant le Vatican.
« De telles paroles attisent les tensions et suscitent des
émotions négatives chez l’autre. Quelle est l’importance de
publier un tel document qui ne fait que rompre toute union
entre les différentes confessions chrétiennes ? »,
a déclaré le pape
Chénouda III, chef de l’Eglise
copte orthodoxe. La publication de ce document est venue
élargir les différends théologiques et historiques déjà
profonds qui existaient entre l’Eglise catholique de Rome et
les Eglises orientales. « Nous pensons que ce document fait
revenir les chrétiens à l’ère de la foi obscurantiste, à
l’époque où l’Eglise catholique affirmait détenir la source
unique d’indulgence (rémission du péché devant Dieu accordée
uniquement par le pape et annulée en 1967 par le pape Paul
VI) », assure Morqos Aziz, père
de l’église Suspendue au Vieux-Caire.
Les responsables de l’Eglise copte dénoncent, en effet, ce
qu’ils estiment être une volonté de l’Eglise catholique
d’imposer son leadership. Une conception qu’ils considèrent
comme contraire à l’esprit même du christianisme. « Même si
le pape Benoît XVI pense posséder la vérité absolue, et même
s’il est entièrement convaincu que son Eglise est la seule
Eglise du Christ, il est censé respecter les principes du
Christ selon lesquels il ne faut pas se poser en juge afin
de ne pas être jugé, car c’est de la façon dont vous jugez
autrui qu’on vous jugera », lâche Youssef
Sidhom, rédacteur en chef de
l’hebdomadaire chrétien Watani,
qui pense qu’il s’agit d’une violation des principes du
respect d’autrui quelle que soit sa confession.
Arrivé en 2005 à la tête du Vatican, le pape Benoît XVI est
connu pour ses positions plus radicales que celles de son
prédécesseur Jean-Paul II qui s’est rendu en Egypte. Le
récent document signé par le pape s’inscrirait, selon
certains, dans le cadre de son plan visant à reconquérir sa
place en Europe. L’Eglise copte orthodoxe n’était pas la
seule à réagir contre le pape du Vatican. L’Eglise
protestante s’est également élevée contre le document qui,
selon elle, « porte atteinte à tous les efforts déployés
durant les dix dernières années par les différentes
confessions religieuses pour réaliser une certaine union et
créer de nouveaux moyens de dialogue ». Le chef de l’Eglise
protestante en Egypte, Safwat
Al-Bayadi, a qualifié ce texte
d’« intolérant » et de « non respectueux ». « Personne ne
peut exclure quelqu’un de la grâce de Dieu car la porte du
salut est ouverte à tous et Dieu en est le seul juge. Le
problème du catholicisme est qu’il croit au caractère
infaillible du pape. Ce qui est totalement erroné. Seul Dieu
est infaillible. Le pape est un être humain, et donc sujet à
commettre des erreurs », affirme
Al-Bayadi. De l’autre côté de la barre, l’Eglise
catholique en Egypte, présidée par le patriarche
Antonios
Naguib, essaye de justifier la position du Vatican
dans une déclaration publiée samedi 14 juillet. Dans
celle-ci, le patriarche affirme que ce document « est dirigé
essentiellement aux catholiques », que son but est de leur
définir les consignes de l’Eglise catholique et de leur
montrer que leur Eglise représente tous les principes que le
Christ a voulu y mettre. « Les fondements du catholicisme
respectent toutes les Eglises et les considèrent comme des
Eglises sœurs. Quant aux protestants, le document les
considère comme des communautés religieuses du fait qu’ils
ne reconnaissent pas la conception du sacerdoce (l’un des
principes essentiels dans la foi catholique et orthodoxe) »,
explique-t-il. Des arguments qui ne semblent convaincre ni
les coptes ni les protestants, qui attendent des
éclaircissements du Vatican .
Marianne Youssef