Diplomatie .
Lors d’une récente visite à Washington, le ministre des
Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit,
a transmis à l’Administration américaine le refus de l’Egypte
de toute ingérence dans ses affaires.
Mise au point égyptienne
Dans
le cadre d’un nouveau « round de dialogue stratégique », le
chef de la diplomatie égyptienne a effectué la semaine
dernière une visite de deux jours à Washington, où il s’est
entretenu avec la secrétaire d’Etat américaine,
Condoleezza
Rice, le vice-président Dick
Cheney, ainsi qu’avec des membres du Congrès.
Outre les dossiers régionaux et le processus de paix
israélo-palestinien, la visite d’Aboul-Gheit
était essentiellement destinée à faire communiquer aux
Américains un message d’indignation : l’Egypte juge
inacceptables les efforts du Congrès des Etats-Unis visant à
lier l’aide américaine à une amélioration de ses systèmes
policier et judiciaire ainsi qu’à l’arrêt du trafic d’armes
à sa frontière avec Gaza.
Il y a deux mois, le Congrès a prévu de bloquer une aide
militaire de 200 millions de dollars, jusqu’à ce que la
secrétaire d’Etat Condoleezza
Rice lui certifie que l’Egypte a
rempli les conditions posées, précisément celles que Le
Caire juge « inacceptables ».
« L’Egypte rejette clairement ces conditions. C’est une
affaire interne privée qui ne concerne que les Egyptiens et
aucune partie n’est habilitée à s’y ingérer », a déclaré le
chef de la diplomatie, Ahmad
Aboul-Gheit, depuis Washington.
« Nous rejetons catégoriquement ces conditions »,
lance-t-il, tout en soulignant avoir obtenu des assurances
que l’Administration de George W. Bush était hostile aux
tentatives de la Chambre des représentants de soumettre
cette aide à des conditions. Cheney, lui, aurait également
affirmé que le besoin d’établir des relations saines et
actives entre les deux pays « dépasse en importance de
telles conditions ».
Déjà à la veille de sa visite à Washington, le Sénat
américain avait fait passer une législation aux antipodes de
celle adoptée par le Congrès, appelant au maintien au même
niveau de l’aide offerte à l’Egypte. Dans ses efforts pour
gagner à sa cause le plus grand nombre d’entre
eux, Aboul-Gheit a tenu à se
réunir avec des membres des deux chambres, Démocrates aussi
bien que Républicains.
L’argument de poids qu’avancent les Egyptiens consiste à
rappeler que l’aide américaine a été décidée suite à la
signature en 1979 de l’accord de paix égypto-israélien : les
assistances économique et militaire offertes à l’Egypte sont
ainsi liées à celles offertes à Israël. La seule condition
du maintien de l’aide américaine est donc la même pour les
deux pays, à savoir le respect dudit accord. Toute autre
condition risque de mettre en question le fondement même de
cette aide. Concernant les tunnels de contrebande d’armes
vers Gaza qui, dit-on, truffent la frontière égyptienne, l’Egypte
a affirmé faire ce qu’elle pouvait pour lutter contre le
trafic d’armes, en soulignant notamment le peu d’effectifs
et les conditions difficiles dans lesquelles travaillent les
garde-frontières égyptiens.
Nouveauté
Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis brandissent
l’arme de l’aide face à l’Egypte, la nouveauté toutefois
c’est que cette fois, la menace de gel porte sur l’aide
militaire et non économique. Le département d’Etat américain
avait prévu pour l’année budgétaire 2008 une aide à l’Egypte
de 1,7 milliard de dollars, dont 1,3 sous forme d’assistance
militaire. Contre 2,4 milliards pour Israël. « Les relations
entre l’Egypte et les Etats-Unis traversent une phase de
malentendus autour de plusieurs questions, notamment celle
du respect des droits de l’homme, mais à un niveau
stratégique plus supérieur, aucun des deux pays n’a intérêt
à voir ces pressions provoquer une rupture », analyse
l’éditorialiste Salama Ahmad Salama.
Reste à savoir sur quoi portent ces malentendus et si les
conditions mentionnées par le Congrès reflètent fidèlement
les priorités de la politique américaine dans la région.
D’après Salama, les pressions qui sont exercées sur l’Egypte
de la part des membres du Congrès suivent un agenda « caché
» qui n’a presque rien à voir avec les droits de l’homme. «
Les membres du Congrès qui se trouvent derrière cette loi
sont connus pour être des sympathisants avec le lobby
pro-israélien, d’où la condition bizarre relative aux
tunnels de contrebande d’armes. Notons également que c’est
la première fois que cette menace porte sur la tranche
militaire et non économique de l’aide », ajoute Salama.
Sans exclure la présence d’une main du lobby juif, l’ancien
ambassadeur d’Egypte à Washington, Abdel-Raouf Al-Ridi,
estime de son côté que la tension actuelle a commencé avec
l’invasion de l’Iraq et le mécontentement populaire qu’elle
a provoqué en Egypte et partout dans le monde arabe. «
Ensuite, la situation difficile qu’ont rencontrée les
Américains là-bas les a amenés à chercher une justification
auprès de leur peuple », ajoute l’ancien diplomate. « Comme
s’ils disaient voilà pourquoi nous sommes en Iraq. Leur
agenda a donc subi un changement et c’est alors qu’ils ont
commencé à parler de la démocratisation du monde arabe ».
Même
si le prototype
n’est pas
très
encourageant .
Chérif
Albert