Al-Ahram Hebdo, Egypte | Mise au point égyptienne
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Egypte

Diplomatie . Lors d’une récente visite à Washington, le ministre des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit, a transmis à l’Administration américaine le refus de l’Egypte de toute ingérence dans ses affaires.

Mise au point égyptienne

Dans le cadre d’un nouveau « round de dialogue stratégique », le chef de la diplomatie égyptienne a effectué la semaine dernière une visite de deux jours à Washington, où il s’est entretenu avec la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, le vice-président Dick Cheney, ainsi qu’avec des membres du Congrès.

Outre les dossiers régionaux et le processus de paix israélo-palestinien, la visite d’Aboul-Gheit était essentiellement destinée à faire communiquer aux Américains un message d’indignation : l’Egypte juge inacceptables les efforts du Congrès des Etats-Unis visant à lier l’aide américaine à une amélioration de ses systèmes policier et judiciaire ainsi qu’à l’arrêt du trafic d’armes à sa frontière avec Gaza.

Il y a deux mois, le Congrès a prévu de bloquer une aide militaire de 200 millions de dollars, jusqu’à ce que la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice lui certifie que l’Egypte a rempli les conditions posées, précisément celles que Le Caire juge « inacceptables ».

« L’Egypte rejette clairement ces conditions. C’est une affaire interne privée qui ne concerne que les Egyptiens et aucune partie n’est habilitée à s’y ingérer », a déclaré le chef de la diplomatie, Ahmad Aboul-Gheit, depuis Washington.

« Nous rejetons catégoriquement ces conditions », lance-t-il, tout en soulignant avoir obtenu des assurances que l’Administration de George W. Bush était hostile aux tentatives de la Chambre des représentants de soumettre cette aide à des conditions. Cheney, lui, aurait également affirmé que le besoin d’établir des relations saines et actives entre les deux pays « dépasse en importance de telles conditions ».

Déjà à la veille de sa visite à Washington, le Sénat américain avait fait passer une législation aux antipodes de celle adoptée par le Congrès, appelant au maintien au même niveau de l’aide offerte à l’Egypte. Dans ses efforts pour gagner à sa cause le plus grand nombre d’entre eux, Aboul-Gheit a tenu à se réunir avec des membres des deux chambres, Démocrates aussi bien que Républicains.

L’argument de poids qu’avancent les Egyptiens consiste à rappeler que l’aide américaine a été décidée suite à la signature en 1979 de l’accord de paix égypto-israélien : les assistances économique et militaire offertes à l’Egypte sont ainsi liées à celles offertes à Israël. La seule condition du maintien de l’aide américaine est donc la même pour les deux pays, à savoir le respect dudit accord. Toute autre condition risque de mettre en question le fondement même de cette aide. Concernant les tunnels de contrebande d’armes vers Gaza qui, dit-on, truffent la frontière égyptienne, l’Egypte a affirmé faire ce qu’elle pouvait pour lutter contre le trafic d’armes, en soulignant notamment le peu d’effectifs et les conditions difficiles dans lesquelles travaillent les garde-frontières égyptiens.  

Nouveauté

Ce n’est pas la première fois que les Etats-Unis brandissent l’arme de l’aide face à l’Egypte, la nouveauté toutefois c’est que cette fois, la menace de gel porte sur l’aide militaire et non économique. Le département d’Etat américain avait prévu pour l’année budgétaire 2008 une aide à l’Egypte de 1,7 milliard de dollars, dont 1,3 sous forme d’assistance militaire. Contre 2,4 milliards pour Israël. « Les relations entre l’Egypte et les Etats-Unis traversent une phase de malentendus autour de plusieurs questions, notamment celle du respect des droits de l’homme, mais à un niveau stratégique plus supérieur, aucun des deux pays n’a intérêt à voir ces pressions provoquer une rupture », analyse l’éditorialiste Salama Ahmad Salama.

Reste à savoir sur quoi portent ces malentendus et si les conditions mentionnées par le Congrès reflètent fidèlement les priorités de la politique américaine dans la région. D’après Salama, les pressions qui sont exercées sur l’Egypte de la part des membres du Congrès suivent un agenda « caché » qui n’a presque rien à voir avec les droits de l’homme. « Les membres du Congrès qui se trouvent derrière cette loi sont connus pour être des sympathisants avec le lobby pro-israélien, d’où la condition bizarre relative aux tunnels de contrebande d’armes. Notons également que c’est la première fois que cette menace porte sur la tranche militaire et non économique de l’aide », ajoute Salama.

Sans exclure la présence d’une main du lobby juif, l’ancien ambassadeur d’Egypte à Washington, Abdel-Raouf Al-Ridi, estime de son côté que la tension actuelle a commencé avec l’invasion de l’Iraq et le mécontentement populaire qu’elle a provoqué en Egypte et partout dans le monde arabe. « Ensuite, la situation difficile qu’ont rencontrée les Américains là-bas les a amenés à chercher une justification auprès de leur peuple », ajoute l’ancien diplomate. « Comme s’ils disaient voilà pourquoi nous sommes en Iraq. Leur agenda a donc subi un changement et c’est alors qu’ils ont commencé à parler de la démocratisation du monde arabe ». Même si le prototype n’est pas très encourageant .

Chérif Albert

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