Rapports internationaux .
En matière de santé, les rapports sont souvent en deçà de la
réalité. Ce dont profitent parfois les responsables pour
défendre leurs performances.
Des textes qui servent d’alibi
«
Abdou, viens me changer le feu, le charbon s’épuise »,
s’élève une voix au bout du café des artistes, situé dans
une ruelle de Tewfiqiya. Avant
d’arriver sur les lieux, l’odeur du tabac vous accueille de
loin. Sur une vingtaine de chaises, des hommes sont assis,
verre de thé à la main et dans l’autre, bien sûr, un
narguilé. Ici, pas d’exception, chaque client a devant lui
sa chicha au miel (le
méassel), c’est d’ailleurs
la classique, aux pommes,
cerises, melon, et tout autre genre de fruit. Une scène
assez fréquente dans les rues non seulement de la capitale,
mais aussi dans l’ensemble du pays. L’Egypte enregistre le
taux le plus élevé de consommation du tabac dans le monde
arabe, note ainsi l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Dans son rapport publié en mars 2007, l’OMS évoque surtout
le narguilé en Egypte et affirme qu’il provoque une liste de
maladies et non pas une seule, comme le cancer, des maladies
pulmonaires, la tuberculose, l’hépatite C. Le rapport
précise qu’en Egypte, « le coût annuel direct du traitement
des maladies liées au tabagisme se monte à 545,5 millions de
dollars US ». Mais ce n’est pas le seul mal d’Egypte. Des
dizaines de rapports se succèdent de la part de différentes
organisations sanitaires internationales, sur la grippe
aviaire, la tuberculose, le tabac, sur fond parfois d’un
silence du gouvernement et dans d’autres, sur fond de colère
ou de contradiction.
L’OMS a ainsi publié un bulletin en janvier 2007 dans lequel
elle exprime ses craintes quant à une
possible transformation du virus H5N1 de la grippe aviaire
en épidémie en Egypte. Dans ce document, l’organisation
critique l’attitude du gouvernement égyptien concernant
l’interdiction de l’élevage des volailles dans les maisons.
Mais, trois mois plus tard, l’OMS a publié un autre document
dans lequel elle a tenu à rendre hommage à l’expérience de
l’Egypte concernant les moyens de traitement du virus de la
grippe aviaire. Le texte indique que selon les statistiques
égyptiennes présentées à l’OMS, 20 cas sur 34 ont pu être
guéris du virus. « Le gouvernement lutte contre le virus de
la grippe aviaire et dévoile avec transparence le nombre de
cas atteints car il sait que l’OMS surveille la propagation
de cette maladie sur le plan mondial », estime
Hamdi Hassan, membre de la
commission de la santé au Parlement. Ce serait l’un des
bienfaits de ces rapports, mais en matière de santé, ils
sont parfois contradictoires. « Cette contradiction émane du
fait que ces documents sont en général périodiques. Les
organisations se réfèrent alors aux faits les plus récents,
ce qui aboutit en fin de compte à des données sans cesse en
changement », explique le député.
Ce
ne sont peut-être que des bulletins mensuels, mais ils ont
la même importance que les rapports annuels car ils
reflètent aussi une certaine vision internationale de la
situation sanitaire du pays et, du coup, influence la
gestion des problèmes de la part du gouvernement. « C’est en
se basant sur ces bulletins ou documents internationaux que
les responsables ont pu se défendre devant le Parlement
quand ils ont été interrogés sur le trafic de vaccins contre
le V5N1. Comment peut-on parler de trafic si l’OMS parle de
la bonne gestion du gouvernement ? »,
lance Hassan. Pour certains spécialistes, ces
rapports restent vraiment en deçà de la réalité sanitaire.
C’est ce qu’affirme Hamdi
Al-Sayed, président du Syndicat
des médecins, qui lance : « On ne peut pas compter à 100 %
sur ces rapports, car les détails qu’ils présentent ne sont
pas toujours assez précis et leurs bureaux régionaux ne se
basent que sur les informations disponibles, rien de plus ».
En effet, ces rapports dépendent surtout des informations
fournies par les bureaux régionaux, qui, souvent, ne font
que rassembler toutes les informations possibles sur une
situation particulière. Souvent, leur travail se concentre
sur les maladies qui ont des répercussions sur le plan
mondial. La polio en Egypte a ainsi attiré l’attention des
organisations internationales. Dans un rapport assez
positif, l’OMS a assuré « la disparition de la polio du pays
pendant trois années successives ».
Mais d’autres problèmes, aussi importants concernant la
santé, n’ont jamais figuré dans ce genre de rapports. Il
suffit de citer le scandale du sang pollué dans lequel
a été impliqué l’homme d’affaires
égyptien et membre du Parlement, Hani
Sourour. Son entreprise a fourni
aux hôpitaux publics des sachets de sang non conformes aux
critères internationaux, provoquant la mort ou certaines
maladies telles que le cancer, l’empoisonnement et la
l’insuffisance rénale. Les cas de négligence dans le secteur
de la santé, comme c’était, par exemple, à l’hôpital d’Al-Talaba
(les étudiants) à Alexandrie. Un médecin a provoqué la
contamination de sept enfants diabétiques avec l’hépatite C.
Selon les témoignages, le médecin a utilisé la même seringue
pour les injecter. Un autre exemple est celui de l’hôpital
d’Aboul-Rich où les malades font
l’objet d’expérience sous le seul prétexte que c’est un
hôpital universitaire. Les exemples qui reflètent la
situation réelle de la santé en Egypte ne manquent pas, mais
ne figurent jamais dans les rapports internationaux l
Chaïmaa
Abdel-Hamid