Al-Ahram Hebdo, Dossier | Des textes qui servent d’alibi
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Dossier

Rapports internationaux . En matière de santé, les rapports sont souvent en deçà de la réalité. Ce dont profitent parfois les responsables pour défendre leurs performances.

Des textes qui servent d’alibi

« Abdou, viens me changer le feu, le charbon s’épuise », s’élève une voix au bout du café des artistes, situé dans une ruelle de Tewfiqiya. Avant d’arriver sur les lieux, l’odeur du tabac vous accueille de loin. Sur une vingtaine de chaises, des hommes sont assis, verre de thé à la main et dans l’autre, bien sûr, un narguilé. Ici, pas d’exception, chaque client a devant lui sa chicha au miel (le méassel), c’est d’ailleurs la classique, aux pommes, cerises, melon, et tout autre genre de fruit. Une scène assez fréquente dans les rues non seulement de la capitale, mais aussi dans l’ensemble du pays. L’Egypte enregistre le taux le plus élevé de consommation du tabac dans le monde arabe, note ainsi l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans son rapport publié en mars 2007, l’OMS évoque surtout le narguilé en Egypte et affirme qu’il provoque une liste de maladies et non pas une seule, comme le cancer, des maladies pulmonaires, la tuberculose, l’hépatite C. Le rapport précise qu’en Egypte, « le coût annuel direct du traitement des maladies liées au tabagisme se monte à 545,5 millions de dollars US ». Mais ce n’est pas le seul mal d’Egypte. Des dizaines de rapports se succèdent de la part de différentes organisations sanitaires internationales, sur la grippe aviaire, la tuberculose, le tabac, sur fond parfois d’un silence du gouvernement et dans d’autres, sur fond de colère ou de contradiction.

L’OMS a ainsi publié un bulletin en janvier 2007 dans lequel elle exprime ses craintes quant à une possible transformation du virus H5N1 de la grippe aviaire en épidémie en Egypte. Dans ce document, l’organisation critique l’attitude du gouvernement égyptien concernant l’interdiction de l’élevage des volailles dans les maisons. Mais, trois mois plus tard, l’OMS a publié un autre document dans lequel elle a tenu à rendre hommage à l’expérience de l’Egypte concernant les moyens de traitement du virus de la grippe aviaire. Le texte indique que selon les statistiques égyptiennes présentées à l’OMS, 20 cas sur 34 ont pu être guéris du virus. « Le gouvernement lutte contre le virus de la grippe aviaire et dévoile avec transparence le nombre de cas atteints car il sait que l’OMS surveille la propagation de cette maladie sur le plan mondial », estime Hamdi Hassan, membre de la commission de la santé au Parlement. Ce serait l’un des bienfaits de ces rapports, mais en matière de santé, ils sont parfois contradictoires. « Cette contradiction émane du fait que ces documents sont en général périodiques. Les organisations se réfèrent alors aux faits les plus récents, ce qui aboutit en fin de compte à des données sans cesse en changement », explique le député.

Ce ne sont peut-être que des bulletins mensuels, mais ils ont la même importance que les rapports annuels car ils reflètent aussi une certaine vision internationale de la situation sanitaire du pays et, du coup, influence la gestion des problèmes de la part du gouvernement. « C’est en se basant sur ces bulletins ou documents internationaux que les responsables ont pu se défendre devant le Parlement quand ils ont été interrogés sur le trafic de vaccins contre le V5N1. Comment peut-on parler de trafic si l’OMS parle de la bonne gestion du gouvernement ? », lance Hassan. Pour certains spécialistes, ces rapports restent vraiment en deçà de la réalité sanitaire. C’est ce qu’affirme Hamdi Al-Sayed, président du Syndicat des médecins, qui lance : « On ne peut pas compter à 100 % sur ces rapports, car les détails qu’ils présentent ne sont pas toujours assez précis et leurs bureaux régionaux ne se basent que sur les informations disponibles, rien de plus ».

En effet, ces rapports dépendent surtout des informations fournies par les bureaux régionaux, qui, souvent, ne font que rassembler toutes les informations possibles sur une situation particulière. Souvent, leur travail se concentre sur les maladies qui ont des répercussions sur le plan mondial. La polio en Egypte a ainsi attiré l’attention des organisations internationales. Dans un rapport assez positif, l’OMS a assuré « la disparition de la polio du pays pendant trois années successives ».

Mais d’autres problèmes, aussi importants concernant la santé, n’ont jamais figuré dans ce genre de rapports. Il suffit de citer le scandale du sang pollué dans lequel a été impliqué l’homme d’affaires égyptien et membre du Parlement, Hani Sourour. Son entreprise a fourni aux hôpitaux publics des sachets de sang non conformes aux critères internationaux, provoquant la mort ou certaines maladies telles que le cancer, l’empoisonnement et la l’insuffisance rénale. Les cas de négligence dans le secteur de la santé, comme c’était, par exemple, à l’hôpital d’Al-Talaba (les étudiants) à Alexandrie. Un médecin a provoqué la contamination de sept enfants diabétiques avec l’hépatite C. Selon les témoignages, le médecin a utilisé la même seringue pour les injecter. Un autre exemple est celui de l’hôpital d’Aboul-Rich où les malades font l’objet d’expérience sous le seul prétexte que c’est un hôpital universitaire. Les exemples qui reflètent la situation réelle de la santé en Egypte ne manquent pas, mais ne figurent jamais dans les rapports internationaux l

Chaïmaa Abdel-Hamid

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Des rapports internationaux et d’autres nationaux ne s’opposent pas forcément lorsqu’il s’agit de la pénurie de l’eau en Egypte. Mais le statu quo demeure.

Lorsque rapports et réalité concordent

« Les changements climatiques, la pollution, le gaspillage de l’eau et le développement continu vont engendrer une sécheresse du Nil », affirme le Fonds mondial pour la protection de l’environnement qui cite neuf autres principaux fleuves du monde. Une vision pessimiste que l’on pourrait contester ici ? Sans doute pas. Elle est confirmée aussi par un rapport publié par le Centre national des recherches sur l’eau. Celui-ci a averti que « l’Egypte souffrira d’une pénurie d’eau vers 2025 ». Une des rares fois où un document international trouve écho dans un autre établi par le gouvernement. A ce jour, les Egyptiens consomment 20 millions de m3 par jour. Un chiffre phénoménal par rapport à la consommation mondiale et qu’aggravent l’expansion démographique et l’absence d’une bonne gestion relative à l’utilisation hydrique. Mais si les rapports se multiplient, les autorités continuent à nier une mauvaise distribution de l’eau et se disent toujours : « En plein travail d’amélioration de l’infrastructure de l’eau ». Une négation d’une crise, qui prend depuis quelques jours une dimension plus importante. A la campagne mais aussi dans les grandes villes, l’eau manque, et paradoxalement le gouvernement parle d’une abondance de l’eau dans 90 % des villes et de la campagne de l’Egypte.

Pour la première fois, des manifestations sortent avec pour slogan « la révolte des assoiffés ». A Bechbich, ce petit village de Mahalla, dans le Delta du Nil, l’eau est coupée depuis 2 ans !! A Daqahliya, et plus précisément à Belqass, la situation est aussi grave, 3 000 paysans ont manifesté et menacent d’entamer une grève de la faim, vu l’absence d’eau potable et même de l’eau pour irriguer leurs terrains agricoles. On estime à 50 000 le nombre de feddans touchés par cette crise. Le rapport du Centre des recherches d’eau note que la stratégie de l’Egypte visant à aménager 304 millions de feddans à l’arrivée de 2017 sera vouée à l’échec avec la dépendance totale de l’eau du Nil.

Les rapports ne cessent de lancer des cris d’alarme. Le Centre égyptien pour le droit au logement a récemment révélé, dans un rapport intitulé « La catastrophe de l’eau potable en Egypte », beaucoup de non-dits s’agissant de la conformité de l’eau potable en Egypte aux normes sanitaires. Le texte affirme qu’un enfant meurt toutes les huit secondes du fait de la pollution de l’eau. Les membres de la commission du logement et de la construction au Parlement ont reconnu qu’une proportion importante des habitants dans onze gouvernorats boivent une eau non conforme aux spécifications sanitaires. La moitié des Egyptiens — des ruraux essentiellement — n’ont pas accès à un verre d’eau propre. 25 % des maladies prévalant en Egypte seraient ainsi des maladies transmises par l’eau, selon le texte l

Samar Gamal Nora Dardir

 




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