Al-Ahram Hebdo, Dossier |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Dossier

Rapports internationaux . L’image du pays dans différents documents du genre semble diverse, même contradictoire. Un aspect que renforcent aussi l’absence et le silence manifestés par les autorités sur les questions-clefs.

A chaque document son Egypte

Ils ont une belle facture ces rapports. Tout d’abord leur label. Ils proviennent d’organisations internationales, ONG et autres institutions qui se placent au-dessus de la mêlée, dont on ne peut que difficilement contester l’objectivité. Ensuite, leurs auteurs appartiennent à la crème de la crème. Des spécialistes et des connaisseurs de correspondants locaux qui souvent risquent beaucoup face aux autorités. Certains ont des bureaux régionaux, d’autres sont interdits mais continuent quand même à vouloir repérer les maux. Ils mettent sous la loupe différents pays. Ceux du tiers-monde réagissent toujours avec susceptibilité à ces rapports ; y compris l’Egypte qui figure dans presque tous genres de documents : droits de l’homme, liberté, économie, pauvreté, santé, technologie. Elle est parfois citée de manière positive, mais dans beaucoup de cas c’est le négatif qui prime. La réaction normale du gouvernement est de protester ou de faire la sourde oreille, dans beaucoup de cas. Mais faut-il accuser les auteurs de ces rapports de chercher la petite bête ? En tentant de débusquer les défaillances et les points faibles, les auteurs des rapports ne tentent-ils pas de paver la voie à une amélioration ? Mais la question qui se pose est de savoir si ces rapports reflètent strictement la vérité, surtout lorsqu’ils procèdent à des classements, une notion qui leur est chère parce qu’il semble que c’est le seul moyen d’attirer l’attention des pays et des médias. Un classement par pays est sûr de se retrouver à la une de la presse. Et c’est justement la presse qui a fait l’objet du rapport le plus récent, une étude panarabe menée par l’Union des journalistes arabes en 2007. Il s’agissait de « mesurer la liberté de la presse arabe ». Le résultat a été choquant pour les Egyptiens. Sur 20 pays, l’Egypte est arrivée 12e, alors que l’Arabie saoudite est arrivée en tête, suivie de la Syrie.

Etonnant si l’on sait que selon le classement de Reporters Sans Frontières, l’Arabie saoudite occupe la 19e place et la Syrie la 17e ; quant à l’Egypte, son classement ne change pas beaucoup, elle est 10e. Ce décalage s’explique par les méthodes utilisées dans l’évaluation. Le rapport arabe est basé sur un « questionnaire de 48 questions qui couvrent les différents aspects de la vie journalistique ». Ce document a été envoyé aux syndicats qui devaient répondre par un simple oui ou non et en citant le nombre de fois sur des questions comme interdiction de publication, censure, arrestation de journaliste, torture, assassinat, procès, poursuite en justice. D’autres questions portent sur l’intervention de l’Etat ou les différentes formes de contrôle. Dans la présentation du rapport, « de nombreux confrères ont répondu au questionnaire de manière parfaite. Mais une minorité a déformé des faits par ignorance ou pour donner une bonne impression de leur pays ». Mais tout en reconnaissant ces failles, l’union a bien homologué ces résultats. Yéhia Qallache, secrétaire général du Syndicat égyptien et qui était chargé de répondre au questionnaire, a critiqué ce mécanisme. Il a affirmé à cet égard que si « dans le cas de l’Egypte, c’est un syndicat élu qui a tenté » de répondre de manière crédible, dans d’autres pays arabes, ça été fait par un fonctionnaire au ministère de l’Information, par exemple, et donc il avait pour tâche de donner une belle image de la presse de son pays. « Les critères ont besoin de révision », dit-il. D’ailleurs, peut-on comparer l’état de la presse en Egypte, où il y a une forte opposition politique et des tiraillements reflétés par une presse de vieille tradition, avec un pays comme l’Arabie saoudite aux journaux aseptisés ? Une question à débattre. L’Arabie saoudite a réussi à lancer des journaux de haute qualité professionnelle mais qui ne s’attaquent jamais au régime.

Est-ce que c’est le mécanisme et la méthodologie qui semblent faire la différence dans ce cas ? L’idée est qu’il y a une façon plus scientifique et plus variée d’obtenir les données ; la réalité étant toujours complexe et difficile à simplifier dans une simple équation.

Le Forum économique mondial qui vient de dresser un rapport sur la compétitivité en Afrique affirme se baser sur une méthodologie d’évaluation assez crédible qui est en fait élaborée par un professeur à l’Université de Columbia, Xavier Sala-I-Martin. Le forum qui dépend du World Economic Forum, une fondation qui se veut impartiale et à but non lucratif, tente de multiplier les sources de données utilisées.

« Nous utilisons les données brutes qui viennent des différentes organisations internationales comme l’Onu, le FMI et autres à côté d’un questionnaire que nous faisons passer aux chefs d’entreprises partout dans le monde, en passant par des partenaires sur place », explique Jennifer Blanker, économiste senior au forum. Lorsqu’il était question de l’Egypte dans ce dernier rapport sur la compétitivité, ce questionnaire élaboré par Sala-I-Martin a été présenté à 98 chefs d’entreprises, dont 78 qui appartiennent à plus de 50 % au secteur privé. Privées, publiques et mixtes avec 100 employés à 5 000, les entreprises choisies par le Centre égyptien pour les études économiques sont assez diversifiées. « Et à partir du résultat, le forum donne un score de 1 à 7 à chaque pays », résume Blanker. L’Egypte est arrivée 4e en Afrique derrière la Tunisie, l’Afrique du Sud et l’Ile Maurice. Et par « coïncidence », elle occupe aussi la 4e place dans le rapport de la compétitivité arabe, pour finir 65e sur le niveau mondial qui couvre 128 pays.

Amener une prise de conscience

L’étude ne vise cependant pas ce classement, mais plutôt une appréhension de la structure de chaque pays dans le but ultime de « restructurer l’économie et améliorer la productivité ». Des conclusions négatives sont bien sûr tirées. A titre d’exemple : « Il est difficile de licencier les employés, et donc très difficile de les embaucher. Il n’existe pas de coopération employeur-employé. Le système éducatif occupe un niveau de qualité assez bas (106/128), l’innovation et la créativité ne sont pas prises en considération », détaille l’économiste. Ce qui est étonnant dans ce rapport, c’est que des points positifs existent. N’est-il pas question de compétitivité ? On évoque « des faibles impôts, le temps réduit pour le lancement d’un projet, la flexibilité pour déterminer les salaires, la taille du marché est assez grande » et contrairement aux idées reçues « les femmes sont bien intégrées dans l’économie en Egypte qui est la 38e mondialement sur le plan de la participation de la femme à l’économie ». Aussi scientifique soit-elle, l’économiste Samir Radwane critique pour autant cette méthodologie (lire entretien). « Un questionnaire basé entièrement sur la perception de l’interrogé est sujet à beaucoup de subjectivité », dit-il. Ainsi, un homme d’affaires qui a à se prononcer sur la corruption, s’il est en bon terme avec l’administration du pays ou que lui-même est corrompu, va-t-il certainement répondre négativement à la question.

A la mode pour autant, ces questionnaires. Reporters Sans Frontières (RSF), qui recense toutes les atteintes à la liberté de la presse, avant de défendre les journalistes persécutés pour leur activité professionnelle, adopte une méthodologie presque pareille, alors que plus simple. « Notre source principale est notre correspondant sur place qui a ses contacts et connaît bien les médias et la situation sur le terrain. Alors, soit il nous donne des informations, soit il vérifie des informations publiées par des agences de presse. Les nouvelles publiées par les médias locaux constituent aussi une source importante pour nous », explique Hajar Smouni, responsable du bureau Moyen-Orient. Dans certains cas, RSF dépêche une délégation sur place, une sorte de mission d’enquête pour à la fois rencontrer les autorités, nouer des relations avec elles et plaider la cause d’un ou de plusieurs journalistes. « On n’a pas eu de problème particulier avec l’Egypte, qui nécessite à ce stade l’envoi d’une telle mission », précise Smouni. Mais lorsqu’il est question du classement mondial où l’Egypte n’est qu’en 133e place derrière des pays comme le Koweït, la Jordanie, le Togo ou la Mozambique, RSF procède par questionnaire. Un document adressé à « tous nos contacts » : journalistes, syndicalistes, militants de droits de l’homme, juristes ... « Le maximum de personnes possibles pour rassembler le plus de réponses possibles ». 50 critères, comme le nombre de journalistes tués, ceux interpellés ou emprisonnés, ceux torturés ... permettent de rassembler les notes.

L’affaire semble d’ailleurs compliquée quand il s’agit des droits de l’homme. Les ONG qui traitent des violations de ces droits ne dévoilent pas aussi facilement leurs méthodes. Il était difficile d’obtenir auprès d’elles des détails sur la manière dont elles collectent l’information. Question de sécurité peut-être parce qu’elles se voient souvent accusées de tous les torts par le gouvernement. Ce dernier qualifie souvent leurs rapports de fabriqués de toutes pièces.

Vrais, faux ou exagérés ? Ces rapports peuvent être un mélange de tout cela. Mais même s’ils ne reflètent pas à la lettre toute une réalité complexe, ils permettent d’attirer l’attention sur des aspects de la vie égyptienne occasionnant parfois des prises de conscience, soit de la part du gouvernement, soit de la part de la société civile.

Le regard de l’autre peut être édifiant. Dans son rapport sur les crimes et la sécurité en Egypte, publié en février 2007 par les Etats-Unis, on peut lire, parlant de la circulation : « A la place des feux qui souvent sont en panne, un policier qui avec le bout du doigt permet aux voitures de passer ou non ». Un petit détail peut-être mais pour autant significatif l

Samar Al-Gamal

Retour au sommaire

 

3 questions à

Samir Radwane, économiste

« S’il y a des erreurs, ceci ne justifie pas le rejet des rapports dans leur ensemble »

 

Al-Ahram Hebdo : Jugez-vous crédibles les différents rapports publiés sur l’Egypte par des organisations internationales ?

Samir Radwane : Les choses diffèrent d’un rapport à l’autre. En général, nous avons des réserves sur la méthodologie utilisée pour établir ces documents. A titre d’exemple, le rapport Doing Business de la Banque mondiale de 2007. Nous avons 3 remarques qui révèlent des lacunes dans le rapport. Tout d’abord, les chiffres sur lesquels il compte remontent à 2005, bien avant les réformes engagées pour encourager les investissements privés. Ensuite, ont été prises à cet égard certaines mesures que les auteurs du rapport ignorent. La troisième remarque est tout aussi importante. Une partie du rapport est basée sur un questionnaire. Certaines personnes choisies ne connaissent pas le sujet de manière approfondie, et parfois leurs noms se répètent dans différents domaines. Certains d’entre eux sont des illustres inconnus.

— Cette méthodologie est-elle applicable à tous les domaines ?

— Pas autant qu’en économie. Il y a des domaines beaucoup plus difficiles, comme la santé, les besoins des individus qui diffèrent d’un pays à l’autre. Cela dit, j’estime qu’il y a un progrès dans l’emploi des indices, comme en matière de transparence, de corruption. La Banque mondiale a développé des indices de bonne gouvernance et repère des critères sur la liberté d’expression, la stabilité politique, la souveraineté de la loi, la lutte contre la corruption, le nombre de grèves. Il faut encourager ce genre d’approche plutôt qu’un baromètre où il est demandé de répondre à des questions chacun selon sa perception, de quoi entacher les résultats d’une haute subjectivité.

— Avec ces lacunes, ces rapports seraient-ils donc de peu de valeur ?

— S’il y a des erreurs, ceci ne justifie pas le rejet des rapports dans leur ensemble. Il nous incombe de traiter avec le message véhiculé par le document et d’envisager les critiques de manière positive, parce qu’elles aident les décideurs dans la détermination des politiques, puisqu’elles leur permettent de savoir où ils se situent par rapport aux autres. Nous avons parfois la conviction que nous progressons sur le plan national, mais on se rend compte que d’autres pays voisins avancent à un taux plus accéléré l

Propos recueillis par S. G.

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.