Pakistan .
Les islamistes ont mis le président Pervez Musharraf dans
leur collimateur, après l’attaque sanglante menée contre la
Mosquée rouge.
Dans la logique du jusqu’au-boutisme
L’assaut
contre la Mosquée rouge fondamentaliste d’Islamabad, la
semaine dernière, semble être une victoire illusoire pour
les autorités pakistanaises, car il n’a fait que plonger le
pays de nouveau dans l’abîme de la violence. A vrai dire, le
Pakistan connaît ces jours-ci un tournant assez dangereux,
peut-être l’un des plus dangereux de son histoire. Depuis
qu’il avait ordonné la semaine dernière l’assaut de la
Mosquée rouge, qui a fait 86 morts, dont 75 islamistes, le
président pakistanais Pervez Musharraf, allié des Etats-Unis
dans la « guerre contre le terrorisme », est la cible de la
colère des islamistes qui se sont afflués par milliers dans
les rues des principales villes du pays, en brûlant
l’effigie du président, appelant à le « détruire » en
représailles à l’assaut contre la mosquée. A Islamabad, des
milliers d’islamistes ont appelé à la guerre sainte et
scandé « Gloire aux martyrs de la Mosquée rouge » au cours
d’une manifestation organisée par la principale alliance des
partis fondamentalistes, le Muttahida Majlis-e-Amal (MMA).
Parallèlement, quatorze personnes, dont onze soldats, ont
été tuées et plus de quarante autres blessées dans un nouvel
attentat suicide qui a visé, dimanche, un convoi militaire
dans le nord-ouest du Pakistan. Cette nouvelle attaque
survient au lendemain de l’attentat suicide qui a tué samedi
au moins 24 soldats quand un kamikaze avait alors précipité
une voiture bourrée d’explosifs contre un convoi militaire
dans le Waziristan du Nord, une région tribale du Pakistan
frontalière de l’Afghanistan.
Selon les experts politiques, ces attentats sont une sorte
de riposte à l’assaut. Mohamad Abdel-Salam, analyste
politique, explique que Musharraf, par cet assaut, a fait
d’une pierre deux coups : « Premièrement, Musharraf a dû
battre d’une main de fer pour faire comprendre aux
islamistes qu’il est décidé cette fois-ci à mener la guerre
contre eux. Il n’avait pas le choix. Il était obligé
d’attaquer la mosquée, abstraction faite des conséquences
car sinon, les islamistes allaient poursuivre de plus belle
leur défi contre son régime, ils pourraient aller jusqu’à
s’emparer d’un ministère ou d’une institution importante. En
ce moment, Musharraf serait paralysé et perdrait de son
autorité. Le fait même que ces fondamentalistes étaient
cachés dans une mosquée ne l’a même pas empêché de
déclencher l’attaque ». Deuxièmement, Musharraf voulait
donner un signal aux Etats-Unis qu’il se prépare à mener une
sérieuse campagne contre les islamistes pour qu’ils lui
donnent une assistance et des munitions en signe de soutien,
continue Abdel-Salam. Les Etats-Unis avaient approuvé
l’assaut le même jour, qualifiant de « responsable »
l’attitude du gouvernement.
Décidé à
poursuivre son chemin en dépit de tous les dégâts
prévisibles, le président pakistanais a affirmé, cette
semaine, que l’assaut était « inévitable ». « Je suis
attristé par les pertes de vies humaines au cours de
l’opération, mais nous sommes résolus à éliminer
l’extrémisme et le terrorisme du moindre coin du pays », a
déclaré le président. Lors de son discours, le
général-président a demandé aux milliers d’écoles coraniques
que compte le pays de prêcher la modération, appelant les
imams de ces écoles à enseigner les véritables valeurs de
l’islam et à éloigner l’extrémisme de leurs esprits.
En
riposte à cette politique de Musharraf, le numéro deux
d’Al-Qaëda, Aymane Al-Zawahri, a appelé à la guerre sainte
contre le régime pakistanais. « Si vous ne vous révoltez
pas, Musharraf va vous anéantir. Musharraf ne s’arrêtera pas
tant qu’il n’aura pas éradiqué l’islam du Pakistan », a
déclaré Al-Zawahri, qualifiant l’assaut contre la mosquée
d’« agression criminelle ». Al-Qaëda et les Talibans afghans
ont même appelé à des attentats contre des objectifs
gouvernementaux pour affaiblir le régime de Musharraf. « La
fin du défi de la Mosquée rouge n’est qu’un début d’une
période d’instabilité, de violence et de chaos qui peut
durer longtemps et avoir de graves séquelles sur le peuple
et le gouvernement à la fois », pronostique Abdel-Salam .
M.
Ch.