Iran .
En autorisant une visite des inspecteurs de l’Agence
Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) avec laquelle
elle entame une nouvelle série de discussions, la République
islamique tente de prouver la transparence de son programme
nucléaire pour éviter une troisième série de sanctions.
Un pari risqué
Une
lueur d’espoir ? Pour la première fois, Téhéran a souligné
sa disposition à dialoguer d’une manière « sérieuse » et «
constructive » avec l’Agence Internationale de l’Energie
Atomique (AIEA) pour affirmer la transparence de son
programme nucléaire. Aussi, une nouvelle série de
discussions entre l’Iran et l’AIEA doivent-elles avoir lieu
les 25 et 26 juillet, alors que l’Iran vient d’autoriser une
visite des inspecteurs de l’agence au site du réacteur à eau
lourde d’Arak (centre), actuellement en construction,
susceptible de produire du plutonium. L’accord sur une telle
visite est le résultat des discussions menées, la semaine
dernière, à Téhéran par une délégation dirigée par le
vice-directeur de l’agence, Olli Heinonen. « Nous avons eu
des entretiens sérieux et enrichissants. Une issue pourrait
être trouvée, peut-être pas demain, mais dans un laps de
temps raisonnable », a affirmé Olli Heinonen. Plus précis,
le représentant de l’Iran auprès de l’AIEA, Ali-Asghar
Soltanieh, a tranché : « Une seule visite suffira ». L’Iran
avait bloqué tout accès de l’AIEA à Arak depuis avril
dernier, en réponse aux sanctions décidées par le Conseil de
sécurité de l’Onu qui avait exigé la suspension du programme
d’enrichissement d’uranium. Selon les observateurs, l’accord
sur la visite de l’AIEA vise à préparer le terrain à une «
prochaine » rencontre entre le négociateur en chef sur le
nucléaire iranien, Ali Larijani, et le chef de la diplomatie
de l’Union européenne, Javier Solana, pour de nouvelles
discussions après trois séries de rencontres en Turquie, en
Espagne et en Portugal. « En effet, il y a un certain
rapprochement entre l’Iran et l’AIEA car cette dernière est
réaliste, elle reconnaît bien que Téhéran ne va pas renoncer
à son programme nucléaire et ne cherche donc qu’à convaincre
ce pays de poursuivre l’enrichissement en contrepartie de
garanties internationales, ce que rejette catégoriquement
Washington », analyse Mohamad Abbass, expert politique,
estimant que les négociations entre l’Iran et l’AIEA ne
porteront aucun fruit sans un consentement américain, ce qui
semble, pour l’heure, difficile.
Là, une question s’impose : pourquoi les Etats-Unis
n’ont-ils pas imposé de nouvelles séries de sanctions contre
Téhéran après l’expiration du dernier délai le 23 mai
dernier ? Selon M. Abbass, « les Etats-Unis sont maintenant
satisfaits car l’arme des sanctions a commencé à avoir de
lourdes conséquences sur le peuple iranien. La semaine
dernière, des manifestations ont éclaté dans les rues de
Téhéran, après que le gouvernement iranien avait levé la
subvention du prix de l’essence, ce qui a haussé son prix.
Mais, cette colère populaire a été sévèrement réprimée par
le gouvernement qui craint de perdre son autorité. Plusieurs
manifestants ont même été condamnés à mort par les autorités
». Cette analyse n’empêche pourtant pas la possibilité d’une
nouvelle série de sanctions si Téhéran ne gèle pas ses
activités nucléaires.
Entre réticence et scepticisme
Malgré ce semblant début d’assouplissement iranien, Téhéran
a affirmé, cette semaine, qu’il ne renoncerait pas à
l’enrichissement de l’uranium. « Le rythme d’installation
des centrifuges peut baisser ou augmenter, mais personne ne
doit s’attendre à ce que nous renoncions à notre droit et
que nous arrêtions le travail », a déclaré le président
iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Cette détermination s’explique
par le fait que les Iraniens ont fini par comprendre qu’une
frappe américaine serait une option difficile, voire
impossible pour Washington, au moins pour le moment. «
Ahmadinejad réalise bien que l’enlisement des Etats-Unis en
Iraq ne leur permettrait pas d’ouvrir un nouveau front
risqué en Iran. Une frappe américaine ne pourrait jamais
avoir lieu avant deux ans, après l’élection d’un nouveau
président à la tête des Etats-Unis. Le jeu d’Ahmadinejad
consiste donc à gagner du temps jusqu’à ce que l’Occident
soit convaincu que le programme nucléaire iranien est
parvenu à un point de non-retour. Là, il pourrait marchander
en position de force », analyse Mohamad Abbass. Selon les
experts, l’Iran devrait avoir vers la fin juillet 3 000
centrifuges à Natanz, soit un nombre suffisant pour produire
de l’uranium enrichi et fabriquer une bombe atomique en
moins d’un an.
Les Etats-Unis sont bien conscients de ce stratagème
iranien. Ils ont accueilli, cette semaine, avec scepticisme
l’accord conclu à Téhéran entre l’Iran et l’AIEA. « Vous me
pardonnerez donc pour un sain degré de scepticisme au sujet
des intentions iraniennes. Pour le moment, nous allons
attendre de voir ce qui se passe réellement et non ce que
les Iraniens disent », a prévenu un porte-parole du
département d’Etat, Tom Casey. Avec les jours, les
Américains ont bien compris les trois principales manœuvres
iraniennes visant à empêcher de nouvelles sanctions :
souffler le chaud et le froid, faire marche arrière à la
dernière minute et garder toutes les portes ouvertes .
Maha
Al-Cherbini