Al-Ahram Hebdo,Monde | Un pari risqué
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 Semaine du 18 au 24 juillet 2007, numéro 671

 

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Iran . En autorisant une visite des inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) avec laquelle elle entame une nouvelle série de discussions, la République islamique tente de prouver la transparence de son programme nucléaire pour éviter une troisième série de sanctions.

Un pari risqué

Une lueur d’espoir ? Pour la première fois, Téhéran a souligné sa disposition à dialoguer d’une manière « sérieuse » et « constructive » avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) pour affirmer la transparence de son programme nucléaire. Aussi, une nouvelle série de discussions entre l’Iran et l’AIEA doivent-elles avoir lieu les 25 et 26 juillet, alors que l’Iran vient d’autoriser une visite des inspecteurs de l’agence au site du réacteur à eau lourde d’Arak (centre), actuellement en construction, susceptible de produire du plutonium. L’accord sur une telle visite est le résultat des discussions menées, la semaine dernière, à Téhéran par une délégation dirigée par le vice-directeur de l’agence, Olli Heinonen. « Nous avons eu des entretiens sérieux et enrichissants. Une issue pourrait être trouvée, peut-être pas demain, mais dans un laps de temps raisonnable », a affirmé Olli Heinonen. Plus précis, le représentant de l’Iran auprès de l’AIEA, Ali-Asghar Soltanieh, a tranché : « Une seule visite suffira ». L’Iran avait bloqué tout accès de l’AIEA à Arak depuis avril dernier, en réponse aux sanctions décidées par le Conseil de sécurité de l’Onu qui avait exigé la suspension du programme d’enrichissement d’uranium. Selon les observateurs, l’accord sur la visite de l’AIEA vise à préparer le terrain à une « prochaine » rencontre entre le négociateur en chef sur le nucléaire iranien, Ali Larijani, et le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Javier Solana, pour de nouvelles discussions après trois séries de rencontres en Turquie, en Espagne et en Portugal. « En effet, il y a un certain rapprochement entre l’Iran et l’AIEA car cette dernière est réaliste, elle reconnaît bien que Téhéran ne va pas renoncer à son programme nucléaire et ne cherche donc qu’à convaincre ce pays de poursuivre l’enrichissement en contrepartie de garanties internationales, ce que rejette catégoriquement Washington », analyse Mohamad Abbass, expert politique, estimant que les négociations entre l’Iran et l’AIEA ne porteront aucun fruit sans un consentement américain, ce qui semble, pour l’heure, difficile.

Là, une question s’impose : pourquoi les Etats-Unis n’ont-ils pas imposé de nouvelles séries de sanctions contre Téhéran après l’expiration du dernier délai le 23 mai dernier ? Selon M. Abbass, « les Etats-Unis sont maintenant satisfaits car l’arme des sanctions a commencé à avoir de lourdes conséquences sur le peuple iranien. La semaine dernière, des manifestations ont éclaté dans les rues de Téhéran, après que le gouvernement iranien avait levé la subvention du prix de l’essence, ce qui a haussé son prix. Mais, cette colère populaire a été sévèrement réprimée par le gouvernement qui craint de perdre son autorité. Plusieurs manifestants ont même été condamnés à mort par les autorités ». Cette analyse n’empêche pourtant pas la possibilité d’une nouvelle série de sanctions si Téhéran ne gèle pas ses activités nucléaires.

Entre réticence et scepticisme

Malgré ce semblant début d’assouplissement iranien, Téhéran a affirmé, cette semaine, qu’il ne renoncerait pas à l’enrichissement de l’uranium. « Le rythme d’installation des centrifuges peut baisser ou augmenter, mais personne ne doit s’attendre à ce que nous renoncions à notre droit et que nous arrêtions le travail », a déclaré le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. Cette détermination s’explique par le fait que les Iraniens ont fini par comprendre qu’une frappe américaine serait une option difficile, voire impossible pour Washington, au moins pour le moment. « Ahmadinejad réalise bien que l’enlisement des Etats-Unis en Iraq ne leur permettrait pas d’ouvrir un nouveau front risqué en Iran. Une frappe américaine ne pourrait jamais avoir lieu avant deux ans, après l’élection d’un nouveau président à la tête des Etats-Unis. Le jeu d’Ahmadinejad consiste donc à gagner du temps jusqu’à ce que l’Occident soit convaincu que le programme nucléaire iranien est parvenu à un point de non-retour. Là, il pourrait marchander en position de force », analyse Mohamad Abbass. Selon les experts, l’Iran devrait avoir vers la fin juillet 3 000 centrifuges à Natanz, soit un nombre suffisant pour produire de l’uranium enrichi et fabriquer une bombe atomique en moins d’un an.

Les Etats-Unis sont bien conscients de ce stratagème iranien. Ils ont accueilli, cette semaine, avec scepticisme l’accord conclu à Téhéran entre l’Iran et l’AIEA. « Vous me pardonnerez donc pour un sain degré de scepticisme au sujet des intentions iraniennes. Pour le moment, nous allons attendre de voir ce qui se passe réellement et non ce que les Iraniens disent », a prévenu un porte-parole du département d’Etat, Tom Casey. Avec les jours, les Américains ont bien compris les trois principales manœuvres iraniennes visant à empêcher de nouvelles sanctions : souffler le chaud et le froid, faire marche arrière à la dernière minute et garder toutes les portes ouvertes .

Maha Al-Cherbini

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