Cinema.
Le comédien Mohamad
Héneidi
est la coqueluche de sa génération. Avec son film Le
Rossignol de Doqqi, il tient
toujours le pari du rire.
« Je tiens à exploiter mon talent de comédien caricaturiste
»
Al-Ahram
Hebdo : Dans votre dernier film Andalib
Al-Doqqi (le rossignol de
Doqqi), vous continuez à évoquer
les problèmes des jeunes ...
Mohamad Héneidi :
Sans doute, oui. C’est l’histoire de deux jeunes frères,
l’un vivant dans un pays du Golfe et l’autre au Caire, dans
le quartier de Doqqi. Ce dernier
se prend pour le chanteur mythique
Abdel-Halim Hafez, d’où une suite d’aventures
tournant en dérision l’actualité du pays.
— La sortie, cet été, de plusieurs films comiques
aura-t-elle un impact négatif sur le plan des rentrées et
des recettes ?
— Il est évident que le chaos actuel implique de vrais
risques financiers, mais c’est une affaire propre aux
producteurs et aux distributeurs, qui ont étudié le marché
et choisi les dates des sortie de
ces films. Je pense même que cette concurrence presque
annuelle se fait au profit du public qui a une plus grande
liberté de choix. Cela fait plusieurs saisons que je
participe à cette course estivale de plus en plus enfiévrée.
Du moment que l’on a réussi, il faut s’attendre à être
évalué et critiqué. Parfois, cela fait du mal, mais
n’empêche pas d’aller de l’avant.
— Vous tentez en quelque sorte de « professionnaliser » le
métier du comédien farceur parmi les comédiens de votre
génération. Vous aimez la dérision et vous pratiquez
l’humour décalé. Cette classification vous dérange-t-elle ?
— La comédie et la farce représentent pour moi un art de
l’amusement. J’aime plaisanter, mais je n’aime pas être
catalogué comme un plaisantin. L’artiste est un combattant,
et j’essaye de lui préserver cette image. Pour moi, la
critique doit passer forcément par l’humour et la dérision.
Je crois que si un cinéaste pense en travaillant qu’il veut
avant tout opérer un changement dans les mentalités, il
s’engage sur un faux chemin qui le conduira inévitablement à
tourner de mauvais films. Car une œuvre guidée par
l’idéologie d’un parti ou d’un groupe donné ne constitue pas
la force du cinéma. Celle-ci consiste plutôt à suggérer et
tourner la réalité en dérision,
via le jeu des personnages et une intrigue, même si c’est
une farce
— Les années 1990 ont connu une montée en flèche des films
comiques, quelles en sont les raisons ?
— D’abord, il y a eu la réussite des films comiques
présentant de nouveaux prototypes comblant une vraie lacune,
ce qui a encouragé les cinéastes à changer de stratégie. Les
comédies qui ont fait émergence respectaient les us et
coutumes égyptiens. Financièrement, les producteurs ont
trouvé en ces films un produit moins cher qui rapporte
beaucoup d’argent, se caractérisant par de petits budgets et
des techniques modestes.
Personnellement, j’avoue avoir acquis une célébrité très
rapide ; par conséquent, les producteurs et les chaînes de
télévision me sollicitaient. Par contre, je tente de ne pas
être entièrement pris dans les lacets de cette énorme
star-machine. Ma filmographie ne
compte qu’une dizaine de films, de quoi montrer que je n’ai
pas une grande expérience sur les plateaux. Je déteste la
facilité, c’est pourquoi dans mes derniers films, je ne me
contentais pas d’incarner un seul personnage. Je tiens à
exploiter mon talent de comédien caricaturiste.
Yasser Moheb