Somalie .
La conférence pour la réconciliation nationale a été
ajournée à jeudi après l’explosion de plusieurs obus tirés
par les islamistes, qui ont boycotté ses travaux.
Une dernière chance compromise
Une
énième conférence réunissant les protagonistes, sauf les
islamistes, a tourné court dimanche, après la chute de
plusieurs obus près du lieu de la tenue de la rencontre, à
Mogadiscio. Elle devrait se tenir à nouveau ce jeudi 19
juillet. Sept obus ont explosé dont deux près de la réunion,
et ce malgré des mesures de sécurité draconiennes. Des
milliers de policiers somaliens et de soldats de l’armée
éthiopienne étaient déployés à Mogadiscio, et en particulier
aux abords de l’entrepôt de la police qui a accueilli la
réunion. La conférence doit discuter de 11 points, notamment
« l’unité somalienne », « la nature et l’impact de l’islam
radical », le « désarmement et l’établissement de la paix et
de la sécurité », « les conflits entre les clans et au sein
des clans » et « la bonne gouvernance ».
La réunion de dimanche était la dernière en date d’une série
de plus d’une douzaine de tentatives pour restaurer la paix
en Somalie. Mais la conférence, qui devrait durer des
semaines, a tourné court : au bout de trois heures et demie,
elle a été suspendue jusqu’à jeudi. Officiellement, pour
permettre à tous les délégués d’arriver à Mogadiscio,
quelque 800 sur les 1 325 attendus s’étant présentés
dimanche.
Des délégués de l’ensemble de la Somalie étaient arrivés à
Mogadiscio pour cette conférence de réconciliation nationale
qui est considérée comme la dernière chance du gouvernement
de renforcer sa légitimité en assurant un retour à la paix.
Ce rassemblement a groupé un millier de chefs coutumiers,
des anciens seigneurs de guerre et de leaders politiques,
mais le principal adversaire, les chefs des Tribunaux
islamiques, n’ont pas assisté à ce rassemblement. Ils ont
exigé que la conférence se tienne dans un pays neutre et
après le retrait des troupes éthiopiennes de Somalie.
Les islamistes attaquent régulièrement l’armée nationale,
ses alliés éthiopiens et les soldats ougandais de la force
de paix de l’Union africaine, en vue de rétablir la charia
(loi islamique) brièvement imposée l’an dernier. Ils ont
juré vendredi dernier de perturber la réunion et de faire
échec aux efforts du gouvernement pour consolider son
emprise sur le pays. Les islamistes ont aussi menacé de s’en
prendre aux participants de la conférence : Les délégués «
doivent être pris pour cible, sans distinction », a indiqué
le communiqué signé du Mouvement des jeunes moudjahidines.
Cette conférence n’est qu’« un projet gouvernemental qui a
pour seul but d’obtenir des fonds des donateurs », indique
le communiqué. Le chef de guérilla islamiste, Maalim Hachi
Mohamed, a pour sa part déclaré : « Ce sont des criminels
qui ont vendu notre pays à l’Ethiopie. Nous ne discuterons
que lorsque notre pays sera libre ».
Minces espoirs
Le boycott de la conférence par les islamistes jette un
sérieux doute sur ses chances de réussite. Plusieurs
analystes estiment que la violence ne prendra fin que si le
gouvernement intérimaire se résout à négocier avec ses
adversaires islamistes. « Le gouvernement et les Tribunaux
islamiques sont les principaux adversaires. Il faut qu’ils
se rencontrent pour une paix véritable. Sinon, les tueries
continueront sans répit. Rien de concret ne sortira de ces
discussions », estime un analyste politique somalien. « Si
les Tribunaux (islamiques) étaient là, cela aurait été
positif et utile ». Partageant le même avis, Ahmed Diriye,
le porte-parole des Hawiye, le principal clan à Mogadiscio,
a affirmé : « La conférence aurait du sens si elle
réunissait des rivaux politiques et des groupes armés à la
même table. Mais l’idée est de parler d’un conflit tribal
qui n’existe pas, c’est un gaspillage d’argent et d’énergie
».
Pour Sayed Féleifal, analyste au Centre d’études africaines
au Caire, le règlement de la crise somalienne est dans les
mains des islamistes. « Si l’on trouve un compromis entre
les autorités et les islamistes en répondant à certaines des
revendications de ces derniers, on pourra mettre fin à cette
guerre », insiste M. Féleifal.
Le défi lancé par les Tribunaux islamiques donne du fil à
retordre au gouvernement intérimaire du président Abdullahi
Yusuf, qui peine à exercer son autorité sur le pays depuis
que le mouvement des Tribunaux islamiques a été chassé de
Mogadiscio fin décembre. Il a espéré rallier des soutiens en
conviant aux pourparlers une myriade de clans, mais le
problème majeur reste avec les islamistes qui ont juré la
chute du gouvernement soutenu par l’Ethiopie voisine et la
communauté internationale, notamment les Etats-Unis.
Maha
Salem