Al-Ahram Hebdo,Société | Des touristes oui, mais ...
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Société

Été . Trois millions de touristes venus des pays arabes, notamment du Golfe, ont choisi l’Egypte pour destination de vacances. Un chiffre record qui a poussé magasins, restaurants et secteurs de l’immobilier à offrir de nouveaux services. Le simple citoyen, lui, se sent en reste. Enquête. 

Des touristes oui, mais ... 

« On ne voit plus d’Egyptiens ici. Nous sommes devenus une minorité, c’est une invasion arabe », plaisantent quelques clients venus faire leurs courses au Centre commercial de l’hôtel Ramsès Hilton, situé au centre-ville. Là, on a l’impression de se trouver au siège de la Ligue arabe. Des femmes saoudiennes, koweïtiennes ou émiraties, dissimulées derrière leur niqab noir, se baladent devant les vitrines, avec à la main, les nombreux paquets qui ne sont autres que les courses de la journée. Les enfants jouent au McDonald’s du coin. Les maris attablés au café du rez-de-chaussée attendent patiemment leurs épouses, en fumant nonchalamment leurs narguilés avant de se donner rendez-vous devant le cinéma, pour voir un des films de l’été. Et du centre-ville au bureau du courtier d’immobilier Hosni, dans le quartier de Madinet Nasr, l’image ne change pas vraiment. Des dizaines d’Iraqiens fuyant la guerre dans leur pays y sont au rendez-vous quotidien pour réserver des appartements. En fait, le but est d’en acquérir un à plus de 250 000 L.E. pour pouvoir obtenir un certificat de résidence en Egypte, selon la loi égyptienne. « Leur nombre a beaucoup augmenté durant cette dernière année. Ils ont de l’argent et sont prêts à payer de grandes sommes pour avoir un toit en Egypte », lance Hosni tout en ajoutant qu’ils ont joué un rôle non négligeable dans la hausse subite des prix de l’immobilier. « L’appartement, par exemple, qui coûtait — il y a un an — 90 000 L.E., est vendu actuellement contre 140 L.E. Et le problème, c’est qu’on ne distingue pas entre Egyptien et étranger, car c’est le meilleur prix qui compte », avance-t-il.

Selon Nadia Radwane, sociologue, le look de la capitale, ses mœurs et sa culture ont commencé à subir des changements non seulement durant la saison de l’été, comme c’était le cas les années précédentes, mais aussi durant le reste de l’année. La récession économique, dont souffrent les commerçants, a fait qu’ils déploient tous leurs efforts pour attirer le client arabe durant toute l’année, surtout que son pouvoir d’achat en Egypte ne cesse d’augmenter. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les conditions économiques en Egypte pour comprendre que l’investisseur arabe a pu pénétrer partout. Dans le domaine de la télécommunication, du tourisme, dans les grands projets agricoles, dans les médias, l’investisseur arabe est extrêmement puissant.

Et ce, sans oublier la compétition acharnée pour l’achat de terrains. Une simple tournée dans le marché immobilier sur la Côte-Nord, plus précisément à Porto Marina, montre la présence arabe. Là-bas, le prix des villas peut atteindre environ 5 millions de L.E. Pour revenir au Caire, dans l’immeuble luxueux Four Seasons à Guiza, le prix des appartements dépasse les 12 millions de L.E. « Si l’on suppose que l’Egypte compte environ un million de millionnaires, on peut facilement remarquer que le nombre des unités exposées sur le marché dépasse ce nombre en question. Cela veut dire qu’il existe un autre client visé, à savoir le client arabe », estime un économiste qui a requis l’anonymat.

Nadia Radwane s’indigne de cette situation. Elle estime que l’Etat a vendu le pays car en pleine crise, il a recours à n’importe quelle solution pour sortir de l’impasse. « On pourrait le comparer à l’homme pauvre qui a beaucoup d’enfants. Et qui ne tarde pas à vendre l’un d’eux pour pouvoir survivre », explique la sociologue. 

Une hausse de 20 %

Et face à ce pouvoir économique, le citoyen ne peut rien faire. En été, l’Egypte, qui s’apprête à recevoir les touristes venus des pays arabes, change de visage car elle doit s’adapter aux besoins de ces visiteurs. Ne dit-on pas que le client est roi ? En effet, dès début juillet, les rues du Caire sont prises d’assaut par des milliers de visiteurs venus des pays du Golfe, ajoutant plus d’animation à des artères déjà trépidantes. Selon les chiffres de l’Organisme de la promotion du tourisme, il s’agit cette année d’un chiffre record. A savoir, 3 millions de touristes arabes, ce qui représente 40 % du nombre global du pourcentage des touristes étrangers qui se sont rendus en Egypte durant l’année, soit 8 millions. Il s’agit d’une hausse de 20 % par rapport à l’an dernier. Cette année, la guerre au Liban a aussi contribué à la hausse de ce chiffre. Un grand nombre de Saoudiens et de Koweïtiens qui comptaient passer leurs vacances à Beyrouth ont dû changer de destination. Les statistiques révèlent aussi une hausse remarquable du nombre de Saoudiens venus en Egypte cette année. Ces derniers ont pris le dessus sur les Libyens qui ont occupé la première place pendant des années.

Dans les célèbres restaurants qui longent le Nil, une ambiance orientale règne. La musique classique occidentale est remplacée par un takht oriental. Le menu est riche en mets saoudiens tels que la kabsa, le sembousek, etc. Et même dans les pièces de théâtre qui se jouent cet été, on a ajouté des passages conçus spécialement pour plaire aux clients venus des pays arabes.

Au grand centre commercial City Stars, situé à Madinet Nasr, de nouveaux magasins de parfumeries et d’accessoires ménagers saoudiens ont ouvert leurs portes récemment. En plein centre de Mohandessine, quartier connu pour attirer la clientèle arabe du Golfe, des immeubles entiers leurs sont loués pendant les quatre mois de l’été, certains Egyptiens ont fait venir des chevaux et des ânes pour divertir ces amateurs de chevaux.

Ce pouvoir économique donne aujourd’hui une certaine immunité à ces touristes. C’est le pauvre citoyen égyptien qui parfois en paye le prix. Les autoroutes du Caire se transforment en un défilé de marques de voitures, les unes plus sophistiquées que les autres. Certains d’entre ces touristes veulent montrer la puissance de leurs joujoux dernier cri et s’engagent dans des courses en plein centre de la capitale. C’est d’ailleurs en roulant à grande vitesse qu’un riche arabe a tué et a blessé, il y a deux ans, une dizaine de jeunes gens sur le trottoir. Il s’en est sorti sans aucune poursuite puisqu’il s’est enfui dans son pays. Autre exemple, autre drame, cette année, le chien d’un prince arabe a attaqué deux Egyptiens, déformant le visage d’une petite fille dans un des hôtels du Caire.

Et dans ce chaos, l’Egyptien commence à se sentir étranger dans son pays. « Lorsque je fais le tour du Mall City Stars, je me sens impuissant, désespéré de ne pas pouvoir acheter ces articles luxueux. Ce sont les Arabes qui jouissent de la beauté du pays ainsi que de ses biens. C’est pour eux que le taxi de la capitale fonctionne alors que nous sommes obligés de nous entasser dans les autobus publics », s’indigne Mahmoud, fonctionnaire tout en ajoutant qu’un chauffeur de taxi avait refusé il y a deux jours de le prendre lui préférant un Arabe du Golfe. Pour lui, l’été ne sera sûrement pas une villégiature .

Dina Darwich

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