Israël, le processus de paix et le partenaire palestinien
Ahmed YoussefAl-Qoreï
Politologue
Le
mouvement national palestinien, dans sa globalité, traverse
une période difficile. Si Sharon entendait ce qui se passe
entre les factions palestiniennes aujourd’hui, il sortirait
immédiatement de son coma. En effet, l’union du rang
palestinien au cours des années de son mandat (de février
2001 à janvier 2006) représentait la pierre d’achoppement
qui l’a empêché d’exécuter son plan criminel. Lorsqu’il a
échoué à dicter ses conditions, il a renversé la table des
négociations et a commencé à exécuter des arrestations et
des assassinats parmi les cadres du Fatah et du Hamas. Par
la suite, il a présenté son plan unilatéral et a déclaré
avec arrogance qu’il allait tracer unilatéralement les
frontières d’Israël sous prétexte de l’absence de partenaire
palestinien capable d’accepter ses conditions draconiennes.
Lorsque Sharon est entré dans le coma, son adjoint Olmert a
accédé au poste de premier ministre. Mais il n’a pas réussi
à suivre sa ligne et les résultats dévastateurs de la guerre
contre le Liban ont eu un coup fatal sur sa carrière alors
qu’il croyait pouvoir devenir un Sharon n°2.
Quoi qu’il en soit, ce qui s’est passé chez les cadres du
Fatah et du Hamas était une aubaine pour Olmert qui
vacillait à la tête du gouvernement israélien. Il s’est
alors empressé d’améliorer son image et a commencé à émettre
des déclarations donnant l’impression qu’il est solidaire
avec le Fatah contre le Hamas. C’est ainsi qu’il a déclaré
que la formation d’un gouvernement palestinien modéré
permettrait la reprise des négociations afin de parvenir à
un accord permanent. Les déclarations d’Olmert sont une
explication erronée de la réalité palestinienne. En effet,
le président Abou-Mazen était honnête en déclarant que toute
personne ayant brandi l’arme contre l’autre partie était
responsable de la conjoncture actuelle. En personne
responsable, il a promulgué la décision de la formation du
nouveau gouvernement d’urgence sous la présidence du Dr
Sallam Fayad.
Ceci signifie que la durée de vie du gouvernement d’urgence
palestinien qui ne dépasse pas les 30 jours ne suffira pas
pour instaurer un processus de paix permanent qui devait
exister depuis 40 ans, depuis la promulgation de la
résolution 242 en novembre 1967. Ceci signifie aussi que les
déclarations d’Olmert sont absurdes et malhonnêtes. Elles
ont pour seul objectif d’améliorer la position de son parti
qui connaît des moments difficiles surtout après la victoire
de Barak à la tête du Parti travailliste. De plus, ce
dernier entrera certainement en concurrence avec Netanyahu
(le président du Likoud). Ce sera la deuxième concurrence du
genre après les élections de 1995. Mais les raisons de la
réussite de Netanyahu sont plus grandes aujourd’hui car
l’électeur israélien veut désormais un extrémiste, sanglant,
expansionniste et à la mauvaise langue pour accélérer le
dernier acte du processus de paix sur l’autel des massacres
interpalestiniens.
Nous avons suffisamment entendu de déclarations et de
promesses américaines et israéliennes. De plus, nous
n’accorderons pas beaucoup d’importance aux déclarations d’Olmert
car la légitimité palestinienne ne peut se lancer dans des
négociations dans les conjonctures actuelles car le monde
arabe et islamique continue à espérer l’union du rang
palestinien à cause de nombreux facteurs.
Premièrement, le peuple palestinien est plus nombreux, plus
fort et plus insistant que les deux ailles du Fatah et du
Hamas qui s’entre-tuent et qui ont détruit ensemble un
énorme édifice palestinien bâti depuis plus de 42 ans. Les
affrontements entre les cadres du Fatah et du Hamas ne
signifient pas qu’ils se sont propagés à toutes les classes,
les institutions, les organisations et les forces du peuple
palestinien à Gaza et en Cisjordanie. En effet, le Fatah et
le Hamas ne sont que deux factions des nombreuses factions
palestiniennes, plus d’une dizaine.
Deuxièmement, l’image palestinienne face à l’opinion
publique internationale s’est fort détériorée après les
affrontements entre le Fatah et le Hamas. Par conséquent, la
mission du comité arabe formé à la suite du sommet de Riyad
pour faire la propagande de l’initiative arabe est devenue
extrêmement difficile. Le comité doit alors faire marche
arrière et déclarer sa dissolution car il se devait de faire
la propagande d’une initiative formée de 7 points essentiels
dont le plus important est « l’instauration d’un Etat
palestinien indépendant souverain sur les territoires
palestiniens du 4 juin 1967 en Cisjordanie et dans la bande
de Gaza avec pour capitale Jérusalem Est ».
Personne n’écoutera un comité chargé de faire la propagande
de l’Initiative de paix arabe alors que le sang continue à
couler en Palestine. Pour sortir de cette crise, il vaudrait
mieux que le comité retourne en Cisjordanie et à Gaza afin
de concilier les conjonctures palestiniennes avant de jouer
son rôle dans la propagande du processus de paix dans la
région.
Troisièmement, le mouvement de résistance palestinienne avec
toutes ses factions et ses ailes qu’elles soient sous
l’ombrelle de l’OLP ou pas n’a pas essayé de profiter des
leçons des mouvements de libération arabes, africains ou
asiatiques qui ont réussi à réaliser l’indépendance de leurs
pays après avoir réalisé l’union du rang national entre les
divers fronts et factions sans faire couler le sang. Il
suffit de faire allusion à l’expérience de la révolution
algérienne et de l’Afrique du Sud. Par contre, dans les pays
qui ne sont pas parvenus à réaliser prématurément l’union du
rang national, les premières années d’indépendance ont été
sanglantes comme dans le cas de l’Angola.
Enfin, libérer le secteur de Gaza ou la Cisjordanie sans
Jérusalem ne réalisera pas l’espoir aspiré par la nation.
Jérusalem est la question la plus importante et Jérusalem ne
redeviendra arabe qu’avec l’union du rang et l’union de la
nation .