Une situation libanaise complexe
Salama A. Salama
Les
observateurs, toutes tendances confondues, sont d’accord :
la situation au Liban est extrêmement complexe et confuse.
Deux choix se présentent : ou bien tenter de préserver le
statu quo jusqu’à ce qu’un nouveau tournant décisif
intervienne, sinon une explosion qui viendrait dénouer cet
enchevêtrement. Ainsi la voie serait-elle ouverte à un
dialogue raisonnable et fructueux. L’autre solution est que
le Liban fasse l’objet d’une ingérence internationale
faisant de ce pays le Kosovo du Proche-Orient.
La crise libanaise peut être résumée ainsi : il y a une
partie qui tente de sauver le Liban pour lui éviter de
tomber dans le piège des conflits et des litiges régionaux,
où sont impliqués la Syrie, l’Iran et le Hezbollah d’un côté
et Israël, les Etats-Unis et l’Europe de l’autre. Et puis,
il y a une autre qui essaye d’entraîner le pays dans les
méandres d’un conflit stratégique international visant à
redessiner le Proche-Orient et ses zones d’influence.
Il semble que la première partie — soutenue partiellement
par l’Egypte et l’Arabie saoudite — est la plus faible dans
ce bras de fer que le gouvernement Siniora a tenté dès le
départ d’instaurer. Cependant, cette politique ne s’est pas
attiré de soutien suffisant de la part de la Syrie ni des
forces de la majorité sous la houlette de Hariri suite aux
différends qui les opposent. Ceci a eu lieu à l’heure où
l’autre partie a exploité les conjonctures locale, régionale
et internationale pour désagréger le front libanais et
approfondir davantage ses divergences. Cette partie a réussi
à saper le minimum d’entente qui a émergé à la suite de
l’invasion israélienne l’été dernier. Elle a réussi en plus
de reproduire les divergences, les litiges et la
manipulation de la Constitution d’une manière plus aiguë
qu’auparavant.
Ceux qui
sont le plus frappés par la surprise ce sont les Libanais,
même s’ils sont les plus résignés à la réalité qu’ils vivent
et qui est excessivement embrouillée. Les Libanais voient
aujourd’hui le dialogue comme un simple moyen d’acquérir un
gain par ci et par là en attendant de voir l’impossible se
réaliser. Sinon les efforts déployés par Amr Moussa,
secrétaire général de la Ligue arabe, auraient porté leurs
fruits. Surtout qu’ils avaient mené à une certaine entente
préliminaire en ce qui concerne les prochaines
présidentielles prévues en septembre prochain et la
formation d’un gouvernement d’union nationale. Mais une fois
le secrétaire général de la Ligue arabe parti, les discours
sur de nouveaux scénarios, dont l’éventuelle formation d’un
deuxième gouvernement d’opposition à l’instar de la
Palestine, ont repris. Une situation qui entraînerait
inévitablement le chaos total et la paralysie. J’ai eu
l’occasion d’écouter un grand responsable libanais, qui
était en visite au Caire, faire le diagnostic du cas
libanais, à la suite duquel j’étais pris par un pessimisme
sans précédent sur ce qui peut éventuellement se produire
les jours qui viendront. Il est étonnant que tout le monde
estime que l’issue dépend exclusivement de la volonté des
Libanais eux-mêmes. Il n’en demeure pas moins que le fait
d’établir une comparaison entre la situation au Liban et en
Palestine est une erreur. La démocratie libanaise a accumulé
au fil de ses expériences un crédit raisonnable qui a
préservé au pays son indépendance et sa souveraineté même
dans les moments les plus difficiles. Le Liban, de son côté,
n’est pas exposé quotidiennement à des violations et des
agressions atroces perpétrées par les forces de l’occupation
israélienne. D’autant plus que les forces syriennes ont
quitté le territoire libanais perdant une bonne partie de
leur influence. Beaucoup d’ailleurs ont prétexté qu’elles
étaient la raison principale derrière la corruption de la
vie politique libanaise. Cependant, le départ des troupes
syriennes n’a fait que compliquer davantage la situation,
quel est donc le mal capital ?
S’explique-t-il par une faiblesse intrinsèque aux forces
politiques libanaises, chacune d’entre elles s’attachant à
imposer ses conditions pour satisfaire les pressions
étrangères. Ceci s’est manifestement révélé dans la
résolution américaine imposant des sanctions à des
personnalités syriennes et libanaises. Il faut savoir dans
tous les cas que le règlement de la crise libanaise repose
en grande partie sur l’entente syro-libanaise.
Les
Libanais s’attendent-ils à une médiation franco-américaine ?
Sarkozy réussirait-il là où Amr Moussa a échoué ? Ou bien
c’est la chute de la capacité de résistance libanaise qui a
laissé la porte grand ouverte aux complots extérieurs ?