Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, A qui de prouver l’innocence d’Achraf Marwan ?
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Opinion

A qui de prouver l’innocence
d’Achraf Marwan ?

Mohamed Salmawy

De nombreuses personnes qui ont écrit sur l’accident ayant provoqué la mort de Achraf Marwan ont appelé le service de Renseignements égyptiens à l’acquitter des accusations d’espionnage portées contre lui. Celles-ci semblent être motivées par la conviction selon laquelle les appareils chargés de la sécurité nationale ont la responsabilité de répondre aux interrogations du public sur la loyauté des gens et à tout ce qui est publié dans la presse israélienne sur les hommes publics égyptiens.

D’aucuns se sont interrogés pourquoi le service de Renseignements égyptiens n’a pas apporté de réponses aux accusations d’espionnage portées contre Achraf Marwan ou à celles le taxant d’agent double. De tels griefs s’adressent en premier lieu à l’appareil de Sécurité égyptien. Le fait que le service de Renseignements égyptiens n’a pas ordonné d’ouvrir une enquête sur Achraf Marwan est en soi une preuve de son innocence.

La loyauté des citoyens ne doit pas faire l’objet de soupçon jusqu’à ce que leur innocence soit prouvée. Mais c’est plutôt le contraire qui doit avoir lieu, c’est-à-dire que, selon la règle juridique bien connue, c’est à l’accusateur d’apporter les preuves de son accusation. Les preuves présentées par les écrits israéliens : des visites effectuées par Achraf Marwan à l’ambassade d’Israël pour proposer ses services, des rencontres avec le chef du service de Renseignements israéliens, ou une information transmise à Israël, selon laquelle l’Egypte allait l’attaquer le 6 octobre 1973. Il est probable que la plupart de ces informations ont effectivement eu lieu. Mais les présenter comme étant la preuve que Marwan était un espion ne peut être qu’une simple déduction dépourvue de preuves ou un moyen de souiller son image et sa réputation. Le fait d’avoir rencontré des responsables israéliens est vide de sens et n’entraîne pas nécessairement une déduction pareille. De nombreux responsables égyptiens ont rencontré les chefs du service de Renseignements israéliens, à leur tête le chef d’Etat de l’époque et des commandants connus pour leur intégrité et patriotisme, comme le maréchal Abdel-Ghani Al-Gamassi. D’ailleurs, de nombreux Egyptiens, et notamment des responsables, ont été accueillis dans les ambassades israéliennes dans plusieurs Etats du monde.

L’important dans tout contact avec les appareils de sécurité d’un autre Etat est le cadre dans lequel il est effectué et non pas le contact en tant que tel. C’est pourquoi l’allégation selon laquelle les contacts effectués par Achraf Marwan avec le service de Renseignements israéliens font partie d’une opération d’espionnage manque cruellement de preuves. Surtout à la lumière de déclarations émanant de la plus haute autorité en Egypte confirmant le rôle patriotique joué par Achraf Marwan pendant la guerre d’Octobre. Ce dernier a été par ailleurs décoré après la fin de la guerre par le président de la République. Et puisqu’Achraf Marwan n’a pas fait la guerre en 1973 et n’avait pas tenu de rôle politique officiel pendant cette guerre, il est certain que la mission nationale qu’il a assumée s’axait autour de ces contacts non déclarés et qui se sont effectués sous la supervision de la plus haute autorité politique en Egypte.

La recherche qui doit s’effectuer doit se concentrer sur les raisons ayant incité les Renseignements israéliens à cibler Achraf Marwan par ces accusations tout au long des quatre dernières années. C’est là que nous trouverons les preuves de l’innocence de cet homme. Celle-ci n’est pas à rechercher auprès du service de Renseignements égyptiens, mais auprès d’Israël qui a considéré comme nuisible l’action d’Achraf Marwan. D’où son désir de régler ses comptes avec lui. Les mêmes sources israéliennes ayant taxé Achraf Marwan d’espion sont celles qui ont confirmé avoir été bluffées par lui. Réside-t-il dans cette reconnaissance les raisons qui les ont amenées à souiller sa réputation de cette manière ? L’action de Marwan était une œuvre personnelle, ou bien a-t-elle eu lieu conformément à un plan agréé par la partie égyptienne en conformité avec des préparatifs d’une guerre en vue ? A quel point les contacts de Marwan avec Israël ont désorienté celui-ci ? Cette action était-elle à l’origine des tentatives d’Israël de souiller la réputation de l’homme ?

Certains même sont allés jusqu’à se demander pourquoi Achraf Marwan n’a-t-il pas intenté un procès contre ceux qui l’ont accusé ? Cette interrogation est toute aussi naïve que le fait de demander au service de Renseignements de répondre aux mêmes accusations. Les contacts qu’a effectués Achraf Marwan avec Israël ne concernent pas sa seule intégrité, mais portent sur celle de l’un des plus importants appareils de l’Etat. Le fait de dévoiler les détails de ces contacts dont Marwan était l’intermédiaire dans le cadre d’un procès public aurait certes profité à Achraf Marwan. Mais il aurait également dévoilé des secrets qui doivent le rester. Si Achraf Marwan n’était pas intègre, il aurait entrepris un tel pas sans se soucier de la sécurité nationale de son pays. Le fait qu’il a refusé de recourir à la justice est une preuve supplémentaire de l’objectif patriotique qui a dicté ses contacts avec la partie israélienne.

Dans la même logique, le fait que le service de Renseignements égyptiens s’est refusé à tout débat avec Israël sur cette question, qui se serait étalé sur les pages des journaux des deux pays, est une preuve de l’intégrité de cet appareil. Si celui-ci avait décelé la moindre incartade dans les contacts d’Achraf Marwan, il aurait agi autrement. Il n’est pas logique que ce service poursuive deux jeunes Egyptiens pour des informations d’importance minime qu’ils ont transmises à Israël et qu’il porte, ces derniers mois, leurs affaires devant la justice, alors qu’il ferme les yeux sur celui qui aurait transmis à Israël la date de l’offensive militaire égyptienne du 6 Octobre 1973.

L’innocence d’Achraf Marwan n’est pas à rechercher auprès du service de Renseignements égyptiens ni auprès des tribunaux, mais elle est à rechercher auprès de la partie qui a adressé cette accusation pour se venger de lui. Une partie qui peut être également derrière l’accident dont il a été victime dans son appartement londonien, à un moment où sa voiture l’attendait en bas de sa maison pour le transporter à l’aéroport, où il devait prendre l’avion à destination de New York.

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