Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs | A sec, le village crie au secours
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Nulle part ailleurs

Eau potable . Les villageois de Borg Al-Borollos, dans le Delta, souffrent depuis deux mois d’une grave pénurie. Manifester bruyamment et en nombre pour dénoncer le désintérêt des autorités à leur égard a apporté un maigre espoir de solution. Reportage.

A sec, le village crie au secours

A 300 kilomètres, au nord du Caire, les 40 000 habitants de Borg Al-Borollos ont la vie impossible. Dans ce village, une scène est quotidienne : les habitants, jerricanes à la main, encerclent le camion de ravitaillement en eau. Des femmes jeunes, âgées, enceintes, accompagnées d’enfants en bas âge se querellent avec les hommes pour être les premières à pouvoir remplir leurs bidons. « Le camion transporte une quantité insuffisante d’eau, seuls les premiers sont servis. Les autres doivent attendre encore quelques jours, qu’un autre camion nous fasse l’honneur de venir », lâche Soad Ali, mère de trois enfants, dont un nourrisson couvert d’une allergie due à la mauvaise hygiène de vie sans eau. Elle explique que ce camion appartient à un privé, et que les habitants le contactent quand leurs réserves en eau s’amoindrissent. « On doit le payer au minimum 20 L.E. pour l’appâter, sinon il nous fait attendre de 2 à 3 jours sans une goutte d’eau », s’insurge Soad qui a un budget de 100 L.E. par semaine pour couvrir ses besoins en ce précieux liquide. Une charge supplémentaire pour la majorité des habitants de ce village de pêcheurs.

Ce camion privé qui visite le village 2 fois par semaine est le seul secours pour les citoyens de Borg Al-Borollos. C’est la première fois que les habitants ont recours à ce système précaire, depuis qu’ils sont sans eau courante depuis près de 2 mois. Le village, situé à l’extrémité du réseau de distribution d’eau potable et à 40 km de la station de pompage d’eau de Baltim, ne bénéficie que d’un faible débit d’eau courante. Sa capacité n’a pas augmenté depuis 10 ans, faute de financement. Alors que le nombre d’usagers a crû. Le problème atteint son paroxysme pendant la saison estivale puisque le gouvernorat de Kafr Al-Cheikh détourne l’eau du réseau au profit de la station balnéaire de Baltim, se désintéressant totalement des villageois de Borg Al-Borollos.

Pour régler le problème, le gouvernorat met en place un plan original de distribution : deux heures toutes les deux semaines par quartier est jugé suffisant selon les responsables ! Dès que l’eau jaillit des robinets, non seulement tous les membres de ces familles chanceuses remplissent hâtivement toutes sortes de récipients, de peur d’une coupure soudaine, mais en plus, tous les voisins, dont le tour de ravitaillement n’est pas encore arrivé, pressent le pas vers ces foyers avec l’espoir de remplir au moins un jerricane. Sinon ils doivent contacter le propriétaire du camion, ou bien attendre celui du gouvernorat, s’il décide d’arriver. « Celui-ci distribue l’eau gratuitement, il a une capacité de 30 m3 et ne vient qu’à l’aube sans nous prévenir », dénonce Fawzi Chahine, fonctionnaire, tout en se plaignant du fait qu’il n’arrive pas toujours à se lever tôt pour aller à son travail car il passe la nuit à attendre ce « mirage ».

« Nous voulons juste boire ! »

De quoi provoquer la colère des habitants si l’on sait que le camion officiel a disparu pendant 2 mois successifs. Leur seule solution a donc été de manifester bruyamment à la fin du mois de juin. Le jour, les habitants des 6 localités de Borg Al-Borollos se sont rassemblés sur l’autoroute menant à Baltim, pour empêcher les vacanciers d’atteindre cette localité. « Nous voulons juste boire ! », ont-ils scandé. Une manifestation qui a duré 10 heures. « Nous ne sommes pas violents. Nous voulons seulement nous faire entendre des responsables. Tout ce que nous demandons, c’est le rétablissement de l’eau. Un de nos simples droits », déclare Ramadan Al-Bitaï, jeune pêcheur du village. Les habitants n’ont reçu que des promesses de la part des responsables, qui cherchaient avant tout à disperser les manifestants. Le lendemain, l’eau a coulé en grande quantité, mais les robinets sont restés désespérément secs.

Du coup, dès qu’une personne étrangère au village apparaît dans les rues, elle est prise pour un responsable administratif. Les enfants se lamentent : « Nous voulons de l’eau potable. Nous en avons assez de l’eau salée ». Les habitants entourent l’étranger et insistent à lui montrer leur seule ressource pour survivre : al-tromba, « un puits improvisé muni d’un système de pompe ». Ce point d’eau, situé aux confins du village, dans la localité d’Al-Chouri, pompe de l’eau salée, non potable et d’une couleur suspecte. Là-bas, dès que le propriétaire montre son nez, tous les villageois hurlent et se pressent pour puiser un peu d’eau. On refuse d’avouer si ce service salé est payant ou pas, de peur d’être ensuite puni par le propriétaire et interdit de ravitaillement. Pour ceux qui subissent le mécontentement de celui-ci, il existe un autre point d’eau, toujours salé, au pied d’une dune de sable. Dans la localité d’Al-Ghalemiya des dizaines d’enfants creusent profondément le sol à main nue, sous un soleil de plomb, à la recherche d’un peu d’eau souterraine. Celle-ci, également impropre à la consommation, est rare. A environ un mètre de profondeur, le sable est humide et un peu en dessous, apparaît une eau saumâtre. Les enfants hurlent alors : « De l’eau, de l’eau !! ». Leurs mères viennent remplir des récipients en plastique. Certaines assoiffées s’empressent de la boire telle quelle, boueuse et pleine de sable. Elles lancent des youyous de joie et invitent leurs voisins à venir en profiter. Mais la poche est dérisoire et ils recommencent l’opération un peu plus loin.

Du fait de cette situation, l’hépatite B, les insuffisances rénales et les diarrhées sont omniprésentes. Mais de leur côté, les responsables estiment que les villageois d’Al-Borollos exagèrent leur problème dans les médias. « Il existe un tableau de distribution de l’eau qui est respecté depuis des années. Ce qui a causé la crise de ces derniers mois, c’est la multiplication des ramifications illégales du réseau. Ce qui empêche l’eau d’arriver dans ce village situé à l’extrémité du réseau », lance Rachad Abdel-Moneim, le chef du village de Borg Al-Borollos.

Il n’empêche que les habitants ont malgré tout obtenu un petit espoir après leur manifestation. Rachad affirme que ces raccordements illégaux vont être éradiqués et que le nombre de camions de ravitaillement en eau va doubler. Un projet spécial concernant le problème de Borg Al-Borollos est d’ailleurs à l’étude. Il s’agit de construire une station de pompage d’eau d’une capacité de 600 L/seconde et qui devrait être achevée en août 2008. En attendant, le gouvernorat a proposé d’installer des citernes de réserve. Un projet qui rencontre cependant une large opposition. « Nous refusons cette solution car des rumeurs disent que ces citernes provisoires vont en fait devenir définitives », explique Ali Al-Qassas, l’un des habitants du village, craignant que le projet de station ne soit jeté aux calendes grecques .

Héba Nasreddine
Stéphanie Salha

 




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