Liban .
Les combats se poursuivent toujours autour du camp de Nahr
Al-Bared. Un camp qui ne représente finalement que la partie
émergée de l’iceberg islamiste.
Risque de pourrissement
Les combats ont repris à nouveau au Nord-Liban. Lundi,
l’armée a bombardé, à deux reprises, les positions des
islamistes dans le camp palestinien de Nahr Al-Bared, dans
le nord, où vivent encore plusieurs centaines de réfugiés
qui souffrent du manque d’eau et de vivres. L’armée a
bombardé au canon les combattants du Fatah Al-Islam qui
tiraient des rafales d’armes légères en direction de ses
positions autour du camp. Les combattants du groupe
salafiste, assiégés depuis le 20 mai dans Nahr Al-Bared, à
présent détruit à 80 %, sont désormais retranchés dans un
réduit dans la partie sud du camp. 400 civils palestiniens,
sur une population de 31 000 réfugiés avant les combats,
vivent toujours à Nahr Al-Bared. « Ils se trouvent encore
dans le dernier carré contrôlé par une centaine de membres
du Fatah qui empêchent les combattants islamistes d’entrer
dans cette zone », a affirmé lundi Sultan Aboul-Aynaïn,
responsable au Liban du parti Fatah du président palestinien
Mahmoud Abbass.
Les combats, qui ont débuté le 20 mai, se concentrent autour
de ce camp de réfugiés palestiniens, où sont retranchés les
islamistes du groupuscule du Fatah Al-Islam, cernés par
l’armée qui les bombarde quotidiennement. Mais des violences
ont également éclaté à plusieurs reprises aux alentours du
camp, notamment à Tripoli. Le Fatah Al-Islam, qui se dit
idéologiquement proche d’Al-Qaëda, compte des combattants
palestiniens mais aussi saoudiens, iraqiens et syriens,
selon l’armée libanaise. Au début des combats, les autorités
avaient estimé à 250 le nombre d’hommes du Fatah Al-Islam.
Les combats ont éclaté lorsque ce groupuscule a lancé une
série d’attaques contre l’armée aux alentours de Nahr
Al-Bared, dans la ville voisine de Tripoli et ses environs.
Ces combats, les plus meurtriers depuis la fin de la guerre
civile en 1990, ont fait au moins 173 morts, dont 85 soldats
et au moins 65 islamistes.
Le
risque le plus grave est un pourrissement de la situation,
lourd de conséquences pour le pays du Cèdre. Pour les
autorités libanaises et les experts basés à Beyrouth, Nahr
Al-Bared n’est que la partie émergée d’un dangereux iceberg
islamiste. « Le réseau d’Al-Qaëda est présent au Liban »,
assure le ministre de la Défense, Elias Murr. « 90 % des
Libanais soutiennent leur armée, mais une minorité agissante
va être sensible à la propagande radicale. Sur Internet, on
traite le chef d’état-major, chrétien, de général croisé. Et
l’impact des images des avions américains remplis d’armes se
posant à Beyrouth est dévastateur », estime un diplomate.
Une rumeur a couru, dans les forums djihadistes, selon
laquelle des vedettes de la Force Intérimaire des Nations-Unies
au Liban (FINUL) avaient tiré sur Nahr Al-Bared. « Faux bien
sûr », affirme le diplomate. « Mais si assez de gens le
croient cela n’a plus d’importance. L’effet est le même ».
A
Tripoli, un bon connaisseur des mouvements sunnites locaux,
tellement proche des milieux djihadistes qu’il ne veut pas
être identifié, affirme que « vous avez dans Nahr Al-Bared
des anciens combattants contre l’armée à Danniyé. C’est la
suite. J’ai des noms ... ». Fin décembre 1999-début janvier
2000, un maquis intégriste sunnite s’est constitué dans
cette région montagneuse au nord-est de Tripoli. Les
affrontements ont fait trente morts, dont onze soldats et
quinze islamistes. « Je sais que le Fatah Al-Islam a des
cellules à Tripoli, qui se tiennent tranquilles pour ne pas
se faire repérer. Elles sont traquées, mais certaines sont
en liberté. Que vont-elles faire ? », ajoute-t-il. Pour le
général libanais à la retraite Wehbé Katicha, « c’est
inquiétant. L’armée va désormais tenter de les empêcher de
s’installer dans des bases sûres, comme certains camps
palestiniens. Retirer l’eau pour les poissons. Il pourra y
avoir des cellules isolées : il faut les priver d’espace
vital ». Pour le diplomate, « le Liban n’est plus une base
arrière : c’est le front. La graine a été plantée. Nahr
Al-Bared va radicaliser certains groupes et faire naître des
projets. Et si jamais les chefs du Fatah Al-Islam s’en
sortent, ils vont devenir de nouveaux Zarqaoui, des légendes
... » .
Hicham Mourad