Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Risque de pourrissement
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Liban . Les combats se poursuivent toujours autour du camp de Nahr Al-Bared. Un camp qui ne représente finalement que la partie émergée de l’iceberg islamiste.

Risque de pourrissement

Les combats ont repris à nouveau au Nord-Liban. Lundi, l’armée a bombardé, à deux reprises, les positions des islamistes dans le camp palestinien de Nahr Al-Bared, dans le nord, où vivent encore plusieurs centaines de réfugiés qui souffrent du manque d’eau et de vivres. L’armée a bombardé au canon les combattants du Fatah Al-Islam qui tiraient des rafales d’armes légères en direction de ses positions autour du camp. Les combattants du groupe salafiste, assiégés depuis le 20 mai dans Nahr Al-Bared, à présent détruit à 80 %, sont désormais retranchés dans un réduit dans la partie sud du camp. 400 civils palestiniens, sur une population de 31 000 réfugiés avant les combats, vivent toujours à Nahr Al-Bared. « Ils se trouvent encore dans le dernier carré contrôlé par une centaine de membres du Fatah qui empêchent les combattants islamistes d’entrer dans cette zone », a affirmé lundi Sultan Aboul-Aynaïn, responsable au Liban du parti Fatah du président palestinien Mahmoud Abbass.

Les combats, qui ont débuté le 20 mai, se concentrent autour de ce camp de réfugiés palestiniens, où sont retranchés les islamistes du groupuscule du Fatah Al-Islam, cernés par l’armée qui les bombarde quotidiennement. Mais des violences ont également éclaté à plusieurs reprises aux alentours du camp, notamment à Tripoli. Le Fatah Al-Islam, qui se dit idéologiquement proche d’Al-Qaëda, compte des combattants palestiniens mais aussi saoudiens, iraqiens et syriens, selon l’armée libanaise. Au début des combats, les autorités avaient estimé à 250 le nombre d’hommes du Fatah Al-Islam. Les combats ont éclaté lorsque ce groupuscule a lancé une série d’attaques contre l’armée aux alentours de Nahr Al-Bared, dans la ville voisine de Tripoli et ses environs. Ces combats, les plus meurtriers depuis la fin de la guerre civile en 1990, ont fait au moins 173 morts, dont 85 soldats et au moins 65 islamistes.

Le risque le plus grave est un pourrissement de la situation, lourd de conséquences pour le pays du Cèdre. Pour les autorités libanaises et les experts basés à Beyrouth, Nahr Al-Bared n’est que la partie émergée d’un dangereux iceberg islamiste. « Le réseau d’Al-Qaëda est présent au Liban », assure le ministre de la Défense, Elias Murr. « 90 % des Libanais soutiennent leur armée, mais une minorité agissante va être sensible à la propagande radicale. Sur Internet, on traite le chef d’état-major, chrétien, de général croisé. Et l’impact des images des avions américains remplis d’armes se posant à Beyrouth est dévastateur », estime un diplomate. Une rumeur a couru, dans les forums djihadistes, selon laquelle des vedettes de la Force Intérimaire des Nations-Unies au Liban (FINUL) avaient tiré sur Nahr Al-Bared. « Faux bien sûr », affirme le diplomate. « Mais si assez de gens le croient cela n’a plus d’importance. L’effet est le même ».

A Tripoli, un bon connaisseur des mouvements sunnites locaux, tellement proche des milieux djihadistes qu’il ne veut pas être identifié, affirme que « vous avez dans Nahr Al-Bared des anciens combattants contre l’armée à Danniyé. C’est la suite. J’ai des noms ... ». Fin décembre 1999-début janvier 2000, un maquis intégriste sunnite s’est constitué dans cette région montagneuse au nord-est de Tripoli. Les affrontements ont fait trente morts, dont onze soldats et quinze islamistes. « Je sais que le Fatah Al-Islam a des cellules à Tripoli, qui se tiennent tranquilles pour ne pas se faire repérer. Elles sont traquées, mais certaines sont en liberté. Que vont-elles faire ? », ajoute-t-il. Pour le général libanais à la retraite Wehbé Katicha, « c’est inquiétant. L’armée va désormais tenter de les empêcher de s’installer dans des bases sûres, comme certains camps palestiniens. Retirer l’eau pour les poissons. Il pourra y avoir des cellules isolées : il faut les priver d’espace vital ». Pour le diplomate, « le Liban n’est plus une base arrière : c’est le front. La graine a été plantée. Nahr Al-Bared va radicaliser certains groupes et faire naître des projets. Et si jamais les chefs du Fatah Al-Islam s’en sortent, ils vont devenir de nouveaux Zarqaoui, des légendes ... » .

Hicham Mourad

 

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