Iraq.
Alors que la violence a atteint cette semaine un triste
record, les dissensions politiques entre le gouvernement et
les Sadristes ont repris de plus belle.
De bourbier en bourbier
«
Le gouvernement Maliki touche à sa fin. Les prochains jours
vont le montrer. En ce qui nous concerne, (ce gouvernement)
est fini, comme il est fini du point de vue de l’occupant »,
a déclaré dimanche Ahmed Al-Shaibani, un proche de Moqtada
Sadr, lors d’une conférence de presse à l’université de
Koufa (150 km au sud de Bagdad). Ajoutant la pression sur le
gouvernement, le mouvement Sadr a laissé entendre que le
soutien des Etats-Unis au gouvernement Maliki s’effritait.
Le dirigeant sadriste réagissait ainsi aux déclarations du
premier ministre, qui s’en était pris la veille dans des
termes très nets et sans précédent au mouvement sadriste, un
ex-allié devenu son principal opposant. « Il n’est pas
possible de mettre un pied dans le processus politique et
l’autre dans la terreur et la violence », a déclaré M.
Maliki en appelant les leaders sadristes à se démarquer «
clairement » des violences s’ils veulent participer au
processus politique de réconciliation nationale.
En toile de fond du bras de fer entre le gouvernement et le
mouvement du leader radical chiite iraqien Moqtada Sadr,
Bagdad était secoué par deux attentats à la voiture piégée
dimanche qui ont fait huit morts. Deux attaques qui sont
survenues après une vague d’attentats particulièrement
sanglants ces derniers jours dans le pays, en dépit d’un
plan de sécurisation de l’armée américaine centré
principalement sur Bagdad. La journée de samedi avait
également été marquée par l’attentat le plus meurtrier
depuis deux mois et demi en Iraq : 140 personnes ont été
tuées et 270 autres blessées par l’explosion d’un camion
piégé, déclenchée par un kamikaze à Ermeli, un village du
nord de l’Iraq.
C’est la première fois que Nouri Al-Maliki attaque en des
termes aussi nets son ancien allié sadriste, qui lui a
permis d’accéder au pouvoir en mai 2006, avant de devenir
récemment son principal opposant. M. Maliki a aussi appelé
les leaders du mouvement sadriste à prendre « des décisions
claires » afin de « ne pas prendre la responsabilité de
l’utilisation du nom Sadr dans les meurtres et les
opérations illégales », selon un communiqué de son bureau.
Il faisait ainsi allusion à de récents affrontements
meurtriers entre des miliciens chiites de l’armée du Mahdi
de Moqtada Sadr et les forces de sécurité à Samawa et
Diwaniyah, deux villes au sud de Bagdad.
Pour le mouvement sadriste, les propos de M. Maliki
constituent un « feu vert donné aux troupes d’occupation
pour attaquer et annihiler le mouvement Sadr ». Au cours des
derniers mois, les forces américaines ont mené plusieurs
raids contre les bastions de l’armée du Mahdi de Moqtada
Sadr à Bagdad, tandis que l’armée britannique combat depuis
plusieurs jours ces miliciens chiites dans le sud du pays.
Le commandement militaire américain accuse l’armée du Mahdi
d’être à l’origine de nombreuses violences à motivation
confessionnelle et affirme avoir des preuves selon
lesquelles certains de ses membres appartiendraient à des
cellules secrètes contrôlées par des officiers de la force
Quds du voisin iranien.
Controverse sur le pétrole
Ce bras de fer politique a aussi pour origine une
controverse autour d’une nouvelle loi sur le pétrole. Une
loi qui a suscité le mécontentement non seulement des
Sadristes, mais aussi d’autres mouvances politiques.
Considérée par Washington comme un élément essentiel de la
réconciliation nationale en Iraq, cette loi, visant à
partager équitablement les revenus du pétrole brut entre les
18 provinces, est un sujet particulièrement sensible dans ce
pays assis sur les troisièmes réserves mondiales d’or noir.
Le vent de fronde contre ce projet, adopté à l’unanimité la
semaine dernière par le gouvernement de Maliki, pourrait
reporter son éventuelle adoption à la rentrée de septembre,
en dépit de la prolongation d’un mois de la session
parlementaire, qui s’achèvera fin juillet. Le groupe Sadr a
fait savoir qu’il s’opposerait catégoriquement à toute loi
permettant à des sociétés dont « les pays occupent l’Iraq »
de conclure des accords pétroliers avec l’Iraq, en allusion
aux Etats-Unis, à la Grande-Bretagne et à leurs alliés.
C’est justement ce que prévoit l’un des articles du texte. «
C’est la chose à laquelle nous sommes le plus opposés », a
averti le leader sadriste au Parlement, Nassar Al-Roubaie.
Ce type d’accord reviendrait à « sous-estimer la
souveraineté de l’Iraq à court terme et à lui retirer sa
souveraineté sur le long terme », a ajouté le député de ce
groupe, qui occupe 32 des 275 sièges de l’Assemblée. Les
Kurdes, en revanche, ne sont pas opposés à cet aspect de la
loi. Car les investisseurs étrangers sont attirés par le
Kurdistan, région du nord de l’Iraq épargnée par les
violences. Le gouvernement régional du Kurdistan proteste
surtout contre le fait de ne pas avoir été consulté avant
l’adoption d’un amendement au texte en Conseil des ministres
et mis en garde contre tout changement touchant à sa
substance. De son côté, le Front iraqien de la concorde,
principal groupe sunnite au Parlement, a lui aussi déploré
l’absence de consultation : « Nous ne savons rien au sujet
de la dernière version adoptée en Conseil des ministres ».
Les débats sur l’examen du texte, qui doivent débuter dans
les jours à venir, s’annoncent donc houleux et risquent
d’envenimer davantage la crise politique .
Abir
Taleb