Lecture.
La bibliothèque Moubarak à Guiza, avec 18 000
visiteurs en juin, vient illustrer une demande importante
sur la lecture et les activités culturelles, mais son public
est majoritairement fait d’enfants. reportage.
Lire dans un vieux palais
«
Avec nous, vous allez découvrir le plaisir de la culture et
de la connaissance », c’est par cette petite affiche que la
bibliothèque, rue Al-Bahr Al-Aazam, à Guiza, qui occupe l’un
des vieux palais, accueille ses visiteurs. Ouvrant ses
portes au public pour la première fois en 1989, cette
bibliothèque propose cet été un programme culturel qui se
veut riche et varié pour les enfants aussi bien que pour les
adultes. Avec la fin des examens, un afflux de visiteurs est
attendu, surtout que les services offerts par cette
bibliothèque couvrent plusieurs quartiers : Haram, Manial,
Badrachein et Garden City. C’est-à-dire, des lecteurs de
toutes les classes sociales confondues. Le prix d’abonnement
le démontre : 25 L.E., selon les responsables du lieu qui
affirment avoir accueilli en juin dernier 18 600 visiteurs.
Chiffre important ! Mais c’est facile d’y croire en faisant
le premier pas dans la salle d’accueil. De longues queues
d’attente et des enfants qui font sans cesse des va-et-vient
entre le hall et la salle de lecture. Celle-ci se trouve au
premier étage, juste à gauche. L’intérieur est aussi bourré
de monde. Des enfants en pleine activité, facile de lire la
joie sur leurs visages. « Cette salle se présente comme un
laboratoire où on prépare l’enfant pour devenir un jour un
lecteur adulte », dit Marwa Mohamad, responsable de la salle
des enfants.
A droite, un groupe de petits assis autour d’une table
ronde, et totalement absorbés dans la lecture des « Quatre
petits chats ». Un peu plus loin, Radwa, une fillette de 12
ans, hésite encore à choisir son livre. Elle connaît
d’ailleurs bien les lieux. Avant de se diriger à leur
travail, ses parents l’accompagnent jusqu’ici tous les
matins. « Je me sens à l’aise ici et je ne veux pas rater un
jour de vacances sans venir à la bibliothèque », dit-elle.
Un peu plus loin, Sawsane, une bibliothécaire s’est mise à
parler avec une dizaine d’enfants des dinosaures, leur
forme, leur nature ... mais les histoires qu’elle raconte ne
s’arrêtent pas là. « Notre objectif est que l’enfant dans
cette bibliothèque s’amuse et s’informe », affirme Sawsane.
Ainsi vers la fin de la journée, ces petits vont-ils se
lancer dans une sorte de concours, questions et réponses sur
les dinosaures. Et le prix est certainement un livre. Les
parents sont invités aussi à se rendre à la bibliothèque, et
à raconter des histoires à leur enfant. Ils sont simplement
guidés par une assistante de la bibliothèque pour déterminer
le livre qui convient à l’âge de leurs enfants.
C’est le
projet nommé « Lire pour ton enfant » introduit désormais
dans la plupart des bibliothèques. « Les parents sont les
premiers enseignants qui ont le plus d’influence sur
l’enfant tout à fait au début », dit Marwa. Omar, ce gamin
de 6 ans, vient, il est vrai, pour une autre raison : la
vidéo. Comme il n’a pas de satellite chez lui, il vient ici
« pour voir les dessins animés de Tom and Jerry et Winnie
the Pooh ». « C’est mon endroit préféré », avoue-t-il.
On veut
cependant davantage motiver ces petits lecteurs. Tel est
d’ailleurs l’objectif du festival. Un programme culturel dit
« Connais ton pays » a ainsi été lancé. L’idée est assez
simple, des excursions et des visites touristiques avec pour
but la découverte d’une personnalité célèbre. Salah Jahine,
le caricaturiste et poète sarcastique, pour commencer en
juillet. Il sera suivi par le géographe Gamal Hamdan en août,
puis par la diva Oum Kalsoum en septembre. Une voix vient
interrompre le silence qui règne dans la salle de lecture. «
C’est l’heure des activités artistiques ». Il se précipitent
en dehors de la salle, en direction du coin des activités
dans le jardin de la bibliothèque. On dessine, colorie sur
verre, tissus. Des pâtes à modeler. Créativité enfantine
mais impressionnante.
Une
bibliothèque pour enfants ? En fait, on voit des petits
partout et d’une certaine manière comme l’explique Ali Sobhi,
intellectuel dont les filles fréquentent la bibliothèque, de
nombreux parents considèrent la « lecture comme une activité
extra-scolaire, pédagogique en quelque sorte, destinée donc
aux petits. Lire pour le simple plaisir de lire reste encore
un luxe ». Pourtant, les adultes ont un large éventail de
choix. Le deuxième étage leur est consacré avec des ouvrages
en arabe, anglais et français. Mais en y pénétrant, on est
choqué. La salle est déserte. Nawal Salah, la surveillante,
explique cette absence par le fait que les plus grands «
s’intéressent beaucoup plus aux cours d’anglais et
d’informatique dispensés par la bibliothèque. Il n’ont pas
le temps de venir lire. Ils viennent seulement pour les
emprunter et les lire chez eux quand ils ont le temps ».
Saïd Mohamad, 30 ans, la seule personne qui existe dans ce
lieu. Diplômé d’un institut technique commercial, tient
toujours à se rendre à la bibliothèque pendant le week end.
« La lecture est un moyen indispensable pour s’ouvrir à la
culture de l’autre », dit Saïd, avant de commencer à
feuilleter son livre intitulé Des extraits de la pensée
américaine. Tout au fond de la salle de la lecture, une
dizaine de filles se sont assises autour d’une longue table
suivant attentivement les explications de Mokhtar,
l’enseignant de l’anglais. Une leçon sur les plats européens.
« Le hamburger est nommé ainsi parce qu’il est apparu pour
la première fois à Hamburg en Allemagne », dit l’intervenant.
Aliaa
Al-Korachi