Ministre des Finances,
Youssef Boutros-Ghali
explique la politique du gouvernement pour stimuler
l’activité économique, réduire le déficit budgétaire et
répondre aux besoins des secteurs prioritaires de
l’éducation et de la santé.
«
La nouvelle loi fiscale sert les intérêts
de toute la
société »
Al-Ahram
Hebdo : Le déficit budgétaire a augmenté de façon
considérable au cours de ces dernières années, ce qui
affecte la capacité de l’Etat à financer les besoins des
services essentiels comme la santé, l’éducation et autres.
Comment entendez-vous réduire ce déficit ?
Youssef Boutros-Ghali :
Depuis que j’ai pris mes fonctions, je me suis engagé à
réduire le déficit budgétaire d’environ 9,6 % du PIB en
2004/05 à 4 % en 2010/11. Les résultats obtenus jusqu’ici
prouvent que nous sommes sur la bonne voie : le déficit dans
le budget de 2007/08 ne dépasse pas les 6,9 %. La
philosophie de la réforme financière suit actuellement une
méthode économique ouverte visant à donner un élan à
l’activité économique et à réaliser des taux élevés de
création d’emplois. Ce qui permet ensuite d’augmenter les
revenus fiscaux. En plus, des mesures structurelles sont
adoptées pour éviter d’épuiser les ressources de l’Etat dans
des gros investissements.
Quant aux besoins des secteurs essentiels de
l’éducation, de la santé et autres, je précise que les
sommes proposées à l’éducation dans le budget de 2007/08
sont de l’ordre de 3,8 milliards de L.E., en augmentation de
28,7 % par rapport à l’an passé. Pour le secteur de la
santé, elles sont de 10,7 milliards, ce qui représente une
hausse de 13,6 %. Les deux secteurs ensemble représentent 6
% du total des dépenses du budget. Celles consacrées aux
considérations sociales dans le budget de 2007/08 sont de
136 milliards de L.E., contre 123 milliards en 2006/07.
Enfin, la Haute-Egypte, longtemps négligée, bénéficiera
d’une aide de 1 milliard de L.E., dont 200 millions dans le
budget de 2007/08.
—
Nombreux sont ceux qui pensent que la nouvelle loi fiscale a
servi les intérêts des hommes d’affaires au détriment des
simples fonctionnaires. Comment l’expliquez-vous ?
— Ce point de vue manque de précision. La nouvelle loi
fiscale a été formulée de façon à servir les intérêts de
toute la société, notamment ceux des classes aux revenus
limités que ce soit en diminuant largement leurs charges
fiscales ou en les exemptant totalement des impôts. La
nouvelle loi sert à la fois les intérêts de l’investisseur
et du consommateur, du fonctionnaire et du patron, des
secteurs des services et des secteurs de production. Je
dirais même que la nouvelle loi réalise l’intérêt autant du
contribuable que de la trésorerie de l’Etat, ce qui sert en
fin de compte l’intérêt du citoyen égyptien.
Les fonctionnaires et les classes aux revenus limités
sont ceux qui ont le plus profité de la nouvelle loi puisque
la limite d’exemption des impôts a été portée à 5 000 L.E.
Et pour la première fois, l’épouse profite, sur son propre
revenu, du même taux d’exemption que celui de son mari. Et
ce en plus d’une exemption personnelle de 4 000 L.E. sur les
salaires. D’un autre côté, les tranches fiscales ont été
élargies de façon à garantir plus de profits aux classes aux
bas revenus, tout en diminuant les taux des impôts : 10 %
d’impôts sur les revenus allant jusqu’à 20 000 L.E. ; 15 %
pour les revenus jusqu’à 40 000 L.E. ; 20 % sur les revenus
dépassant les 40 000 L.E. Enfin, les taxes du développement
ont été supprimées.
Selon les calculs de l’Organisme des impôts, les
contribuables dont les revenus tournent autour de 13 000
L.E. par an ont économisé plus de 75 % des impôts qu’ils
payaient auparavant. Ceux dont les revenus sont de l’ordre
de 17 000 ou 18 000 L.E. ont économisé entre 56 % et 59 %.
Enfin, ceux qui gagnent 21 000 L.E. ont fait 48,5 %
d’économie.
Il ne faut pas oublier les exemptions particulières
que l’Etat a octroyées aux fonctionnaires depuis 1992. Plus
de 5,5 millions de fonctionnaires de l’Etat travaillant dans
le secteur public et le secteur des affaires ont profité de
cette exemption, en plus de ceux qui travaillent dans le
secteur privé. Ceci signifie que le fonctionnaire dont le
revenu annuel est de 44 000 L.E. paie des impôts entre 4 et
5 % de son revenu.
Je voudrais une autre fois assurer que l’objectif de
cette loi est de donner un élan à l’économie égyptienne en
activant autant l’offre que la demande, tout en favorisant
les classes les plus démunies que ce soit par les exemptions
que nous avons citées ou par un autre moyen, celui de
l’augmentation de salaires qui est entrée en vigueur depuis
l’année financière 2005/06, en application du programme
électoral du président Moubarak.
—
Pourquoi la campagne de sensibilisation fiscale a-t-elle
visé particulièrement les petits fonctionnaires et
commerçants et négligé les classes aisées ?
— La campagne de sensibilisation fiscale a visé toutes
les classes de la société. Mais les commerçants ont besoin
d’une sensibilisation particulière parce qu’ils représentent
le secteur le plus large après celui des fonctionnaires. La
campagne a adressé des messages à toutes les classes de la
société. Elle s’est concentrée sur les commerçants et les
artisans pendant la période précédant la date de remise de
leurs déclarations d’impôts, fixée fin mars dernier. Puis a
commencé la campagne de sensibilisation pour les personnes
morales dont la date de remise des déclarations d’impôts se
situait fin avril.
—
Le ministère des Finances a dernièrement imposé une
déclaration douanière aux Egyptiens qui rentrent au pays. Ce
qui constitue une complication contraire au système de
l’économie de marché adopté par le gouvernement ...
— La déclaration douanière n’est pas une invention. Ce
n’est pas non plus un retour en arrière. C’est tout
simplement une mesure organisationnelle. D’un côté, il
s’agit de lutter contre le blanchiment de fonds, ce qui est
une réclamation judiciaire approuvée par le Parlement. D’un
autre côté, c’est un moyen de lutter contre la contrebande,
qui nuit à l’économie nationale et aux investissements. De
nombreux Etats appliquent cette méthode, comme les
Etats-Unis, qui représentent le pays le plus libéral en
matière de mouvement des capitaux et des marchandises. La
déclaration appliquée aux Etats-Unis va même jusqu’à
réclamer des informations sécuritaires et sanitaires en plus
des informations financières et douanières concernant les
marchandises que transporte le voyageur.
J’assure ici qu’il n’y a aucun danger concernant le
transport de fonds. Il est tout simplement question de
déclarer ceux dépassant les 10 000 dollars ou leur
équivalent. Une mesure réclamée par la loi dans le cadre de
la lutte contre le blanchiment d’argent, appliquée dans de
nombreux Etats. Seulement l’application de cette mesure
devait être mieux préparée par l’Organisme des douanes pour
que la société l’accepte. Le problème réside donc dans
l’application et non dans la procédure même, et nous avons
pris conscience de ce problème.
—
Il semble que la nouvelle loi sur les retraites prépare la
privatisation de tout le système. Pourquoi compter autant
sur le secteur privé ?
— Ce que nous faisons, c’est sauvegarder les droits
des cotisants et des retraités tout en appliquant des
systèmes plus modernes pour les nouveaux arrivés sur le
marché du travail. L’objectif est d’épargner aux nouvelles
générations d’assumer des charges financières lourdes qui
pourraient entraver la réalisation de leurs objectifs de
développement à l’avenir. Le nouveau système se résume comme
suit : accorder une pension de retraite mensuelle de 100
L.E. à tout citoyen ayant atteint 65 ans et qui n’a pas de
retraite, tout en continuant à appliquer le système actuel
des retraites pour les travailleurs actuels ou les
retraités. Le nouveau système est appliqué aux nouveaux
travailleurs et se base sur des études et des techniques
modernes. Par exemple, le nouveau système prend en
considération les liens entre plusieurs facteurs comme
l’héritage, les changements démographiques, etc. Il faut
garantir la continuité du système et sa capacité financière
à assumer toutes ses charges à l’avenir. Ceci n’empêche pas
de penser sérieusement à développer les systèmes actuels des
retraites et améliorer le niveau des services.
—
Pendant de longues années, le gouvernement a emprunté auprès
des caisses de retraites à des taux d’intérêt bas. Et quand
ces derniers ont augmenté, il a cessé de rembourser ses
dettes, ce qui a soulevé de nombreuses critiques à son
encontre. Comment allez-vous rembourser ces dettes qui ont
dépassé les 280 milliards de L.E. ?
— Les sommes dues aux deux caisses d’assurance sociale
et des retraites sont évaluées à environ 241 milliards de
L.E., dont 198 milliards contractées par la trésorerie
publique et le reste par la Banque d’investissement
national. Le Trésor public paie les intérêts de sa dette
tous les mois aux deux caisses. Aucun Etat au monde ne
rembourse ses dettes auprès des caisses de retraites car les
meilleurs investissements des fonds des caisses de retraites
sont les outils financiers gouvernementaux, qui ne
comportent presque aucun risque. Ces outils sont à long
terme et renouvelables. Une petite part de ces fonds sont
investis dans les banques ou à la Bourse pour permettre
d’augmenter les bénéfices. Par conséquent, ces dettes sont
éternelles et le Trésor public est chargé de rembourser les
intérêts aux caisses de retraites et d’assurance de façon à
combler la différence entre les cotisations payées par les
adhérents aux caisses et les pensions touchées par les
retraités.
—
Quand l’Etat a annoncé une baisse des droits de douane sur
les articles entrant dans l’industrie des produits
alimentaires et dérivés, le consommateur n’a senti aucune
baisse des prix. Seuls les producteurs et les industriels
ont bénéficié de cette réduction. Qu’en pensez-vous ?
— Ceci est en partie vrai, car effectivement il n’y a
eu aucune répercussion sur le consommateur sauf dans le cas
des produits qui bénéficient d’une concurrence saine. Mais
en même temps, il faut prendre en considération la hausse à
répétition des prix des produits alimentaires sur les
marchés mondiaux. Je pense qu’avec le temps, le marché local
sera mieux organisé, en particulier du côté des
consommateurs, et ceci se reflétera sur la hausse et la
baisse des prix selon les lois du marché.
Propos
recueillis par Magda Barsoum