Al-Ahram Hebdo, Idées | Al-Sayed Yassin, « Nous passons à une société de risques »
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Idées

Entretien . Sociologue, Al-Sayed Yassin est un chercheur intéressé non seulement par les problèmes qui se posent à son pays, mais aussi par ceux du monde de la connaissance dans sa globalité. Il vient d’obtenir la plus haute distinction de l’Etat, à savoir le prix Moubarak pour les sciences sociales.  

« Nous passons à une société de risques » 

Al-Ahram Hebdo : Vous avez obtenu le plus grand prix de l’Etat, le prix Moubarak pour les sciences sociales. Quels sont l’impact de ce prix et son importance pour vous  ?

Al-Sayed Yassin : J’ai obtenu le prix de mérite de l’Etat en 1996. J’étais l’un des premiers de ma génération à l’obtenir et pour moi, il représentait la qualification la plus importante de ma carrière académique. Quant au prix Moubarak, il est venu à un moment où je fête mes 50 ans de recherche académique. Tous les ans, je sors un livre sur mes activités actuelles de l’année. Cette année, j’ai décidé d’en faire plus et de publier un livre sur l’analyse culturelle des relations internationales pour fêter cet événement. Je suis d’autant plus heureux que j’ai obtenu ce prix à ce moment précis de ma vie.

— Alors que le prix Moubarak est venu par un concours de circonstance fêter vos 50 ans de recherches, quels sont les travaux que vous comptez entreprendre dans les prochaines années ?

— Je pense que je vais m’atteler à un sujet qui sera le pivot du XXIe siècle, celui d’une réflexion sur le système mondial : sera-t-il un monde à pôle unique ou un monde à plusieurs pôles ? Une réflexion qui me tient à cœur et qui sera très importante pour le XXIe siècle. Certains chercheurs américains ont cette idée folle que les Etats-Unis vont continuer à diriger le monde pour l’éternité et qu’il leur incombe d’empêcher par la force s’il le faut, l’existence d’un autre pouvoir quelle que soit son importance. Je trouve ce scénario fou car il est en contradiction avec la logique de l’histoire. Surtout que les Etats-Unis sont, comme le disent certains, l’Etat terroriste par excellence qui menace le système mondial. Il y a un autre paradigme en Chine dans les études stratégiques qui pose la question d’une réflexion sur un monde à plusieurs pôles. Dans cette réflexion, la Chine note l’existence de 8 pays qui seraient essentiels pour diriger le monde avec des pays intermédiaires importants, comme l’Egypte, l’Inde, etc. dans chaque continent. Donc, le monde ne sera plus dirigé par une seule puissance comme c’est le cas maintenant. Cette bataille à venir me fait beaucoup réfléchir. Je veux y travailler profondément.

— Considérez-vous donc ce projet de travail comme le prolongement du dialogue des cultures auquel vous travaillez, il y a des années ?

— C’est une remarque importante. Je suis préoccupé par le dialogue depuis 1990. Après la chute de l’Union soviétique, s’est imposé le sujet des dialogues des cultures à la place de celui du conflit idéologique. Au fil des ans, et à partir des travaux de Huntington et de Khatémi s’est formée une base de réflexion sur ce sujet mais je m’aperçus très vite qu’il n’y avait pas de base théorique à ce sujet. J’ai commencé à y travailler. Je l’ai appelé le dialogue des cultures parce que nous vivons tous dans une même civilisation, celle de la technologie et des connaissances mais avec des cultures différentes. J’ai d’abord posé comme première assise qu’il n’y a pas de culture meilleure qu’une autre, et il n’est pas question de se mettre en position de défense en tant qu’Arabe ou musulman. Un autre point très important, c’est de laisser les tenants des différentes cultures discuter de leurs problèmes culturels différents du point de vue de la parité et de l’égalité devant la connaissance.

— Mais alors comment déterminer les problèmes du XXIe siècle ?

— Les chercheurs y ont travaillé et moi aussi j’y ai beaucoup réfléchi. Il faudrait tout d’abord mettre en place un nouveau contrat entre l’homme et la nature et entre l’Etat et les citoyens. Et dans le détail, de nombreux sujets remontent à la surface, comme l’écart existant entre les habitants et les ressources, l’apparition de nouvelles maladies et le retour d’anciennes qu’on pensait disparues comme la tuberculose, par exemple. Par ailleurs, comment poser le problème de l’aspect ethnique de la mondialisation ? Ainsi la question ayant trait à l’apparition de la démocratie, en passant par un régime dictatorial. Il y a 15 questions dont j’aimerais que chaque culture discute pour mettre au point un vrai dialogue des cultures.

— On a l’impression qu’il y a une continuité dans votre recherche depuis le début de votre carrière comme si les bouts d’un puzzle se mettent en place.

— J’ai rénové mon projet de recherche en 1990. Il y a un énorme écart entre mon travail avant 1990 et après 90 et ce, à cause d’un événement important, à savoir la chute de l’Union soviétique. On a divisé le monde en premier, deuxième, et troisième mondes. Le deuxième monde ayant chuté, il fallait réfléchir autrement. J’ai alors travaillé sur la chute des anciens spécimens et l’émergence de la mondialisation, des nationalismes empreints de pensée religieuse. J’en ai fait un livre qui se présente comme un manifeste scientifique La Révolution mondiale et la conscience historique. Je change de sujets car il nous faut constamment renouveler nos sujets à l’ère de la mondialisation et de l’Internet. J’ai découvert l’importance de la carte de la connaissance qui remplace le paradigme ancien en attendant l’émergence d’un nouveau paradigme. Et de là, l’importance de poser une nouvelle carte internationale de la connaissance. Nous passons à une société de risques qui se caractérise par le sida, la grippe aviaire, le réchauffement de la planète, pour ne citer que ceux-là et qui remplace la société de sécurité qui se posait également dans la sécurité des frontières, ce qui n’est plus le cas après le 11 septembre. Le monde change et nos défis de recherche changent également .

Propos recueillis par Soheir Fahmi

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