Al-Ahram Hebdo,Environnement |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Environnement

Béheira. Les habitants du village d’Al-Wafaïya se plaignent de la pollution de l’eau courante, devenue impropre à la consommation. Les responsables du gouvernorat, impuissants, prétextent un manque de moyens. Reportage.  

Le danger coule du robinet

Les habitants du village d’Al-Wafaïya, situé à 280 km au nord-ouest du Caire, vivent un drame au quotidien. Depuis quelques semaines maintenant, l’eau courante présente une couleur jaune foncé, une odeur nauséabonde et un goût désagréable. « Nous avons tout de suite réagi auprès des différents responsables locaux, et de l’Organisme de l’eau potable dépendant du gouvernorat. En vain. Personne n’a pris notre plainte au sérieux », affirme Ahmad Al-Saïdi, un villageois. « La situation est grave car nous ne pouvons pas acheter l’eau autre part, les points de vente sont trop éloignés et en plus, les épiciers de notre village ne vendent pas d’eau minérale et il est difficile d’acheter l’eau car notre gouvernorat est l’un des plus démunis du Delta égyptien », poursuit-il.

Les analyses effectuées par le laboratoire chimique de Damanhour (une ville du gouvernorat de Béheira) ont finalement donné raison aux villageois. L’eau potable est gravement polluée. Les chiffres le montrent : le degré de salinité est de 618,5/mg/litre, quant à l’alcalinité, elle s’élève à 220/mg/litre. En ce qui concerne les déchets solides, ils les évaluent à 460/mg/litre3. Des niveaux de pollution qui dépassent de loin les normes du décret no 108 de l’année 1995 estimées à 12 mg/litre pour la salinité. L’alcalinité, elle, ne doit pas exister dans l’eau du robinet. Elle est restée présente dans l’eau du Nil et dans les canaux sans dépasser les 120 mg/litre, mais avec une présence minimale nécessaire de 20 mg/litre.

La station d’eau qui alimente cinq villages, dont Al-Wafaïya, est restée un mois à l’arrêt en raison de l’unité mécanique d’un des puits, tombée en panne. « Pour fonctionner, la station avait besoin que deux puits pompent ensemble pour pouvoir tirer l’eau, car avec un seul puits, la station ne peut pas fonctionner », se justifie l’un des responsables travaillant auprès de l’Organisme de l’eau ayant requis l’anonymat. La situation s’aggravant de jour en jour, les villageois ont mené eux-mêmes l’enquête et ont découvert la causse du problème. Ils avancent une autre théorie : la pollution de l’eau provient de l’oxydation des canalisations dont l’âge dépassait les 40 ans. « Les canalisations sont en amiante, une matière dangereuse et cancérigène qui a disparu du monde entier, sauf des pays du tiers-monde », déplore Mohamad Abou-Ghazala, membre du Conseil local du gouvernorat de Béheira. Il ajoute que les ouvriers ne déploient aucun effort pour nettoyer les réservoirs d’eau. Ainsi, des sédiments et des souillures s’accumulent et par conséquent, la santé des villageois en est affectée.

Le comportement des citoyens mis en cause

La négligence du gouvernement n’est apparemment pas la seule raison de la pollution de l’eau du village, le comportement des citoyens est également mis en cause. Le manque de sensibilisation les rend incapables de sentir la dangerosité de certains actes qu’ils considèrent comme normaux. A l’entrée du village, le long du lac nommé Al-Haguer, il n’est pas rare de voir quelques carcasses d’animaux jetées au bord du lac. Juste à côté, les paysannes font la vaisselle, d’autres lavent le linge. A quelques pas, un fermier baigne ses veaux, un autre lave les tuyaux d’irrigation ou encore ceux ayant servi aux pesticides en tous genres ... Viennent s’ajouter à tout cela toutes formes de déchets solides qui s’accumulent sur les bords du lac. Sans oublier que le lac Al-Haguer reçoit également l’eau des égouts, et représente la seule source d’irrigation du village.

« 10 % des maisons n’ont pas de réseaux d’eau potable, d’autres souffrent de l’insuffisance de l’eau qui est coupée quotidiennement de 22h à 6h en été, et de 18h à 6h en hiver. De plus, l’eau est noire ... », explique un paysan. « Chaque semaine, un de mes enfants tombe malade. Nous sommes régulièrement obligés de parcourir plusieurs kilomètres à pied pour se rendre au centre médical le plus proche situé dans un autre village. Le médecin nous répète toujours que c’est à cause de la pollution de l’eau », avoue un paysan.

Les responsables, quant à eux, avancent toujours le même prétexte : le village ne figure pas encore sur les plans de développement du gouvernement ... Quelque 5 000 autres villages sont aussi sur cette liste d’attente. Et d’expliquer ce retard en matière de développement par le manque de moyens. « Le plan actuel prévoit l’installation de stations d’épuration de l’eau mais pas un réseau d’égout. Ce dernier coûte au moins 13 millions de L.E., somme que nous ne possédons pas. Et même si elle était en notre possession, nous l’aurions sans doute consacrée à la construction d’écoles ou de centres médicaux ! », assure un responsable dans le gouvernorat de Béheira, ayant requis l’anonymat. Il ajoute pour lot de consolation que ce problème ne touche pas seulement les villages d’Egypte, mais aussi la capitale. « Certains quartiers populaires du Caire souffrent des mêmes problèmes », conclut-il avec indifférence.

Bien que l’ex-premier ministre Atef Ebeid ait décidé de débloquer 121 millions de L.E. par an pour l’aménagement des gouvernorats, la population de ces derniers assure que rien n’a changé sur le terrain. Selon eux, les responsables se contentent de déclarations en grande pompe pour la presse qu’ils oublient le jour même.

Pourtant, les besoins du village sont nombreux : un réseau d’égout, une station d’épuration, un système de gestion des déchets … et avant tout, une campagne de sensibilisation. Tout cela nécessite une volonté politique énorme, et des sommes tout aussi faramineuses. Face à cette situation, les habitants n’ont que deux solutions : s’adapter ou se déplacer vers la capitale avec le lot de problèmes qu’implique l’exode rural.

Manar Attiya

Retour au sommaire

 

Quelques chiffres

— Béheira est le plus grand gouvernorat du Delta. Il s’étend sur 10 000 km2.

— Il comprend 5 932 bourgs et villages.

— Sa population s’élève à 4,8 millions d’habitants selon le recensement de 2004.

— C’est le 5e gouvernorat sur le plan démographique de l’Egypte.

p Changement climatique

Pour la première fois en 2006, les émissions chinoises de dioxyde de carbone dépassent celles des Etats-Unis « de 8 % », selon un récent rapport de l’Agence de surveillance environnementale néerlandaise (MNP). En 2005, les Etats-Unis dépassaient encore la Chine de 2 %, selon l’étude, qui note que les émissions chinoises ont augmenté de 9 % l’année dernière, contre une augmentation de 1,4 % pour les émissions américaines. Les pays en développement ont une « responsabilité partagée » avec les pays les plus riches pour sauver la planète du changement climatique et de la pauvreté, a souligné la semaine dernière, à Genève, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon. La Chine, désormais principal émetteur mondial de dioxyde de carbone (CO2), « devrait participer aux efforts collectifs de la communauté internationale contre le changement climatique », a-t-il répondu à un journaliste qui lui demandait si la Chine doit s’engager sur des objectifs chiffrés en termes de maîtrise d’émission de gaz à effet de serre. L’Inde et le Brésil sont eux aussi « d’importants pays émetteurs », a remarqué aussitôt M. Ban en insistant sur les « responsabilités communes des pays développés et en développement ». « Il est grand temps de galvaniser la volonté politique et de coordonner l’action concrète » pour lutter contre le réchauffement global grâce à l’effort de tous, a-t-il souligné.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.