Al-Ahram Hebdo, Enquête | Les banques en perte d’intérêt
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Enquête

Epargne. Déposer son argent en banque n’est plus une affaire rentable vu un taux d’intérêt de plus en plus négatif à cause de l’inflation. D’autres voies d’épargne se dessinent.

Les banques en perte d’intérêt 

Vous avez 10 000 L.E. à la banque ? Pas de quoi s’en réjouir. Puisqu’au moment où vous avez l’impression de gagner de l’argent via les intérêts, vous en perdez en réalité. Ce n’est pas une blague. Pourquoi ? Cela fait déjà un an que le taux d’intérêt sur les dépôts est négatif vu la différence entre le taux d’intérêt nominal (affiché par les banques) sur les dépôts et le taux d’inflation. On enregistre, en effet, une augmentation continue du taux d’inflation au moment où le taux d’intérêt nominal n’a pas augmenté depuis décembre 2006. Le phénomène a commencé en avril 2006, comme le révèle un rapport de la société financière égyptienne EFG-Hermes. En 2007, le fossé s’est davantage creusé avec la hausse continue du taux d’inflation qui a atteint son apogée en mars 2007, à savoir 12,8 %, avant de se replier à 10,7 % en mai dernier puis à 8,5 % en juin (voir encadré). Alors que le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires varie, lui, entre 6 et 8 %. Pour obtenir le taux d’intérêt réel, il suffit de soustraire le taux d’inflation du taux d’intérêt affiché par les banques. Il se situe donc entre -2,5 % et -0,5 %. Morale : avec un dépôt en banque, on est perdant.

Mais les dépositaires sont apparemment loin de s’en douter, puisqu’aucun mouvement notoire sur la place financière n’a été enregistré, comme le note Riham Al-Dessouqi, économiste dans l’un des ministères égyptiens. Egalement auteure du rapport de EFG-Hermes, elle a de plus expliqué qu’il est rare qu’une famille qui dépose son argent à la banque investisse en Bourse ou dans d’autres domaines en réaction au taux d’intérêt négatif. La majorité des petits épargnants ne suivent pas attentivement la fluctuation des taux d’intérêt. « Seulement, les investisseurs les plus chevronnés le font », assure Al-Dessouqi.

Cependant, le mouvement de cette catégorie, voire petite, s’est fait sentir sur le marché de l’immobilier. Le boom actuel du marché de l’immobilier est partiellement justifié par ce phénomène. Selon certains opérateurs du marché, la demande a dépassé l’offre. Les gens se sont pareillement lancés dans l’achat des terrains pour les revendre plus tard. Ainsi, le mètre carré à Maadi ou à la banlieue d’Al-Tagamoe a-t-il atteint 5 000 L.E., contre 3 000 il y a à peine quelques mois. « Le secteur immobilier est devenu de loin plus rentable que la Bourse ou n’importe quel autre investissement », conclut Al-Dessouqi. Fakhri Al-Fiqi, professeur d’économie à l’Université du Caire, partage cet avis. « Les gens savent où ils peuvent préserver, voire augmenter leurs petites fortunes. Pour eux, le secteur immobilier représente un investissement sûr et plus licite du point de vue religieux, mais aussi plus rentable », renchérit-il. Mais, en fait, ce serait plutôt la flambée du secteur qui aurait averti ces petits épargnants sur la non rentabilité des dépôts bancaires.

 

La Bourse plus attrayante

Mais la Bourse n’est pas en reste, car elle a quand même attiré quelques aventuriers. Simon Kitchen, économiste à CI Capital, dévoile que le taux de rendement de l’investissement en Bourse, calculé sur l’indice des sociétés les plus actives, a été de 9 % lors des cinq premiers mois de 2007, soit plus élevé que le taux d’intérêt.

Le nombre des investisseurs en Bourse a lui aussi augmenté en passant à 1,5 million fin 2006, contre moins d’un million en moyenne en 2005. Pour Essam Khalifa, c’est une preuve que le marché financier commence désormais à attirer une nouvelle clientèle, celle des dépositaires auprès des banques.

Khalifa souligne cependant que tout miser en Bourse est trop risqué. « Il ne faut donc jamais investir tout son argent en Bourse », avertit-il. Et de préciser : « Il suffit de risquer le tiers de son argent en Bourse ».

Ceux qui ne veulent pas prendre de risques n’ont qu’à recourir aux fonds d’investissement. En général, les fonds d’investissement ont attiré une grande clientèle cette dernière année. Depuis la seconde moitié de 2006, 11 nouveaux fonds d’investissement ont ouvert, contre 3 en 2005. « Là aussi, il faut faire attention, il y a plusieurs types de fonds d’investissement ». Ainsi, ont-ils à éviter les fonds à haut risque, dont le taux de rendement a varié entre 15 et 20 % au cours des 6 premiers mois de l’année. En revanche, les fonds sans risque, ce qu’on appelle les fonds d’investissement monétaires, sont plus conseillés pour ceux qui veulent plus d’assurance. Ceux-ci dépendent des titres, des bons du Trésor ainsi que d’autres papiers financiers sans risque, dont le taux de rendement varie entre 8,5 à 9 %. 

Autre effet du taux d’intérêt négatif, l’augmentation des dépôts en devises. Beaucoup ont choisi de garder leur argent à la banque mais sous forme de devises étrangères. C’est ce que révèle le rapport de la Banque Centrale. Les dépôts en devises ont alors enregistré une hausse de 5,2 milliards de dollars en une année pour atteindre 128 milliards de dollars en juin 2007. Et ce appuyé par la hausse du taux d’intérêt sur les devises étrangères. Surtout sur l’euro, atteignant 4 %, le taux le plus élevé depuis 6 ans. Quant à la livre sterling, le taux d’intérêt a atteint 5,5 %.

Finalement, la poste qui a fait peau neuve a également servi de refuge pour une partie des dépositaires qui ont fui les banques étant donné qu’elle offre le taux d’intérêt le plus élevé, soit de 9,5 % .

Marwa Hussein

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Une tendance appelée à se maintenir

Il faudrait un taux d’inflation de 5 % pour que le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires soit à peine rentable. Un objectif difficile à réaliser, malgré les apaisements de la Banque Centrale.

Cette dernière a décidé, le 5 juillet, de ne pas baisser le taux d’intérêt sur les transactions interbancaires. C’est le principal indicateur aux banques pour maintenir stables les taux d’intérêt.

Le gouvernement annonce pour sa part avoir un plan pour réduire le taux d’inflation, sans le dévoiler cependant. Ce plan « clandestin » soulève les doutes d’un grand nombre d’économistes. Un rapport récent publié par la maison financière EFG-Hermes prévoit qu’un taux d’intérêt négatif persistera jusqu’à 2008 même si le taux d’inflation baisse légèrement. Riham Al-Dessouqi, auteure du rapport, estime qu’il est très difficile que le gouvernement puisse baisser le taux d’inflation à 4 ou 5 % cette année ; le taux nécessaire pour arriver à un taux d’intérêt neutre. « Plusieurs facteurs favorisent la persistance de taux élevés d’inflation. D’abord, le gouvernement dit qu’il veut redistribuer les subventions ; c’est-à-dire diminuer les subventions sur le pétrole et l’électricité. Une augmentation des prix de l’essence et de l’électricité engendrera une augmentation des prix des aliments. A cela s’ajoutent les pressions inflationnistes soutenues par une forte croissance économique. Il y a donc plusieurs raisons pour que l’inflation persiste », explique Riham Al-Dessouqi. Donc, pas d’espoir proche. L’argent des dépositaires dans les banques continuera à perdre de sa valeur.

M. H.

 




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