Epargne. Déposer son
argent en banque n’est plus une affaire rentable vu un taux d’intérêt de plus
en plus négatif à cause de l’inflation. D’autres voies d’épargne se dessinent.
Les banques en perte d’intérêt
Vous
avez 10 000 L.E. à la banque ? Pas de quoi s’en réjouir. Puisqu’au moment où
vous avez l’impression de gagner de l’argent via les intérêts, vous en perdez
en réalité. Ce n’est pas une blague. Pourquoi ? Cela fait déjà un an que le
taux d’intérêt sur les dépôts est négatif vu la différence entre le taux
d’intérêt nominal (affiché par les banques) sur les dépôts et le taux
d’inflation. On enregistre, en effet, une augmentation continue du taux
d’inflation au moment où le taux d’intérêt nominal n’a pas augmenté depuis
décembre 2006. Le phénomène a commencé en avril 2006, comme le révèle un
rapport de la société financière égyptienne EFG-Hermes. En 2007, le fossé s’est
davantage creusé avec la hausse continue du taux d’inflation qui a atteint son
apogée en mars 2007, à savoir 12,8 %, avant de se replier à 10,7 % en mai
dernier puis à 8,5 % en juin (voir encadré). Alors que le taux d’intérêt sur
les dépôts bancaires varie, lui, entre 6 et 8 %. Pour obtenir le taux d’intérêt
réel, il suffit de soustraire le taux d’inflation du taux d’intérêt affiché par
les banques. Il se situe donc entre -2,5 % et -0,5 %. Morale : avec un dépôt en
banque, on est perdant.
Mais
les dépositaires sont apparemment loin de s’en douter, puisqu’aucun mouvement
notoire sur la place financière n’a été enregistré, comme le note Riham
Al-Dessouqi, économiste dans l’un des ministères égyptiens. Egalement auteure
du rapport de EFG-Hermes, elle a de plus expliqué qu’il est rare qu’une famille
qui dépose son argent à la banque investisse en Bourse ou dans d’autres
domaines en réaction au taux d’intérêt négatif. La majorité des petits
épargnants ne suivent pas attentivement la fluctuation des taux d’intérêt. «
Seulement, les investisseurs les plus chevronnés le font », assure Al-Dessouqi.
Cependant,
le mouvement de cette catégorie, voire petite, s’est fait sentir sur le marché
de l’immobilier. Le boom actuel du marché de l’immobilier est partiellement
justifié par ce phénomène. Selon certains opérateurs du marché, la demande a
dépassé l’offre. Les gens se sont pareillement lancés dans l’achat des terrains
pour les revendre plus tard. Ainsi, le mètre carré à Maadi ou à la banlieue
d’Al-Tagamoe a-t-il atteint 5 000 L.E., contre 3 000 il y a à peine quelques
mois. « Le secteur immobilier est devenu de loin plus rentable que la Bourse ou
n’importe quel autre investissement », conclut Al-Dessouqi. Fakhri Al-Fiqi,
professeur d’économie à l’Université du Caire, partage cet avis. « Les gens
savent où ils peuvent préserver, voire augmenter leurs petites fortunes. Pour
eux, le secteur immobilier représente un investissement sûr et plus licite du
point de vue religieux, mais aussi plus rentable », renchérit-il. Mais, en
fait, ce serait plutôt la flambée du secteur qui aurait averti ces petits
épargnants sur la non rentabilité des dépôts bancaires.
La Bourse plus attrayante
Mais
la Bourse n’est pas en reste, car elle a quand même attiré quelques
aventuriers. Simon Kitchen, économiste à CI Capital, dévoile que le taux de
rendement de l’investissement en Bourse, calculé sur l’indice des sociétés les
plus actives, a été de 9 % lors des cinq premiers mois de 2007, soit plus élevé
que le taux d’intérêt.
Le
nombre des investisseurs en Bourse a lui aussi augmenté en passant à 1,5
million fin 2006, contre moins d’un million en moyenne en 2005. Pour Essam
Khalifa, c’est une preuve que le marché financier commence désormais à attirer
une nouvelle clientèle, celle des dépositaires auprès des banques.
Khalifa
souligne cependant que tout miser en Bourse est trop risqué. « Il ne faut donc
jamais investir tout son argent en Bourse », avertit-il. Et de préciser : « Il
suffit de risquer le tiers de son argent en Bourse ».
Ceux
qui ne veulent pas prendre de risques n’ont qu’à recourir aux fonds
d’investissement. En général, les fonds d’investissement ont attiré une grande
clientèle cette dernière année. Depuis la seconde moitié de 2006, 11 nouveaux
fonds d’investissement ont ouvert, contre 3 en 2005. « Là aussi, il faut faire
attention, il y a plusieurs types de fonds d’investissement ». Ainsi, ont-ils à
éviter les fonds à haut risque, dont le taux de rendement a varié entre 15 et
20 % au cours des 6 premiers mois de l’année. En revanche, les fonds sans
risque, ce qu’on appelle les fonds d’investissement monétaires, sont plus
conseillés pour ceux qui veulent plus d’assurance. Ceux-ci dépendent des
titres, des bons du Trésor ainsi que d’autres papiers financiers sans risque,
dont le taux de rendement varie entre 8,5 à 9 %.
Autre
effet du taux d’intérêt négatif, l’augmentation des dépôts en devises. Beaucoup
ont choisi de garder leur argent à la banque mais sous forme de devises
étrangères. C’est ce que révèle le rapport de la Banque Centrale. Les dépôts en
devises ont alors enregistré une hausse de 5,2 milliards de dollars en une
année pour atteindre 128 milliards de dollars en juin 2007. Et ce appuyé par la
hausse du taux d’intérêt sur les devises étrangères. Surtout sur l’euro,
atteignant 4 %, le taux le plus élevé depuis 6 ans. Quant à la livre sterling,
le taux d’intérêt a atteint 5,5 %.
Finalement,
la poste qui a fait peau neuve a également servi de refuge pour une partie des
dépositaires qui ont fui les banques étant donné qu’elle offre le taux
d’intérêt le plus élevé, soit de 9,5 % .
Marwa Hussein
Une tendance appelée à se maintenir
Il faudrait un taux d’inflation de 5 % pour que le taux d’intérêt sur les dépôts bancaires soit à peine rentable. Un objectif difficile à réaliser, malgré les apaisements de la Banque Centrale.
Cette dernière a décidé, le 5 juillet, de ne pas baisser le taux d’intérêt sur les transactions interbancaires. C’est le principal indicateur aux banques pour maintenir stables les taux d’intérêt.
Le gouvernement annonce pour sa part avoir un plan pour réduire le taux d’inflation, sans le dévoiler cependant. Ce plan « clandestin » soulève les doutes d’un grand nombre d’économistes. Un rapport récent publié par la maison financière EFG-Hermes prévoit qu’un taux d’intérêt négatif persistera jusqu’à 2008 même si le taux d’inflation baisse légèrement. Riham Al-Dessouqi, auteure du rapport, estime qu’il est très difficile que le gouvernement puisse baisser le taux d’inflation à 4 ou 5 % cette année ; le taux nécessaire pour arriver à un taux d’intérêt neutre. « Plusieurs facteurs favorisent la persistance de taux élevés d’inflation. D’abord, le gouvernement dit qu’il veut redistribuer les subventions ; c’est-à-dire diminuer les subventions sur le pétrole et l’électricité. Une augmentation des prix de l’essence et de l’électricité engendrera une augmentation des prix des aliments. A cela s’ajoutent les pressions inflationnistes soutenues par une forte croissance économique. Il y a donc plusieurs raisons pour que l’inflation persiste », explique Riham Al-Dessouqi. Donc, pas d’espoir proche. L’argent des dépositaires dans les banques continuera à perdre de sa valeur.
M. H.