Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le système à nouveau remis en cause
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Egypte

Santé. La contamination par le virus de l’hépatite C de sept enfants, qui suivaient un traitement contre le diabète dans un hôpital d’Alexandrie, relance le débat sur la négligence dans le secteur médical.

Le système à nouveau remis en cause

L’affaire a éclaté le 1er juillet. Des analyses ont révélé que sept enfants traités contre le diabète à l’hôpital pour étudiants du Sporting d’Alexandrie, et qui ressentaient des signes anormaux de fatigue, avaient été contaminés par le virus de l’hépatite C. Les parents qui ont décidé de porter plainte devant le Parquet de Sidi Gaber accusent l’hôpital d’avoir transmis la maladie à leurs enfants. « J’ai vu de mes propres yeux les infirmières utiliser les mêmes seringues sur plusieurs patients. Les responsables de ce crime devront payer pour leur négligence et les souffrances qu’ils nous ont causées », lance sur un ton amer la mère d’Islam Mahmoud, l’un des enfants contaminés. Et d’expliquer que son fils avait 11 ans lorsque son diabète a été diagnostiqué. « La maladie de mon fils nécessitait qu’il reste à l’hôpital pendant de longues durées. Nous n’avions pas les moyens pour le faire soigner dans un hôpital privé. Donc, nous avons eu recours à l’hôpital pour étudiants du Sporting. Maintenant, mon fils a contracté une autre maladie grave. Et nous voulons que les responsables soient punis ».

L’hépatite C’est l’une des maladies les plus répandues en Egypte. 14 % de la population en est aujourd’hui atteinte, soit 11 millions de personnes. L’Egypte est le pays où la prévalence de l’infection par ce virus serait la plus élevée au monde. Le ministère de la Santé a immédiatement réagi à l’incident de l’hôpital du Sporting en affirmant qu’une enquête était ouverte pour « dévoiler la vérité ». Le ministre Hatem Al-Gabali a affirmé que le ministère a débloqué 15 millions de L.E. pour fournir des stylos à insuline aux élèves des écoles atteints de diabète afin de les protéger contre tous risques de contamination. Mais l’affaire relance le débat sur la négligence dans le secteur médical en Egypte. Dans les années 1970, de nombreux enfants égyptiens ont contracté l’hépatite C en raison de seringues utilisées plusieurs fois et de l’absence de véritable politique de prévention. Or, aujourd’hui ce problème n’est pas totalement résolu. Si le ministère de la Santé affirme que la quantité de seringues fournie aux hôpitaux suffit pour éviter un scénario comme celui des années 1970 (il y aurait, selon le ministère, une seringue pour chaque injection), il est évident que ce cas de figure est loin d’être mis en œuvre sur le terrain. Dans les hôpitaux publics, il n’est pas rare en effet que les médecins demandent aux patients d’acheter les seringues et d’autres fournitures médicales. « Il existe plusieurs types de seringue. Il y a les 40 et les 100 ml. Chaque type est destiné à un usage particulier. Le problème est qu’il y a une pénurie dans certains types de seringue. C’est pourquoi nous demandons parfois aux patients d’apporter les seringues avec eux lorsqu’ils se présentent à l’hôpital », témoigne Mohamad, jeune médecin dans un hôpital public. Les seringues ne sont d’ailleurs pas les seules fournitures qui manquent. La même chose se produit avec les pochettes de sang et parfois même les radiographies que les patients sont tenus de faire à leurs propres frais. Les médecins sont parfois amenés à écrire leurs ordonnances sur des feuilles de cahiers d’écoliers.

L’Egypte dépense 5,8 % de son PNB sur la santé, tandis que l’Organisation mondiale de la santé fixe la barre minimum à 10 % du PNB. Les dépenses de santé représentent 7 % du budget de l’Etat en Egypte, contre 12,2 % dans un pays comme le Liban. Pour Hamdi Hassan, député et membre de la commission de la santé à l’Assemblée du peuple, le manque de budget est l’une des causes principales des maux dont souffre le secteur de la santé en Egypte. « Dans les pays développés, la santé et l’éducation obtiennent une grande partie du budget de l’Etat ». Et d’ajouter sur un ton critique : « Chez nous, le budget est dépensé sur la sécurité et les chaînes télé satellites. Une hausse du budget nous permettrait de fournir une bonne formation aux médecins et aux infirmières ».

Mais le manque de moyens n’est pas la cause de tout le problème. « Les établissements publics sont très mal gérés et il n’y a pratiquement pas de contrôle sur le travail du personnel dans ces établissements, ce qui provoque une détérioration aux niveaux de la qualité des soins et des erreurs à répétition », explique pour sa part Hamdi Al-Sayed, président du Syndicat des médecins. Et les incidents se multiplient. Ainsi, un enfant de 8 ans est-il mort cette semaine à l’hôpital universitaire de Banha après un long coma dû à une dose excessive d’anesthésiant. Le 4 janvier dernier un ouvrier âgé de 33 ans, hospitalisé à l’hôpital Al-Nil dépendant de l’Organisme de l’assurance médicale à Choubra Al-Kheima dans le gouvernorat de Qalioubiya pour effectuer une intervention chirurgicale suite à une hernie, était également entré dans un coma suite à une anesthésie mal dosée.

Le président de l’Association pour la défense des victimes de négligence médicale, Ayman Ragueh, estime de son côté qu’à l’origine du problème se trouve l’absence de toute mesure punitive contre les responsables. « Il existe des législations qui criminalisent les négligences mais il se trouve que la loi n’est pas appliquée. Le sentiment d’impunité dans le corps médical explique en grande partie ces carences », explique-t-il. Ragueh pointe du doigt également le manque de formation médicale qui ne s’intéresse ni à la dimension humaine ni aux droits des patients.

Mais le directeur de l’hôpital pour étudiants du Sporting, Ali Al-Sayed, écartait, lui, toute responsabilité de son établissement dans l’affaire de la contamination des sept enfants. « Plusieurs centaines de malades du diabète sont soignés au centre de traitement du diabète relevant de l’hôpital. Ces enfants reçoivent des soins depuis plus de six ans. Jamais il n’y a eu de cas de contamination. Il faut savoir que 15 % des diabétiques environ contractent le virus de l’hépatite C », explique-t-il. Mais il semble que c’est le secteur de la santé, dans son ensemble, qui est mis en cause dans  cette affaire.

Sabah Sabet
Samar Zarée

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