Santé.
La contamination par le virus de l’hépatite C de sept
enfants, qui suivaient un traitement contre le diabète dans
un hôpital d’Alexandrie, relance le débat sur la négligence
dans le secteur médical.
Le système à nouveau remis en cause
L’affaire
a éclaté le 1er juillet. Des analyses ont révélé que sept
enfants traités contre le diabète à l’hôpital pour étudiants
du Sporting d’Alexandrie, et qui ressentaient des signes
anormaux de fatigue, avaient été contaminés par le virus de
l’hépatite C. Les parents qui ont décidé de porter plainte
devant le Parquet de Sidi Gaber accusent l’hôpital d’avoir
transmis la maladie à leurs enfants. « J’ai vu de mes
propres yeux les infirmières utiliser les mêmes seringues
sur plusieurs patients. Les responsables de ce crime devront
payer pour leur négligence et les souffrances qu’ils nous
ont causées », lance sur un ton amer la mère d’Islam
Mahmoud, l’un des enfants contaminés. Et d’expliquer que son
fils avait 11 ans lorsque son diabète a été diagnostiqué. «
La maladie de mon fils nécessitait qu’il reste à l’hôpital
pendant de longues durées. Nous n’avions pas les moyens pour
le faire soigner dans un hôpital privé. Donc, nous avons eu
recours à l’hôpital pour étudiants du Sporting. Maintenant,
mon fils a contracté une autre maladie grave. Et nous
voulons que les responsables soient punis ».
L’hépatite C’est l’une des maladies les plus répandues en
Egypte. 14 % de la population en est aujourd’hui atteinte,
soit 11 millions de personnes. L’Egypte est le pays où la
prévalence de l’infection par ce virus serait la plus élevée
au monde. Le ministère de la Santé a immédiatement réagi à
l’incident de l’hôpital du Sporting en affirmant qu’une
enquête était ouverte pour « dévoiler la vérité ». Le
ministre Hatem Al-Gabali a affirmé que le ministère a
débloqué 15 millions de L.E. pour fournir des stylos à
insuline aux élèves des écoles atteints de diabète afin de
les protéger contre tous risques de contamination. Mais
l’affaire relance le débat sur la négligence dans le secteur
médical en Egypte. Dans les années 1970, de nombreux enfants
égyptiens ont contracté l’hépatite C en raison de seringues
utilisées plusieurs fois et de l’absence de véritable
politique de prévention. Or, aujourd’hui ce problème n’est
pas totalement résolu. Si le ministère de la Santé affirme
que la quantité de seringues fournie aux hôpitaux suffit
pour éviter un scénario comme celui des années 1970 (il y
aurait, selon le ministère, une seringue pour chaque
injection), il est évident que ce cas de figure est loin
d’être mis en œuvre sur le terrain. Dans les hôpitaux
publics, il n’est pas rare en effet que les médecins
demandent aux patients d’acheter les seringues et d’autres
fournitures médicales. « Il existe plusieurs types de
seringue. Il y a les 40 et les 100 ml. Chaque type est
destiné à un usage particulier. Le problème est qu’il y a
une pénurie dans certains types de seringue. C’est pourquoi
nous demandons parfois aux patients d’apporter les seringues
avec eux lorsqu’ils se présentent à l’hôpital », témoigne
Mohamad, jeune médecin dans un hôpital public. Les seringues
ne sont d’ailleurs pas les seules fournitures qui manquent.
La même chose se produit avec les pochettes de sang et
parfois même les radiographies que les patients sont tenus
de faire à leurs propres frais. Les médecins sont parfois
amenés à écrire leurs ordonnances sur des feuilles de
cahiers d’écoliers.
L’Egypte dépense 5,8 % de son PNB sur la santé, tandis que
l’Organisation mondiale de la santé fixe la barre minimum à
10 % du PNB. Les dépenses de santé représentent 7 % du
budget de l’Etat en Egypte, contre 12,2 % dans un pays comme
le Liban. Pour Hamdi Hassan, député et membre de la
commission de la santé à l’Assemblée du peuple, le manque de
budget est l’une des causes principales des maux dont
souffre le secteur de la santé en Egypte. « Dans les pays
développés, la santé et l’éducation obtiennent une grande
partie du budget de l’Etat ». Et d’ajouter sur un ton
critique : « Chez nous, le budget est dépensé sur la
sécurité et les chaînes télé satellites. Une hausse du
budget nous permettrait de fournir une bonne formation aux
médecins et aux infirmières ».
Mais le manque de moyens n’est pas la cause de tout le
problème. « Les établissements publics sont très mal gérés
et il n’y a pratiquement pas de contrôle sur le travail du
personnel dans ces établissements, ce qui provoque une
détérioration aux niveaux de la qualité des soins et des
erreurs à répétition », explique pour sa part Hamdi Al-Sayed,
président du Syndicat des médecins. Et les incidents se
multiplient. Ainsi, un enfant de 8 ans est-il mort cette
semaine à l’hôpital universitaire de Banha après un long
coma dû à une dose excessive d’anesthésiant. Le 4 janvier
dernier un ouvrier âgé de 33 ans, hospitalisé à l’hôpital
Al-Nil dépendant de l’Organisme de l’assurance médicale à
Choubra Al-Kheima dans le gouvernorat de Qalioubiya pour
effectuer une intervention chirurgicale suite à une hernie,
était également entré dans un coma suite à une anesthésie
mal dosée.
Le président de l’Association pour la défense des victimes
de négligence médicale, Ayman Ragueh, estime de son côté
qu’à l’origine du problème se trouve l’absence de toute
mesure punitive contre les responsables. « Il existe des
législations qui criminalisent les négligences mais il se
trouve que la loi n’est pas appliquée. Le sentiment
d’impunité dans le corps médical explique en grande partie
ces carences », explique-t-il. Ragueh pointe du doigt
également le manque de formation médicale qui ne s’intéresse
ni à la dimension humaine ni aux droits des patients.
Mais le directeur de l’hôpital pour étudiants du Sporting,
Ali Al-Sayed, écartait, lui, toute responsabilité de son
établissement dans l’affaire de la contamination des sept
enfants. « Plusieurs centaines de malades du diabète sont
soignés au centre de traitement du diabète relevant de
l’hôpital. Ces enfants reçoivent des soins depuis plus de
six ans. Jamais il n’y a eu de cas de contamination. Il faut
savoir que 15 % des diabétiques environ contractent le virus
de l’hépatite C », explique-t-il. Mais il semble que c’est
le secteur de la santé, dans son ensemble, qui est mis en
cause dans cette affaire.
Sabah
Sabet
Samar Zarée