Partis.
L’annonce par Montasser Al-Zayat, l’avocat de la Gamaa
islamiya, de son intention de créer une formation politique
a suscité beaucoup de réactions, malgré sa portée plutôt
symbolique.
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C’est
dans un cadre très controversé que Montasser Al-Zayat, cet
avocat dont le nom est lié à la défense de la Gamaa islamiya,
a annoncé son intention de vouloir créer un parti politique,
l’Union pour la liberté. « Il a choisi de le faire lors
d’une conférence organisée à l’occasion du dixième
anniversaire de l’initiative de la Gamaa d’abandonner la
violence, pour établir un lien moral entre celle-ci et son
projet », accuse Nagueh Ibrahim, l’éminent leader de la
Gamaa.
Dans un communiqué, Ibrahim a tout de suite pris ses
distances avec Al-Zayat, en affirmant que les dirigeants de
la Gamaa ont décidé d’arrêter toute activité politique pour
se consacrer à la prédication (daawa).
Après des années de confrontations armées avec la police,
l’initiative d’abandon de la violence a été lancée en
juillet 1997 par les dirigeants de la Gamaa depuis les
cellules de prison : ils se sont engagés à s’abstenir de
participer à la vie publique, une fois libérés. Al-Zayat
s’était beaucoup investi en tant que médiateur entre la
Gamaa et le régime pour conclure cette transaction. Son
annonce ne pouvait donc que semer le doute sur les
intentions des dirigeants de la Gamaa, d’où la réponse ferme
de ces derniers.
De son côté, Al-Zayat a nié avoir tenté d’impliquer les
dirigeants de la Gamaa et affirmé que son parti ne sera
dépendant d’aucune organisation.
« Mon parti représente une tentative sérieuse d’intégrer les
islamistes dans la vie politique. Je vais accepter des
individus ayant une assise islamiste, quel que soit leur
passé, mais non des organisations. Sinon, il y aura une
dualité dans la prise de décision, l’on ne saura plus qui en
est la source, le guide ou le président », dit-il.
Et d’ajouter : « Si les Frères se transforment en parti, je
serai le premier adhérent. J’avais aussi l’intention
d’intégrer le parti d’Al-Wassat, mais maintenant qu’il n’a
pas réussi à obtenir une reconnaissance officielle, je vais
tenter à mon tour ».
La volonté de créer des partis politiques a toujours été
problématique pour les islamistes, la plus importante
tentative est celle du projet de parti d’Al-Wassat, dont les
fondateurs luttent depuis plus de dix ans pour obtenir un
statut légal. Le dilemme est entretenu par ladite
contradiction constitutionnelle entre l’article 2 de la
Constitution stipulant que l’islam est la religion de l’Etat
et que la loi islamique, la charia, est la principale source
de législation, et l’article 5 interdisant toute activité
politique basée sur la religion.
Affirmant que le programme du futur parti est en cours
d’élaboration, Al-Zayat se contente d’afficher les grandes
lignes : « Il ne prendra absolument pas de couleurs
islamistes, le consensus social et l’assertion
constitutionnelle autour de l’identité islamique de l’Etat
me suffisent largement. Nous allons sûrement le souligner
mais au même titre, tous les autres principes auxquels nous
croyons ».
Il n’est pas plus explicite en parlant de ses
collaborateurs, le discours se lit toujours en creux. « Nous
en avons assez de tourner en rond dans un même cercle. Je
vais présenter à la société de nouveaux visages, des gens
qui sont capables de donner, de proposer des solutions et de
participer à la vie politique loin des tours d’ivoire ».
Si les anciens du Djihad et de la Gamaa ont pris leurs
distances, les Frères ont, eux, adopté un discours plus dosé
entre scepticisme et ouverture. « J’espère que ce sera un
projet sérieux et un nouvel apport à la vie politique, non
une opération de charme », dit Essam Al-Eriane, un cadre de
la confrérie. Il estime toutefois qu’il est trop tôt pour
porter un jugement sur ce projet, ni sur les relations
présumées de son initiateur avec la Gamaa ou le Djihad
islamique, étant donné que le programme du parti n’a pas
encore été diffusé, pas plus que l’identité de ses
co-fondateurs.
« Nous croyons en la pluralité que ce soit sur la scène
politique en général ou à l’intérieur d’un même courant.
C’est enrichissant », affirme de son côté Aboul-Ela Madi,
l’instigateur du projet de parti d’Al-Wassat. Mais c’est
toujours le même attentisme quand il s’agit d’évaluer le
projet d’Al-Zayat. « Jusqu’à présent, nous ne savons pas si
ce parti sera radical ou modéré, si vraiment des coptes y
seront inclus, si ses membres femmes seront toutes voilées
», ajoute Madi.
Pour le chercheur du Centre d’Etudes Politiques et
Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram Amr Al-Chobaki, il s’agit
plutôt d’un tabac médiatique de la part d’Al-Zayat, lequel
est une personne charismatique et un syndicaliste actif. «
Ce projet est lié à la personne de Montasser Al-Zayat plus
qu’à tout autre courant idéologique ou politique (…), il
n’aura aucune chance de voir le jour pour la simple raison
que l’islam politique, avec toutes ses variantes, est banni.
Ce dossier est d’ordre sécuritaire », assure Al-Chobaki.
Dans deux mois, Al-Zayat va présenter la demande pour
officialiser sa démarche. « Sans trop d’espoir, dit-il, mais
avec toujours la même détermination de poursuivre la lutte »
.
Chérif Albert