Al-Ahram Hebdo, Egypte | Variations sur le même thème
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Egypte

Partis. L’annonce par Montasser Al-Zayat, l’avocat de la Gamaa islamiya, de son intention de créer une formation politique a suscité beaucoup de réactions, malgré sa portée plutôt symbolique.

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C’est dans un cadre très controversé que Montasser Al-Zayat, cet avocat dont le nom est lié à la défense de la Gamaa islamiya, a annoncé son intention de vouloir créer un parti politique, l’Union pour la liberté. « Il a choisi de le faire lors d’une conférence organisée à l’occasion du dixième anniversaire de l’initiative de la Gamaa d’abandonner la violence, pour établir un lien moral entre celle-ci et son projet », accuse Nagueh Ibrahim, l’éminent leader de la Gamaa.

Dans un communiqué, Ibrahim a tout de suite pris ses distances avec Al-Zayat, en affirmant que les dirigeants de la Gamaa ont décidé d’arrêter toute activité politique pour se consacrer à la prédication (daawa).

Après des années de confrontations armées avec la police, l’initiative d’abandon de la violence a été lancée en juillet 1997 par les dirigeants de la Gamaa depuis les cellules de prison : ils se sont engagés à s’abstenir de participer à la vie publique, une fois libérés. Al-Zayat s’était beaucoup investi en tant que médiateur entre la Gamaa et le régime pour conclure cette transaction. Son annonce ne pouvait donc que semer le doute sur les intentions des dirigeants de la Gamaa, d’où la réponse ferme de ces derniers.

De son côté, Al-Zayat a nié avoir tenté d’impliquer les dirigeants de la Gamaa et affirmé que son parti ne sera dépendant d’aucune organisation.

« Mon parti représente une tentative sérieuse d’intégrer les islamistes dans la vie politique. Je vais accepter des individus ayant une assise islamiste, quel que soit leur passé, mais non des organisations. Sinon, il y aura une dualité dans la prise de décision, l’on ne saura plus qui en est la source, le guide ou le président », dit-il.

Et d’ajouter : « Si les Frères se transforment en parti, je serai le premier adhérent. J’avais aussi l’intention d’intégrer le parti d’Al-Wassat, mais maintenant qu’il n’a pas réussi à obtenir une reconnaissance officielle, je vais tenter à mon tour ».

La volonté de créer des partis politiques a toujours été problématique pour les islamistes, la plus importante tentative est celle du projet de parti d’Al-Wassat, dont les fondateurs luttent depuis plus de dix ans pour obtenir un statut légal. Le dilemme est entretenu par ladite contradiction constitutionnelle entre l’article 2 de la Constitution stipulant que l’islam est la religion de l’Etat et que la loi islamique, la charia, est la principale source de législation, et l’article 5 interdisant toute activité politique basée sur la religion.

Affirmant que le programme du futur parti est en cours d’élaboration, Al-Zayat se contente d’afficher les grandes lignes : « Il ne prendra absolument pas de couleurs islamistes, le consensus social et l’assertion constitutionnelle autour de l’identité islamique de l’Etat me suffisent largement. Nous allons sûrement le souligner mais au même titre, tous les autres principes auxquels nous croyons ».

Il n’est pas plus explicite en parlant de ses collaborateurs, le discours se lit toujours en creux. « Nous en avons assez de tourner en rond dans un même cercle. Je vais présenter à la société de nouveaux visages, des gens qui sont capables de donner, de proposer des solutions et de participer à la vie politique loin des tours d’ivoire ».

Si les anciens du Djihad et de la Gamaa ont pris leurs distances, les Frères ont, eux, adopté un discours plus dosé entre scepticisme et ouverture. « J’espère que ce sera un projet sérieux et un nouvel apport à la vie politique, non une opération de charme », dit Essam Al-Eriane, un cadre de la confrérie. Il estime toutefois qu’il est trop tôt pour porter un jugement sur ce projet, ni sur les relations présumées de son initiateur avec la Gamaa ou le Djihad islamique, étant donné que le programme du parti n’a pas encore été diffusé, pas plus que l’identité de ses co-fondateurs.

« Nous croyons en la pluralité que ce soit sur la scène politique en général ou à l’intérieur d’un même courant. C’est enrichissant », affirme de son côté Aboul-Ela Madi, l’instigateur du projet de parti d’Al-Wassat. Mais c’est toujours le même attentisme quand il s’agit d’évaluer le projet d’Al-Zayat. « Jusqu’à présent, nous ne savons pas si ce parti sera radical ou modéré, si vraiment des coptes y seront inclus, si ses membres femmes seront toutes voilées », ajoute Madi.

Pour le chercheur du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram Amr Al-Chobaki, il s’agit plutôt d’un tabac médiatique de la part d’Al-Zayat, lequel est une personne charismatique et un syndicaliste actif. « Ce projet est lié à la personne de Montasser Al-Zayat plus qu’à tout autre courant idéologique ou politique (…), il n’aura aucune chance de voir le jour pour la simple raison que l’islam politique, avec toutes ses variantes, est banni. Ce dossier est d’ordre sécuritaire », assure Al-Chobaki.

Dans deux mois, Al-Zayat va présenter la demande pour officialiser sa démarche. « Sans trop d’espoir, dit-il, mais avec toujours la même détermination de poursuivre la lutte » .

Chérif Albert

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