Al-Ahram Hebdo,Monde | Un projet à clarifier
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Euro-Méditerranée . L’idée d’une union méditerranéenne lancée par le président français, Nicolas Sarkozy, comme axe majeur de sa politique étrangère, demeure floue. La communauté internationale reste divisée quant à la mise au jour d’une initiative qui pourrait bien empiéter sur le processus de Barcelone. 

Un projet à clarifier

Le projet d’une union méditerranéenne, proposé par le président français, Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne électorale et jusqu’à présent, continue de soulever une large polémique entre ses partisans et ses détracteurs. Identifiant les objectifs de son projet, M. Sarkozy a affirmé qu’il vise à faire de la Méditerranée « un espace de solidarité et de coopération dont les axes seraient la lutte contre l’insécurité, le développement durable, l’intégration énergétique, la protection de l’environnement, le co-développement et la gestation concertée de l’immigration. Cette union aurait vocation à travailler étroitement avec l’Union européenne ».

Là, une question s’impose : ce projet ne vise-t-il pas également à régler le cas de la Turquie, en lui disant que si elle n’a pas sa place en Europe, elle pourra être l’un des pivots de l’union méditerranéenne ? « M. Sarkozy s’est toujours dressé contre l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Cette nouvelle union serait donc une sorte de compensation à ce pays qui serait lié à l’Europe avec des liens privilégiés ». Jusqu’à présent, les autorités turques n’ont pas répondu à cette offre mais il est peu probable qu’elles l’acceptent », estime le Dr Hicham Omar, professeur à la faculté de sciences économiques et politiques, à l’Université du Caire. Selon les observateurs, cette idée vise également à empêcher l’émigration des pays nord-africains vers l’Europe. « L’un des objectifs principaux de cette nouvelle union serait aussi de contrer l’influence américaine qui s’accroît dans les pays du Maghreb, en ancrant plus fortement ces pays dans l’Europe », ajoute le Dr Omar.

Déjà, l’offre de Sarkozy a trouvé un écho très favorable dans les pays du Maghreb. Les 10 et 11 juillet, le président français a effectué un premier déplacement hors d’Europe, en se rendant en Tunisie et en Algérie, comme première étape ; reportant sa visite au Maroc dans la deuxième quinzaine d’octobre. L’objectif de cette visite est double : réaffirmer l’amitié profonde de la France pour les pays du Maghreb et leur présenter son projet d’union méditerranéenne. Selon les experts, l’étape algérienne sera la plus délicate, en raison du caractère souvent passionnel des relations entre la France et l’Algérie, régulièrement ponctuées de tensions après des périodes d’embellies. Alors que le Maroc a affiché « un vif intérêt » pour ce projet, l’Algérie ne s’y est pas encore formellement prononcée car ce projet pourrait, selon elle, concurrencer l’Union du Maghreb arabe regroupant la Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie.

Affichant toujours une certaine inquiétude quant au projet français, l’Allemagne était le principal pays européen à émettre des réserves. Samedi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a affirmé que l’union méditerranéenne ne doit pas « entrer en concurrence » avec d’autres initiatives européennes comme le processus de Barcelone.   

« Restez chez vous, nous viendrons chez vous »

Pour tranquilliser les pays inquiets, le président français a assuré, cette semaine, que son projet n’avait pas pour but de se « substituer » au processus de Barcelone. « Notre idée c’est de renforcer le processus de Barcelone, de le poursuivre », a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères et européennes, Pascale Andréani. Mais, l’avis des experts diverge sur ce point : l’union méditerranéenne va-t-elle vraiment remplacer le processus de Barcelone ? Pour le Dr Mohamad Abdel-Salam, expert politique, les objectifs de cette union demeurent flous et presque identiques à ceux de Barcelone. « Aussi, la plupart des pays européens ne la soutiennent-ils pas car ils réalisent que ce projet va être fondé sur les ruines du processus de Barcelone qui souffre déjà d’immobilisme et d’inertie », analyse l’expert, clarifiant que l’unique objectif clair de l’union méditerranéenne serait d’arrêter l’afflux des émigrés des pays du nord de la Méditerranée vers l’Europe : « Sarkozy veut dire aux pays du nord de l’Afrique : Restez chez vous, nous viendrons chez vous », ajoute le Dr Abdel-Salam. En revanche, le Dr Hicham Omar voit que cette union ne va pas empiéter sur le processus de Barcelone mais peut-être le compléter, surtout que ce dernier fait du surplace, voire plonge dans l’immobilisme. « Le processus de Barcelone est beaucoup plus large que l’union proposée par Sarkozy car il regroupe l’ensemble des 27 pays européens et non seulement les pays européens de la Méditerranée qui ne dépassent pas les cinq. Mais, si cette union méditerranéenne réussit à se prouver avec les jours, elle pourra remplacer le processus de Barcelone à long terme et entraîner peut-être sa disparition avec les jours », analyse le Dr Hicham Omar.

M. Ch.

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