Euro-Méditerranée
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L’idée d’une union méditerranéenne lancée par le président
français, Nicolas Sarkozy, comme axe majeur de sa politique
étrangère, demeure floue. La communauté internationale reste
divisée quant à la mise au jour d’une initiative qui
pourrait bien empiéter sur le processus de Barcelone.
Un projet à clarifier
Le projet d’une union méditerranéenne, proposé par le
président français, Nicolas Sarkozy, lors de sa campagne
électorale et jusqu’à présent, continue de soulever une
large polémique entre ses partisans et ses détracteurs.
Identifiant les objectifs de son projet, M. Sarkozy a
affirmé qu’il vise à faire de la Méditerranée « un espace de
solidarité et de coopération dont les axes seraient la lutte
contre l’insécurité, le développement durable, l’intégration
énergétique, la protection de l’environnement, le
co-développement et la gestation concertée de l’immigration.
Cette union aurait vocation à travailler étroitement avec
l’Union européenne ».
Là, une question s’impose : ce projet ne vise-t-il pas
également à régler le cas de la Turquie, en lui disant que
si elle n’a pas sa place en Europe, elle pourra être l’un
des pivots de l’union méditerranéenne ? « M. Sarkozy s’est
toujours dressé contre l’adhésion de la Turquie à l’Union
européenne. Cette nouvelle union serait donc une sorte de
compensation à ce pays qui serait lié à l’Europe avec des
liens privilégiés ». Jusqu’à présent, les autorités turques
n’ont pas répondu à cette offre mais il est peu probable
qu’elles l’acceptent », estime le Dr
Hicham Omar, professeur à la faculté de sciences
économiques et politiques, à l’Université du Caire. Selon
les observateurs, cette idée vise également à empêcher
l’émigration des pays nord-africains vers l’Europe. « L’un
des objectifs principaux de cette nouvelle union serait
aussi de contrer l’influence américaine qui s’accroît dans
les pays du Maghreb, en ancrant plus fortement ces pays dans
l’Europe », ajoute le Dr Omar.
Déjà, l’offre de Sarkozy a trouvé un écho très favorable
dans les pays du Maghreb. Les 10 et 11
juillet, le président français a effectué un premier
déplacement hors d’Europe, en se rendant en Tunisie et en
Algérie, comme première étape ; reportant sa visite au Maroc
dans la deuxième quinzaine d’octobre. L’objectif de cette
visite est double : réaffirmer l’amitié profonde de la
France pour les pays du Maghreb et leur présenter son projet
d’union méditerranéenne. Selon les experts, l’étape
algérienne sera la plus délicate, en raison du caractère
souvent passionnel des relations entre la France et
l’Algérie, régulièrement ponctuées de tensions après des
périodes d’embellies. Alors que le Maroc a affiché « un vif
intérêt » pour ce projet, l’Algérie ne s’y est pas encore
formellement prononcée car ce projet pourrait, selon elle,
concurrencer l’Union du Maghreb arabe regroupant la Libye,
la Tunisie, l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie.
Affichant toujours une certaine inquiétude quant au projet
français, l’Allemagne était le principal pays européen à
émettre des réserves. Samedi, le ministre allemand des
Affaires étrangères, Frank-Walter
Steinmeier, a affirmé que
l’union méditerranéenne ne doit pas « entrer en concurrence
» avec d’autres initiatives européennes comme le processus
de Barcelone.
« Restez chez vous, nous viendrons chez vous »
Pour tranquilliser les pays inquiets, le président français
a assuré, cette semaine, que son projet n’avait pas pour but
de se « substituer » au processus de Barcelone. « Notre idée
c’est de renforcer le processus de Barcelone, de le
poursuivre », a déclaré la
porte-parole du ministère français des Affaires étrangères
et européennes, Pascale Andréani.
Mais, l’avis des experts diverge sur ce point : l’union
méditerranéenne va-t-elle vraiment remplacer le processus de
Barcelone ? Pour le Dr Mohamad
Abdel-Salam, expert politique, les objectifs de cette
union demeurent flous et presque identiques à ceux de
Barcelone. « Aussi, la plupart des pays européens ne la
soutiennent-ils pas car ils réalisent que ce projet va être
fondé sur les ruines du processus de Barcelone qui souffre
déjà d’immobilisme et d’inertie », analyse l’expert,
clarifiant que l’unique objectif clair de l’union
méditerranéenne serait d’arrêter l’afflux des émigrés des
pays du nord de la Méditerranée vers l’Europe : « Sarkozy
veut dire aux pays du nord de l’Afrique : Restez chez vous,
nous viendrons chez vous », ajoute le Dr
Abdel-Salam. En revanche, le Dr
Hicham Omar voit que cette union
ne va pas empiéter sur le processus de Barcelone mais
peut-être le compléter, surtout que ce dernier fait du
surplace, voire plonge dans l’immobilisme. « Le processus de
Barcelone est beaucoup plus large que l’union proposée par
Sarkozy car il regroupe l’ensemble des 27 pays européens et
non seulement les pays européens de la Méditerranée qui ne
dépassent pas les cinq. Mais, si cette union méditerranéenne
réussit à se prouver avec les jours, elle pourra remplacer
le processus de Barcelone à long terme et entraîner
peut-être sa disparition avec les jours », analyse le Dr
Hicham Omar.
M.
Ch.