Al-Ahram Hebdo,Monde | Musharraf dans une nouvelle épreuve de force
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Monde

Pakistan. La crise de la Mosquée rouge semble être la confrontation la plus spectaculaire entre le président Musharraf et les islamistes. Cette violence chronique, qui déstabilise le pays, menace l’avenir du général à l’approche des présidentielles.

Musharraf dans une nouvelle épreuve de force

Avec l’ouverture d’une nouvelle page de la lutte entre le président Pervez Musharraf et les islamistes, le Pakistan plonge de plus en plus fort dans l’abîme de la violence. Mais, jamais la confrontation n’était aussi poussée comme elle l’est cette fois-ci, en plein cœur de la capitale, non loin des enclaves diplomatiques, et à moins d’un kilomètre de la résidence du président. Tout au long de cette semaine, de graves affrontements s’étaient intensifiés entre les forces pakistanaises et les islamistes retranchés dans la Mosquée rouge fondamentaliste d’Islamabad. Ces derniers obéiraient à des militants proches d’Al-Qaëda, selon des sources sécuritaires. Depuis le début des affrontements le 3 juillet, le bilan officiel parle de 24 morts, alors que le chef des irréductibles encore retranchés dans la mosquée, Abdul Rashid Ghazi, a quant à lui affirmé, dimanche, que 335 personnes avaient perdu la vie.

Bien que le général Pervez Musharraf ait menacé, dimanche, de mort ceux qui refuseraient de se rendre, Abdul Rashid Ghazi a défié ouvertement le président : « Nous sommes prêts à ce que nos têtes soient coupées mais notre sang ne coulera pas en vain. Il apportera la révolution islamique dans ce pays. Notre martyre va déraciner ce système diabolique » , a promis dimanche Abdul Rashid Ghazi.

Or, lundi, la crise a commencé à prendre un tournant plus dangereux, après la mort, la veille, d’un colonel qui pourrait pousser les autorités à durcir le ton. Aussi, le président pakistanais a-t-il réuni, lundi, les services de sécurité, renforçant l’hypothèse d’un assaut imminent contre la mosquée. Le président avait jusqu’à présent ordonné à ses troupes de ne pas lancer de raid contre la mosquée, craignant pour les femmes et enfants retenus en tant que « boucliers humains » par les islamistes retranchés, selon les autorités. Dans une tentative de contenir la crise et d’éviter un assaut, des religieux pakistanais proches des milieux islamistes ont tenté, lundi, une médiation de la dernière chance entre les radicaux retranchés dans la mosquée et les forces gouvernementales. Parallèlement, une vingtaine de milliers de personnes ont manifesté, le même jour, dans le district de Bajour, au sein de la zone tribale pakistanaise, en soutien aux islamistes assiégés dans la mosquée.

Depuis longtemps, la Mosquée rouge, considérée comme un sanctuaire des Talibans, défie ouvertement les autorités pakistanaises. Ses quelque 10 000 étudiants militent pour l’application de la charia, mènent des opérations de « talbanisation » et n’ont pas l’intention d’abandonner la guerre sainte. Fondée en 1963 au cœur de la capitale, la Mosquée rouge a résolument opté, dès les années 1980, pour une idéologie fondamentaliste. En effet, l’entêtement des islamistes en plein cœur d’Islamabad inquiète fort les observateurs : « C’est la première fois que les islamistes agissent assez rudement en plein cœur de la capitale. Leur menace est un message assez ferme à Musharraf, dont la résidence est à moins d’un kilomètre, pour sa politique contre le terrorisme », s’inquiète Moon Ashir, professeur de sciences politiques à Islamabad, estimant que le président Musharraf fait exprès de faire durer cette crise pour faire d’une pierre deux coups : « Etouffer la colère du peuple suscitée par le limogeage du juge Chaudhry, l’ex-président de la Cour suprême, le 9 mars dernier. Et prouver aux Etats-Unis qu’il fait de son mieux pour contrer l’influence islamiste dans le pays », ajoute l’expert. Samedi, la police pakistanaise a également pris le contrôle d’une école coranique liée à la Mosquée rouge, arrêté des dizaines d’étudiants et les a transférés vers une destination inconnue.

 

Entre le marteau et l’enclume

Malgré tous ces efforts déployés pour contrer la montée des islamistes dans le pays, Musharraf ne réussit ni à étouffer le mouvement fondamentaliste, ni même à satisfaire les Etats-Unis qui lui demandent toujours de faire plus. Face à ce dilemme, le général ne trouve qu’une option : souffler le chaud et le froid et tenter de tenir le bâton du juste milieu. « Tantôt, il frappe les islamistes d’une main de fer, tantôt, il leur laisse les mains libres pour ne pas s’attirer leur colère. Mais, il ne parvient plus à maintenir le juste équilibre entre les deux forces qui le tiraillent sans merci : Washington et les islamistes. Il tente de jouer sur tous les registres car il ne peut pas sacrifier l’un des deux camps, dont il a infiniment besoin. D’une part, il profite tant du soutien de Washington qui lui procure aides militaires et économiques, outre le soutien qu’il lui procure sur le dossier cachemiri face à l’Inde, etc. En même temps, le général ne peut pas se passer complètement des islamistes ni les frapper à l’infini car il sait bien qu’ils constituent une large base sociale et il aura besoin de leur soutien lors des présidentielles prévues à la fin de l’année ou au début 2008 », analyse le Dr Hicham Omar, professeur à la faculté de sciences économiques et politiques de l’Université du Caire. L’analyse du Dr Hicham trouve sa crédibilité dans les récents événements. Vendredi dernier, un tir d’arme automatique a eu lieu, après le décollage depuis une base militaire de l’avion du président Musharraf, mais l’avion n’a pas été touché. Il s’agit de la troisième tentative d’assassinat visant le président de la part des islamistes liés à Al-Qaëda, qui lui reprochent de s’être rallié à la « guerre contre le terrorisme » lancée par les Etats-Unis au lendemain des attentats du 11 septembre.

Selon les observateurs, le président est sur une pente difficile et risque beaucoup à l’approche des présidentielles prévues à la fin de l’année ou au début 2008 : graves crises internes, unification sans précédent d’un mouvement d’opposition civile et intransigeance sans faille des islamistes à poursuivre leur lutte. Dos au mur, Musharraf tente de boucher tous les fronts qui pourraient menacer son avenir politique : « D’une part, il contrôle l’armée d’une main de fer de peur qu’un coup d’Etat ne vienne le renverser, comme il l’a fait lui-même en 1999. D’autre part, il a éloigné toutes les figures de proue qui pourraient bien le substituer à la tête du pays pour qu’il reste l’unique candidat crédible aux élections. Ainsi, avait-il évincé Benazir Bhutto et Nawaz Sharif et ne leur a jamais autorisé à regagner le pays. Et entre-temps, il souffle le chaud et le froid », explique le Dr Omar. Dans une tentative de mettre fin au régime de Musharraf, une conférence des chefs de l’opposition pakistanaise s’est terminée, dimanche à Londres, par des appels à la démission du président pakistanais Pervez Musharraf et au retour des anciens premiers ministres Benazir Bhutto et Nawaz Sharif. Ces appels pourront-ils se concrétiser un jour ou demeureront-ils de l’encre sur papier dans un pays gouverné d’une main de fer ? .

Maha Al-Cherbini

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