Festival National du Théâtre .
Sa deuxième édition est une fois de plus l’occasion de
rassembler la création dramatique égyptienne de l’année.
Aperçu général.
L’inspiration se fête
Au
Festival national du théâtre égyptien, tout le monde est
présent : professionnels et amateurs, débutants et
mandarins, secteurs public, privé et indépendant.
Cet événement annuel, fondé à l’initiative de Achraf Zaki,
président de l’Organisme du théâtre et du syndicat des
métiers du théâtre, se termine demain jeudi 12 juillet. Il
nous a offert une situation des plus paradoxales — étonnante
de par sa nature même — et qui mérite une attention
particulière. Anna Christie de Eugène O’Neil, spectacle
présenté par les étudiants de l’Institut des arts
dramatiques, marque une nullité sans pareille. Spectacle
honteux et choquant : diction désastreuse qui ne respecte
aucune des règles primaires de la prononciation. Les mots se
perdent en se compactant entre les mâchoires, la langue et
la gorge, alors les phrases s’envolent, ne laissant même pas
une vague intention compréhensible comme aurait pu le faire
le cinéma muet ; interprétation qui a cumulé tous les
clichés que l’on enseigne à éviter obligatoirement ; lecture
au premier degré des personnages, les réduisant à des
prototypes simplifiés, presque caricaturaux de l’ivrogne, de
la putain et de la compagne opprimée ; tenue défectueuse sur
le plateau où une dislocation de tous les membres, de la
tête aux pieds, a entraîné systématiquement la dislocation
du texte et de tous les sens possibles que proposent les
dialogues. On pourrait croire que la vulgarité du spectacle
repose sur ce jeu de fesses et de derrière répétitif, mais
on découvre rapidement que l’absence de maintien a suffi
pour rendre le spectacle un objet de répulsion.
A l’inverse, et hors compétition, la troupe du club sportif
des employés de la société des salines du Max à Alexandrie
présente Kafr al-tanahodat (le village des soupirs) de
Raafat Al-Douéri, mise en scène de Mohamad Ali Mahmoud,
d’une qualité exceptionnelle. C’est-à-dire le théâtre comme
il se doit quand on a choisi ce style : direct, enjoué mais
aussi mesuré. M. A. Mahmoud a réussi à diriger 19 acteurs en
donnant à chacun — des premiers rôles aux moins importants —
des directives de jeu qui, comme dans un orchestre, ont
confirmé l’importance de chaque personnage. Notons que les
personnages constituant cette petite société rurale sont
tous les acteurs de l’histoire dont ils vont décider du
dénouement. Car la pièce lance un appel à l’action
collective pour la revendication de la liberté, des droits
et de la justice. Ainsi se justifie la verve brechtienne
optée par le metteur en scène, surtout si l’on sait que le
texte est animé par le souvenir de héros nationaux devenus
mythiques et soigneusement gardés dans la mémoire des
épopées. Musique, chants, danse, autant d’éléments qui ont
contribué à l’effervescence de l’action et la succession des
scènes de manière quelque peu intemporelle pour donner plus
d’ampleur à l’Histoire en la projetant dans le présent.
Deux révélations : Riham Abdel-Razeq dans le rôle de
Almaziya et Chérine Abdel-Hay dans le rôle de Morra. Deux
monstres du théâtre, des ogresses de la scène qui ne
reculent devant rien. Pour la scène et le public, elles font
don de leurs corps, de leurs voix et de leurs sentiments.
Des actrices qui savent placer le geste et déployer le son
pour que leur personnage s’insère de façon organique aux
différentes situations et dans leur rapport avec les autres.
Le plaisir que nous a offert la troupe des salines du Max
mérite en contrepartie un grand
remerciement .
Menha
el Batraoui