Al-Ahram Hebdo, Arts | L’inspiration se fête
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 Semaine du 11 au 17 Juillet 2007, numéro 670

 

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Arts

Festival National du Théâtre . Sa deuxième édition est une fois de plus l’occasion de rassembler la création dramatique égyptienne de l’année. Aperçu général.

L’inspiration se fête

Au Festival national du théâtre égyptien, tout le monde est présent : professionnels et amateurs, débutants et mandarins, secteurs public, privé et indépendant.

Cet événement annuel, fondé à l’initiative de Achraf Zaki, président de l’Organisme du théâtre et du syndicat des métiers du théâtre, se termine demain jeudi 12 juillet. Il nous a offert une situation des plus paradoxales — étonnante de par sa nature même — et qui mérite une attention particulière. Anna Christie de Eugène O’Neil, spectacle présenté par les étudiants de l’Institut des arts dramatiques, marque une nullité sans pareille. Spectacle honteux et choquant : diction désastreuse qui ne respecte aucune des règles primaires de la prononciation. Les mots se perdent en se compactant entre les mâchoires, la langue et la gorge, alors les phrases s’envolent, ne laissant même pas une vague intention compréhensible comme aurait pu le faire le cinéma muet ; interprétation qui a cumulé tous les clichés que l’on enseigne à éviter obligatoirement ; lecture au premier degré des personnages, les réduisant à des prototypes simplifiés, presque caricaturaux de l’ivrogne, de la putain et de la compagne opprimée ; tenue défectueuse sur le plateau où une dislocation de tous les membres, de la tête aux pieds, a entraîné systématiquement la dislocation du texte et de tous les sens possibles que proposent les dialogues. On pourrait croire que la vulgarité du spectacle repose sur ce jeu de fesses et de derrière répétitif, mais on découvre rapidement que l’absence de maintien a suffi pour rendre le spectacle un objet de répulsion.

A l’inverse, et hors compétition, la troupe du club sportif des employés de la société des salines du Max à Alexandrie présente Kafr al-tanahodat (le village des soupirs) de Raafat Al-Douéri, mise en scène de Mohamad Ali Mahmoud, d’une qualité exceptionnelle. C’est-à-dire le théâtre comme il se doit quand on a choisi ce style : direct, enjoué mais aussi mesuré. M. A. Mahmoud a réussi à diriger 19 acteurs en donnant à chacun — des premiers rôles aux moins importants — des directives de jeu qui, comme dans un orchestre, ont confirmé l’importance de chaque personnage. Notons que les personnages constituant cette petite société rurale sont tous les acteurs de l’histoire dont ils vont décider du dénouement. Car la pièce lance un appel à l’action collective pour la revendication de la liberté, des droits et de la justice. Ainsi se justifie la verve brechtienne optée par le metteur en scène, surtout si l’on sait que le texte est animé par le souvenir de héros nationaux devenus mythiques et soigneusement gardés dans la mémoire des épopées. Musique, chants, danse, autant d’éléments qui ont contribué à l’effervescence de l’action et la succession des scènes de manière quelque peu intemporelle pour donner plus d’ampleur à l’Histoire en la projetant dans le présent.

Deux révélations : Riham Abdel-Razeq dans le rôle de Almaziya et Chérine Abdel-Hay dans le rôle de Morra. Deux monstres du théâtre, des ogresses de la scène qui ne reculent devant rien. Pour la scène et le public, elles font don de leurs corps, de leurs voix et de leurs sentiments. Des actrices qui savent placer le geste et déployer le son pour que leur personnage s’insère de façon organique aux différentes situations et dans leur rapport avec les autres.

Le plaisir que nous a offert la troupe des salines du Max mérite en contrepartie un grand remerciement .

Menha el Batraoui

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