Cinéma.
Baigné dans une atmosphère romantique moderne, Taïmour et
Chafiqa de Khaled Mareï est un film plaisant sans être une
réussite du genre. L’amour l’emporte sur la raison, avec un
zeste d’action.
Délices du cœur
Taïmour
et Chafiqa porte bien son titre, puisque le long métrage se
concentre sur la vie quotidienne et l’idylle amoureuse de
ces deux protagonistes.
Le début du film est accrocheur malgré son aspect narratif
assez traditionnel. La jeune femme un peu sauvage décoince
le type introverti. Puis, au fil des événements, l’histoire
devient peu à peu passionnante.
Le film est construit sous forme de séquences, quasiment en
huis-clos, séparées par de longues ellipses temporelles,
allant de quelques semaines à plusieurs années. La relation
entre les deux protagonistes se renforce, en dépit de leur
éloignement sentimental apparent, chacun au profit de ses
intérêts et de ses ambitions professionnelles.
On peut donc diviser le film en trois phases. La première
partie, comique dans l’absolu, mettant en avant le rapport
entre les deux personnages principaux depuis l’enfance.
Taïmour, interprété par Ahmad Al-Saqqa, est un garde du
corps de personnalités éminentes. Et sa bien-aimée, Chafiqa,
jouée par Mona Zaki, est une jeune fille romantique,
toutefois très ambitieuse.
La deuxième partie est plutôt axée sur les chagrins d’amour,
même si la comédie maintient une place importante. L’héroïne
abandonne sa docilité et sa résignation, pour défendre son
droit à l’autodétermination !
Enfin, la troisième partie-épilogue pose la question :
sont-ils faits pour s’aimer ?
Contrairement aux critiques adressées au film, le taxant
d’antiféminisme, vu que Taïmour avait son mot à dire quant à
l’avenir professionnel de sa bien-aimée, on peut néanmoins
remarquer que les rapports de force et d’influence
s’inversent avec le déroulement des événements. C’est une
relation amoureuse adulte, en crise face aux assauts de la
vie courante et de la raison.
Au niveau de la mise en scène, lorsqu’un monteur et
réalisateur de vidéoclips passe au long métrage, son
principal problème est de tomber sur un scénario solide et
original. Khaled Mareï, qui a beau réaliser des dizaines de
clips tous innovants du point de vue visuel, a réussi avec
Taïmour et Chafiqa à rendre compte de leurs émotions par de
gros plans judicieux. On ne peut qu’apprécier le soin
apporté par le réalisateur à préparer la majorité de ses
scènes.
Le choix du tandem Al-Saqqa et Mona Zaki tient de la valeur
sûre. Les deux comédiens réussissent une osmose, une
complicité de tous les jours. Dans leur sixième rencontre
sur écran, le couple fonctionne à merveille. Al-Saqqa n’a
aucune difficulté à interpréter avec conviction le policier
têtu, absorbé par son travail et incapable. Et Mona Zaki a
réussi à rendre crédible l’image de la fille romantique
moderne.
Le scénariste Tamer Habib, réputé pour ses intrigues
entrelacées et ses histoires imbriquées à succès, fait
preuve d’une grande maîtrise de la narration et prouve qu’il
dépasse son côté auteur pour se considérer comme « faiseur »
de films. Habile artisan, il apporte un grand soin à ses
personnages et à la complication des relations humaines.
Plutôt étonnant de par la tonalité générale du récit, il
faut bien attirer le public avec une petite dose
d’adrénaline et de violence.
De l’action ? Bien sûr. Et c’est l’habitué Ahmad Al-Saqqa
qui s’y colle. Les combats et nombreuses poursuites arrivent
vers la fin du film gratuitement, sans grande nécessité
dramatique.
Au pire, la morale du film est sauve et le romantisme est
toujours présent, grâce au Happy End presque traditionnel du
cinéma égyptien. Une conclusion à l’image de la dernière
partie du film : sans grande finesse mais pétrie de bonnes
intentions.
Yasser
Moheb