Musique. Black Thema
revient à l’affiche au centre Saqiet Al-Sawi, avec des chansons présentées
comme «alternatives » aux origines très nubiennes.
L’union de la couleur
Mohamad
Abdo (27 ans), Amir Salaheddine (26 ans) et Ahmad Bahr (26 ans) sont les trois
grandes figures derrière Black Thema, une troupe cependant constituée de
plusieurs autres musiciens, tous connus dans les jeunes milieux artistiques.
Leur
nom, Black Thema, provient non seulement de leur couleur de peau qui révèle
leurs origines nubiennes, mais aussi d’un souci commun de présenter des
chansons regroupant les caractéristiques de la musique noire du monde entier
(Blues, Reggae, Jazz, Rap, Hip Hop, etc.). Et dont ils font un « Thema ».
Leur
groupe a été lancé lorsque Amir et Abdo, principalement acteur et metteur en
scène de théâtre, ont assisté à un concert où chantait et jouait Bahr. Leurs
styles étaient assortis et en peu de temps, la formation était entièrement
constituée et les chansons prêtes pour l’auditoire.
«
Notre premier concert au centre Saqiet Al-Sawi remonte à bientôt 3 ans. Il faut
bien le dire, notre public était déjà venu nombreux. Peut être était-il curieux
de savoir quelle était la musique derrière ce nom », dit Amir Salaheddine,
ajoutant : « Nous nous sommes vite rendu compte que ce n’est plus le nom qui
attire notre audience, c’est plutôt le mélange des paroles et de la musique ».
Chantant
l’amour, le pays, la beauté, la folie, on ne peut écouter les chansons de Black
Thema sans un sourire aux lèvres. Leurs chansons comme Anna allazi (moi qui
suis), Magnoun (fou) ou Sheraton, où ils critiquent ouvertement le
gouvernement, font réagir le public. Il est même très fréquent d’entendre des
cris en provenance de la salle, tout au long des concerts.
Les
paroliers de Black Thema savent à qui ils s’adressent. Il ne leur faut pas des
mots d’amour ou des poèmes en arabe classique. Mais plutôt des rêves courts et
faciles à discerner, pour transmettre cet état d’esprit jeune, rebelle et
surtout novateur ou, comme ils aiment bien le dire, «
alternatif ».
Se différencier
Les
trois principaux chanteurs et fondateurs de Black Thema insistent beaucoup à se
différencier de ce qui existe sur la scène musicale, aujourd’hui. « Ce ne sont
pas des chansons qui ressemblent aux autres. Ce ne sont pas les chansons
commerciales diffusées par les chaînes satellites. On ose dire que nous faisons
des chansons que personne ne fait ». Des propos qui n’éliminent cependant pas
toute comparaison avec d’autres groupes présents sur la scène
musicale cairote relativement restreinte. « Nous ne sommes pas contre
toute comparaison avec les autres groupes qui présentent eux aussi des chansons
originales. Mais il ne faut pas nous comparer à des groupes qui ne présentent
que de la musique instrumentale. Nous, c’est surtout la chanson qui nous
intéresse. Ce serait donc injuste de nous comparer à des formations comme
Flamenca ou Al-Dor al-awal. Je pense honnêtement que l’on peut uniquement nous
comparer à West al-balad ou Ressala », explique Amir Salaheddine.
Avec
bien des difficultés matérielles, Black Thema prépare la sortie, en 2008, de
son premier album, auto-financé, pour échapper au contrôle des maisons de
production. « Nous y allons très doucement, mais nous avons beaucoup de foi en
ce qu’on fait, sachant que la place du meilleur aujourd’hui sur la scène
musicale n’est pas encore prise, et qu’il faut travailler pour y
arriver ». Souhaitons-leur bon courage ! .
Dina Abdel-Hakim
Le 15 juillet, au centre Saqiet Al-Sawi, rue du 26 Juillet, Zamalek. A 20h30.